Les temps sont difficiles pour tout le monde …
Il y a les espoirs que nous ne verrons jamais grandir, à l’inverse de ceux que l’on aurait espéré confidentiels mais qui crèvent constamment l’écran et squatte nos rétines et nos tympans.
Au début des années 2000,
Pyramaze a fait office d’espoirs du power progressif européen, aux côtés de nombreux groupes scandinaves tels que
Time Requiem,
Pagan’s Mind ou
Evergrey mais peu ont réussi à sauter un réel cap.
Evergrey a réussi sur le tard, après des années d’acharnement et de nombreux albums injustement sous-estimés,
Pagan’s Mind est très discret en termes de sorties d’albums et
Time Requiem a simplement splitté (Apollo Papathanasio ayant ensuite officié presque dix ans chez
Firewind et chante désormais pour
Spiritual Beggars). Quid de
Pyramaze ?
Deux albums prometteurs, un troisième opus avec le célèbre Matt Barlow qui précéda une longue traversée du désert, un line up complètement remanié, un vocaliste une fois de plus modifié (Matt ayant refait un passage chez
Iced Earth avant de quitter une fois de plus le navire) et un opus sortant de nulle part ("
Disciples of the Sun", en 2015), plus de sept ans après son prédécesseur. Et quel album ! Dire que Terje Haroy était un inconnu n’est pas usurpé et que voir Jacob Hansen au poste de guitariste n’était pas un gage de stabilité non plus…mais pourtant. L’album regorgeait de feeling, de qualité intrinsèque, d’une superbe production et de morceaux fleurant parfois les hymnes d’une carrière qui manque encore de relief, malgré un nom connu des puristes.
Contingent arrive donc avec son lot d’attentes, un line up stabilisé, un concept annoncé et une volonté de faire entrer le nom de
Pyramaze définitivement dans la cour des groupes qui compte.
Les danois s’en tirent clairement avec les honneurs sur ce cinquième opus qui, disons-le nettement, est une totale réussite dans un genre où les albums marquants ne sont pas légions. Dans un début d’année rachitique dans le metal mélodique (hormis le fabuleux "The Source" d’
Ayreon), "
Contingent" se taille la part du lion.
Puissant, excellement produit, mélodieux, fort, créatif, sensible et beau sont autant d’adjectifs définissant ce cinquième album d’une cohérence quasi parfaite et d’une maitrise évidente.
Multipliant les extraits avant la sortie, les danois ont fait monter en puissance l’attente et réussi haut la main son objectif. "A World
Divided", débutant sur une ligne de piano, avait déjà surpris par l’épaisseur de son riff et la puissance brute de la production aux petits oignons de Jacob (guitariste et bassiste sur l’album) puis par le chant de Terje qui gagne encore en maturité. Déjà impressionnant sur "
Disciples of the Sun", il est le véritable point fort du groupe tout au long de l’album, jouant autant sur un timbre naturellement grave et chaud que des envolées à la justesse fragile et humaine, constamment sur un fil, dans l’esprit d’un Tom S.Englund.
Plus sombre et à l’aura plus dramatique que sur l’album précédent, "
Contingent" montre un visage plus adulte et conceptuel (l’album étant justement une histoire futuriste et relativement noire d’une société étrangement proche de ce que prend la nôtre depuis quelques années …), n’hésitant pas à incorporer des passages plus symphoniques ou cinématographiques. "
Kingdom of
Solace" s’ouvre par exemple sur des éléments orchestraux avant de voir débouler un riff mid tempo ravageur et un refrain dantesque qui promet de beaux moments en live si le groupe tourne comme il le mérite. La partie soliste est une véritable merveille où les claviers se mêlent à une prestation de haut vol d’un Toke Skjonnemand en état de grâce, encore responsable des guitares lead sur l’album.
Il est la preuve que la technicité n’est rien sans le feeling et que le shred en soi n’est pas une finalité. C’est ainsi que le titre de l’album donnera son nom à deux intermèdes de moins de deux minutes, développant l’ambiance cinématographique tout en inscrivant un vrai plus, notamment la deuxième partie et sa partie de claviers enivrante. Quant à la première, elle sert surtout de point d’ancrage pour l’énorme "20 Second
Century" qui, en plus d’être un des meilleurs titres de l’album (du groupe ?) dispose d’un refrain qu’il est bien difficile de se déloger de la tête une fois qu’il y est entré. Terje y fait de nouvelles merveilles en s’y faisant très mélodique tandis qu’il se montre plus rugueux sur des couplets où les riffs se veulent hachés et syncopés. La musique des danois joue ainsi entre modernité et classicisme, entre mécanicité et une indispensable humanité qui transpire par chaque pore de l’album.
Comment ne pas évoquer, à ce sujet, le poignant "
Nemesis" qui se trouve porté par son vocaliste talentueux, sans qui rien ne serait si fort ? Le parallèle avec
Evergrey (celui de "Glorious
Collision" ou "The Storm Within" par exemple) est palpable mais, loin de s’afficher en copie,
Pyramaze développe une personnalité propre travaillée depuis presque quinze ans. Une âme que des morceaux comme "
Obsession" (ces descentes de gammes au piano derrière le riff principal…) ou "Under Restraint" (ce solo de guitare d’une poésie…) ne trahisse jamais.
Et si "The Tides that
Won’t Change" peut sembler initialement être la ballade traditionnelle, le duo entre Terje et Kristen Foss réserve un joli moment d’émotion. "Symphony of Tears", dramatique dans l’ambiance mais catchy dans sa mélodie vocale termine parfaitement le disque, entre arrangements grandiloquents et vocaliste lumineux pour un ensemble clair-obscur du plus bel effet.
Il n’y a guère que sur l’artwork (pour pinailler) que nous pourrions retrouver à dire, particulièrement si on le compare au superbe du disque précédent qui tissait un lien intéressant avec "
Immortal". Si les couleurs sont belles, les choix graphiques sont plus discutables, bien qu’ils servent le concept. Mais bon, la musique s’écoute avec les oreilles et, de ce côté-là,
Pyramaze vient simplement de sortir l’un des meilleurs albums du genre depuis un certain "Hymns for the Broken". Rien que ça…
"A world divised" est une pure beauté, entre riffs qui déglinguent et un refrain à avoir les larmes aux yeux (ces notes de piano putain...).
Merci pour la chro toujours aussi agréable à lire.
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