Anomalies

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17/20
Nom du groupe Cephalic Carnage
Nom de l'album Anomalies
Type Album
Date de parution 15 Mars 2005
Style MusicalDeath Grind
Membres possèdant cet album100

Tracklist

1. Scientific Remote Viewing (ft. Travis Ryan of Cattle Decapitation) 02:18
2. Wraith 02:50
3. Counting the Days 03:54
4. The Will or the Way (ft. Mark "Barney" Greenway of Napalm Death) 02:10
5. Piecemaker 05:35
6. Enviovore 03:01
7. Dying Will Be the Death of Me (ft. Dave Otero of Aberrant) 04:41
8. Inside Is Out 03:54
9. Sleeprace 02:45
10. Kill for Weed 02:17
11. Litany of Failure 02:25
12. Ontogeny of Behavior 09:49
Total playing time 45:39

Chronique @ Svartolycka

21 Avril 2005
Certains peuvent se demander, ce que je fais ici à chroniquer un album de grind. Et je leur réponds : Nan, je n’ai pas changé de cheval, si je fais cette chronique, c’est tout simplement que "Anomalies", troisième album de Cephalic Carnage, m’a plu et m’a montré que le grindcore ne se résume pas à des grognements sur des blasts de trente secondes.

Déjà, lorsque l’on observe la pochette, il n’en faut pas plus pour remarquer que l’on est en face d’un album d’un autre type. Pas d’images gores d’autopsies et encore moins un aspect de misogynie avancée et puérile que je reproche à 98 % des groupes de grind, soit quand l’image en dit plus que la musique (pourquoi en faire dans ce cas-là ?). Bref, une image spectrale, lugubre loin du délire des premiers albums et que l’on verrait même plus sur un album de doom.
Il m’en faut encore moins pour écouter ce disque. Et là, pour être franc, j’ai été scié !!!

Bien que gardant son appellation grindcore, le groupe en explose repères et principes pour accoucher de cette pièce hybride mais parfaitement contrôlée. Et même si l’album s’ouvre sur un passage hyper-sonique et hachuré de deux minutes, une foule d’innovations pointent à la première écoute. Pour tout dire, chaque titre de "Anomalies" est composé comme une pièce d’un puzzle. Un puzzle peut-être complètement déglingué mais d’une cohérence interne indéniable, d’un sens de la technique aiguë et d’une sérialité irréprochable. Ovni, sans l’être, "Anomalies" cumule les breaks cassants et inventifs dignes de Dillinger Escape Plan et les incursions étrangères au style. En vrac : solos alambiqués, mélodies, voix interchangeable et novatrice (se permettant même un chant clair sidérant sur "Dying Will Be the Death of Me"), passages hardcore, heavy ou trash, intonations funky (ce qui ne veut pas dire jovial), samples vocaux, violons inquiétants virant à l’abstraction se disputent une place sur cet objet. Véritable melting-pot d’influences diverses sortant du registre codifié du grind, Cephalic Carnage parvient même à devenir angoissant sans pour autant ralentir sa frénésie en tout point maîtrisée.

Et lorsque l’album se clôture sur un titre de presque dix minutes ("Ontogeny of Behavior") où se mélangent chant clair, chuchotements, breaks distordus, un final, limite, indus (étonnant) et une atmosphère fantomatique, bien que servie par une production puissante et claire, on se rend compte que "Anomalies" est un petit bijou à la fois barré, compact et intelligent. On pourrait supposer que ce disque soit un bordel hallucinant et indigeste, et bien non, il est d’une clarté époustouflante et chaque écoute impose une nouvelle saveur.

Dynamitant les préceptes d’un genre (que je n’affectionne pas vraiment), Cephalic Carnage signe là l’album grind de l’année. Communicatif, ultra-brutal, varié et d’une aura apocalyptique d’où se détache un souffle sépulcral et inquiétant (une première !!) "Anomalies" est une pièce inédite et imparable.

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Chronique @ StephDS

03 Septembre 2011

«Progressif et pulvérisant»

Commençons par la fin... le dernier morceau de l’album Anomalies de Cephalic Carnage «Ontogeny of Behavior» est tout simplement grandiose et résume à lui seul la complexité de ce groupe et l’impossibilité de lui accoler une seule étiquette. Eux disent être un groupe de «Rocky Mountain hydro-grind» et si ces montagnes représentent l’espace, la liberté, la volonté de ne pas être catalogué, quitte à froisser les puristes, alors oui ils en sont l’incarnation. Quoiqu’il en soit, Cephalic Carnage est un groupe dont la symbiose transparait du début à la fin de l'album Anamolies avec une réelle connivence entre les membres et un apparent désir de pousser encore plus loin les limites de leur mélange unique de grind, death, doom, black, rock, punk, prog et jazz...

Au fait, je ne connaissais pas le mot «ontogeny » alors j’ai cherché dans le dico, l’ontogenèse est le développement d’un individu depuis sa conception jusqu'à l’état adulte (merci Larousse) et avec Anomalies je pense qu’on peut aisément parler de la pleine maturité de ce quintette créé en 1992 et originaire de Denver dans le Colorado. Une maturité qui se confirmera d’ailleurs deux ans plus tard en 2007 avec l’album Xenosapien.

