BBC Session 2011 Anno Domini

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Nom du groupe Wolves In The Throne Room
Nom de l'album BBC Session 2011 Anno Domini
Type EP
Date de parution 26 Novembre 2013
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album7

Tracklist

1. Prayer of Transformation 10:32
2. Thuja Magus Imperium 10:37
Total playing time 21:09

Chronique @ Icare

30 Novembre 2013

Consécration et ultime pas vers la reconnaissance mondiale pour certains, trahison éhontée pour d'autres

Waow… Y a pas à dire, ça fait un choc. Constater qu’un groupe de black metal que l’on aime, même s’il est très mélodique, ouvert sur de nombreuses sonorités, plutôt en vogue et qu’il est apparemment adulé par certains hipsters (que je hais ce mot…) se fend d’un enregistrement aux mythiques studios de la BBC, c’est quand même un peu déstabilisant: consécration et ultime pas vers la reconnaissance mondiale pour certains, trahison éhontée car volonté affichée d’accéder à un public plus large et de s’abreuver aux mamelles faméliques et taries du mainstream pour d’autres, voilà en tout cas une sortie qui risque de diviser et de faire couler beaucoup d’encre avant même que l’on ait commencé à parler de l’essentiel, la musique.


Ma chronique pourrait d’ailleurs presque s’arrêter ici, car, autant le dire tout de suite, musicalement parlant justement, il n’y a pas beaucoup à dire. Non pas que le contenu soit mauvais, loin de là, on parle quand même de Wolves in the Throne Room ( groupe ricain formé en 2004 par deux frangins fermiers d’Olympia, et devenant très rapidement culte avec la sortie de ses deux premiers albums éblouissants en 2006 et 2007, petite session de rattrapage pour les cancres du fond qui n’auraient pas suivi), mais simplement parce qu’on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent : deux titres de dix minutes chacun, basta, et c’est tout. A ce titre, BBC Session 2011 Anno Domini est clairement un EP et non un album longue durée. Et ensuite, et surtout, parce que les deux - excellents par ailleurs ! - titres qui composent cette galette ne sont pas des nouvelles compos, mais deux morceaux issus du fabuleux Celestial Lineage de 2011. C’est tout ? Ben ouais. Autant dire que c’est un peu léger, et que les fans du groupe risquent d’être méchamment déçus.

Ceci dit, essayons de mettre notre frustration au placard, et tâchons de décrire au mieux la musique du combo pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le son si atypique des frères Weaver. Wolves in the Throne Room, c’est du black halluciné et stratosphérique, qui transcende l’auditeur tout au long de plages atmosphériques et contemplatives s’étalant au-delà des 10 minutes et tiraillées entre violence crue et beauté mélancolique et contemplative. Le style du groupe est vraiment atypique, chaviré entre univers purement black, post rock, ambiant et neo folk, toujours touchant et onirique, et caressé par un souffle païen, sylvain et sauvage palpable qui enveloppe le tout d’une aura quasiment sacrée. Pour mieux situer les lecteurs, disons que la musique des Américains se situe quelque part entre Woods of Desolation, Lustre, Nucleus Torn, Agalloch et Svarti Loghin.

Le premier titre présent sur l’enregistrement est Prayer of Transformation qui clôt l’album précédent, s’ouvrant sur un long passage lourd et majestueux, et lorsque ce riff d’une pureté et d’une intensité dramatique à couper le souffle s’impose majestueusement à 3,32 minutes et que la voix hurlée et expressive de Nathan intervient enfin, on est littéralement transporté par un acme purificateur et on croirait presque entendre la nature pleurer. Les guitares continuent à nous ballotter de leurs riffs lancinants et hypnotiques pour une montée en puissance tout en subtilité, et lorsque le premier blast fait son apparition à 6,52 minutes, on s’en rend à peine compte, subjugué que l’on est par la musique, tellement il se fond habilement dans l’ensemble. Ce riff plein de grandeur désabusée vers la fin du titre, rappelant beaucoup Svarti Loghin, achève de nous plonger dans un état de transe, où élévation de l’âme cohabite avec tristesse, mélancolie et spleen. Un morceau époustouflant de beauté noire et mélancolique, mélangeant le meilleur du DSBM et du post rock dans une atmosphère enchanteresse et païenne que n’aurait pas reniée Empyrium.
Le second titre, Thuja Magus Imperium, est celui qui, initialement, ouvre Celestial Lineage. Drôle de paradoxe. Un océan dense de dissonance immersive nous happe d’entrée, imposant le côté solennel, sacré et intemporel de la musique avant que des échos de guitares désolés et sombres ne viennent flotter de leur spectre fané sur la musique, revenant régulièrement comme un leitmotiv maudit. Ce second morceau est plus épique, plus rythmé, plus black, résonnant comme une longue fresque enneigée, avec un blast plus présent que sur Prayer of Transformation, mais toujours guidé par les pérégrinations vagabondes des guitares et transcendé par ces notes pleurantes et aigre-douce et ces mélodies désabusées. Un long morceau évolutif où les humeurs se mêlent entre majesté, mélancolie, élans plus impétueux et apaisement, avec de longs passages ambiancés et d’autres plus vindicatifs. Le tout se termine dans des stridences électriques et un bourdonnement qui rappelleraientt presque le chaos originel. Voilà à n’en pas douter deux excellents morceaux qui cristallisent parfaitement l’essence musicale et spirituelle de Wolves in the Throne Room.

La qualité de l’enregistrement est ici bien meilleure que sur l’original (on apprécie d’entendre plus la batterie notamment), plus limpide, avec une très bonne balance entre les graves et les aigus qui permet d’apprécier au mieux les nombreuses nuances de la musique ainsi qu’un son plein et envoûtant qui immerge plus sûrement l’auditeur dans les ambiances magiques et spectrales du groupe et ajoute une profondeur considérable à l’ensemble. Cependant, on déplorera que Thuja Magus Imperium soit amputé de son chant féminin onirique et mystérieux et de ces lointains sons de clochette qui ajoutaient tellement à la féérie du morceau : en gros, ici, la musique est plus brute, et je trouve que l’ambiance est plus authentique et habitée sur Celestial Lineage.

Quoi qu’il en soit, en toute objectivité, on est en droit de se demander ce que cet EP apporte réellement au microcosme musical de Wolves in the Throne Room. BBC Session 2011 Anno Domini est certes un bel objet qui est une porte d’entrée idéale dans l’univers atypique et si envoûtant des Américains pour tous ceux qui ne les connaîtraient pas encore, mais pour l’auditeur aguerri qui possède déjà la discographie du groupe, il sonne comme une déception majeure, ne proposant finalement pas grand-chose de nouveau. La qualité de l’enregistrement est optimale certes, permettant de redécouvrir deux excellents titres sous un nouveau jour et de s’immerger encore plus profondément dans la noirceur ensorcelante du trio, mais deux titres, c’est trop peu. En ce qui me concerne, autant garder son argent pour la sortie du prochain opus, qui, espérons-le, sera encore une fois un chef-d’œuvre.

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Haitre - 01 Décembre 2013: Merci ! belle chronique agréable à lire, instructive, et je rejoin ton point de vue...C'est bien peu, et un brin décevant.
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