Mais revenons d’abord à «Ontogeny of Behavior». Je pourrais faire un parallèle facile avec l’acte sexuel, mais je préfère faire une analogie encore moins recherchée avec les montagnes russes ! Le début des 9 minutes 49 de Ontogeny est lent, presque berçant, le chanteur Lenzig Leal, avec une voix grave synthétisée, continue l’histoire du Enviovore qui s’est installé sur terre il y a des millions d’années après l’annihilation de sa propre planète (on comprendra que l’Enviovore c’est nous…). On est bien installé dans notre petite voiture de manège, on serre la barre, on se sent en sécurité, on écoute la petite histoire. Puis, les choses se corsent. Les guitares deviennent plus persistantes, on accélère progressivement, et l’on se retrouve, à un peu plus de la moitié du morceau, la tête a l’envers, le cœur battant, la double pédale du batteur John Merryman nous donnant l’impression d’être violentés, secoués et que ça ne terminera jamais. Et puis l’on ralentit subitement, il y a un dernier looping, on reprend notre souffle. Haletants, on médite sur ce qu’on vient de vivre et on rachète un ticket parce qu’on a envie de recommencer tout de suite.

Je ne suis pas spécialiste du death ou du grind, je ne veux donc pas faire de comparaisons savantes avec d’autres groupes, mais j’ai acheté cet album parce que j’ai une confiance quasi aveugle dans le label Relapse Records qui ne m’a encore jamais déçu et grâce auquel j’ai vastement élargi mes horizons metalleux. Cela dit, d’après ce que je sais du grind, les quatre premiers morceaux de Anomalies en sont emblématiques avec blast beats, riffs très rapides, tempo saccadé et vocaux gutturaux. Certains noms respectés de la scène deathgrind font des apparitions sur cet album: Travis Ryan de Cattle Decapitation, Barney Greenway de Napalm Death et John Gallagher de Dying Fetus – les deux derniers groupes sont aussi sur Relapse.

Les quatre premiers titres sont courts, brutaux, s’enchainent vite, mais à partir de «Piecemaker» on change complètement de registre et Cephalic Carnage nous offre plus de 5 minutes de sludge psychédélique teinté de southern rock rappelant Yob ou Melvins avec la basse puissante de Josh Mullen et le jeu de guitare de Zac Joe et Steve Goldberg. John Merryman impressionne encore sur «Enviovore», morceau curieux qu’on a parfois l’impression d’entendre jouer comme un disque a l’envers. Là, Lenzig explique que l’Enviovore squatte la terre, la sur-peuple, la pollue, la bousille jusqu’à l’extermination de la race humaine… Le message d’Enviovore est en cohérence avec les thématiques du grindcore, mais on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon avec CC. Sur Anomalies ils renouent d’ailleurs avec une tradition présente sur les précédents albums de parodier d’autres styles de métal et de ne jamais se prendre trop au sérieux. «Dying will be the Death of Me» (Mourir sera ma mort) par le style et les paroles se moque gentiment du metalcore américain avec ses thématiques de mort, de souffrance et de nihilisme et «Kill for Weed» est une parodie d’une parodie, c’est à dire une parodie de Cannibas Corpse parodiant Cannibal Corpse.

Certains diront que trop c’est trop, qu’à force de brasser tout les styles de metal Cephalic Carnage perd de son intégrité, je pense que ça dépend largement de l’ouverture d’esprit de l’auditeur.. Pour ma part, je dirais que le magazine Revolver, qui a qualifié cet album de «progressif et pulvérisant» a vu juste. Il y a de tout, de la technicité, de l’originalité, de l’humour et tout simplement un très bon rythme porté par la voix toujours changeante de Leal. C’est un coup de pied dans la fourmilière parfois trop rigide du metal et c’est tant mieux.

7 Commentaires

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StephDS - 03 Septembre 2011: Je sais que c'est pas trop ton style Zaz, mais un grand merci d'avoir lu la chronique... Je pense écrire ma prochaine sur Charred Walls of the Damned, qui est plus dans tes cordes je pense. Bises
tormentor - 04 Septembre 2011: Super chronique ma ptite Steph! C'est agréable de te lire! Cephalic carnage est un super groupe tres technique et fond du bon grind comme on aime nous les grinders ;-), cet album est tres bon. Merci d'avoir chercher dans le dico pour nous. je suis d'accord avec toi que relapse est super label en matiere de death et grind ils ne déssoivent pas l'auditeur, quand c'est signé chez eux on sait à quoi s'attendre en général! De la bonne musique de dingue! d'autre qui sont chez relapse comme agoraphobic nosebleed, regurgitate, haemorrhage, exhumed et brutal truth entre autre! Que du bien gras quoi!
En tous cas continue pour tes chroniques elles sont super!
Thrash'em all!!!
ericktheriff - 04 Septembre 2011: bonne chronique steph je vais jeter une oreille a cette album pour elargir mes horizons merci
Fabien - 06 Septembre 2011: Bravo pour cette analyse d’une grande finesse, qui donne autant d’importance à l’éclectisme musical de l’œuvre qu’à son côté conceptuel indissociable, sans se perdre dans des élucubrations interminables. Anomalies est un album d’une sacrée richesse et aussi mon préféré des « progressive grinders » de Cephalic Carnage. C’est certainement l’effort le plus ambitieux du quintet de Denver à ce jour, aux influences multiples, parfaitement digérées et intégrées. Pour ne rien gâcher, le propos est tout aussi riche et subtil, le groupe conservant une humilité et un second degré tout à son honneur. En comparaison, Exploiting Dysfunction était un sacré boxon tandis que Lucid Interval et Xenosapien restent davantage axés sur l’impact frontal. Un mot enfin sur le titre final Ontogeny of Behavior, un morceau progressif particulièrement poignant, sans doute l’unes des plus belles pièces de Cephalic Carnage.

Fabien.
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