All Flesh Is Grass

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16/20
Nom du groupe Madder Mortem
Nom de l'album All Flesh Is Grass
Type Album
Date de parution 19 Fevrier 2001
Labels Century Media
Enregistré à Studio Underground
Style MusicalDark Metal
Membres possèdant cet album25

Tracklist

1. Breaker of Worlds 06:46
2. To Kill and Kill Again 04:33
3. The Cluster Children 04:29
4. Ruby Red 05:01
5. Head on Pillow 00:53
6. Turn the War on 05:36
7. 4 Chambers 02:51
8. Ten Times Defeat 06:03
9. Traitor's Mark 10:36
Total playing time 47:38

Chronique @ Icare

12 Octobre 2011

Une musique habitée et originale, riche, complexe, fouillée et évolutive, tant d’un point de vue musical qu'émotionnel

En 2001, Madder Mortem, jeune groupe norvégien quasiment inconnu jusqu’alors, auteur d'un album passé presque inaperçu en 1999, déboule sans prévenir dans le petit monde bien lisse et convenu du metal à chanteuses et assène avec son All Flesh Is Grass tonitruant une énorme claque aux pseudo divas gothiques à paillettes qui se contentent de susurrer quelques vocalises mielleuses sur des riffs de guitares mille fois entendus.


Madder Mortem est indubitablement un groupe à part et possède irrémédiablement ce petit quelque chose qui les distingue de la masse metallique, mais comment rendre justement hommage au phénomène? En effet, difficile de décrire la musique du combo, ce qui, entre nous, est plutôt bon signe. Sombre, vénéneuse mais hypnotique, malsaine autant qu’onirique, tour à tour violente et mélodique, indubitablement habitée et foncièrement originale, riche, complexe, fouillée et évolutive, tant d’un point de vue musical qu’émotionnel, possédée par une sorte de folie géniale et décomplexée, voilà comment on pourrait résumer en quelques mots la musique des Norvégiens. Madder Mortem est difficile à classer car il ne se cantonne pas à un style unique dans lequel il risquerait de s’enfermer rapidement. Le groupe explose toutes les frontières du metal, pioche ici et là les idées qui peuvent au mieux mettre en valeur son univers torturé et schizophrène et impose ainsi, avec ce All Flesh Is Grass, une personnalité très marquée et une originalité à toute épreuve. De fait, les morceaux sont variés et leur progression est assez difficile à prévoir, mais le tout reste étrangement homogène, notamment grâce au chant, véritable fil conducteur de cette épopée musicale sombre et maladive, et l'album parvient à reste accrocheur de bout en bout, même s'il faut clairement de nombreuses écoutes pour rentrer pleinement dans l'univers des Norvégiens et se laisser totalement immerger dans ce mélange de mélancolie résignée et de fureur enlevée.


L'ossature de la musique de Madder Mortem est lourde, grasse, et relativement lente (il n'y a qu'à écouter le début de Breaker of Worlds avec cette basse claquante et cette batterie pesante pour comprendre que cet opus ne transpire pas la joie de vivre!), flirtant parfois dangereusement avec le doom ( ce passage pachydermique à 2min50 de To Kill and Kill Again, ou cette décélération poisseuse à 2min20 de 4 Chambers ), faisant la part belle à des riffs syncopés et agressifs et à des mélodies vocales hallucinées, particulièrement mises en avant lors de passages plus calmes où seule la basse ronronne, soutenue par une batterie feutrée et parfois quelques arpèges menaçants ou mélancoliques. Le son est énorme, imposant un mur de guitares massif mais laissant bien s'exprimer tous les instruments et aidant à instaurer l'ambiance sombre et glauque travaillée par le groupe, notamment grâce à une basse savamment mise en avant.

La musique oscille donc intelligemment entre passages écrasants et rentre-dedans et plages plus ambiancées et intropectives, balotant constamment l'auditeur entre noirceur et malaise d'une part, et explosions de colère de l'autre. Le tout est magnifiquement orchestré par la voix d' Agnete, qui possède un timbre et une puissance hors du commun (ce fameux Never, Never à la fin de To kill and Kill Again!) et une tessiture très étendue: graves, aigus, chuchotements, hurlements, tout y passe pour illustrer au mieux l'intériorité chaotique et dérangée de la belle. Ce sont effectivement ses prouesses vocales qui nous font littéralement voyager et nous plongent dans l'univers unique et atypique du groupe, et le moins que l'on puisse dire, c'est que les mélodies vocales sont proprement habitées et torturées et à mille lieux de la facilité convenue que nous servent trop souvent les frontwomen de formations plus reconnues.


Certes, jouer la carte des contrastes dans le metal à chant féminin, ce n'est peut-être pas très novateur m'objecterez-vous, habitués que vous êtes peut-être par les sempiternels enchaînements parties agressives aux guitares lourdes/passages symphoniques grandioses et éthérés, ou par l'alternance grunts/chant cristallin typée "Beauty and the Beast", combines largement éculées par tous les groupes du genre depuis maintenant près de deux décennies... Oui, mais... Ici, pas de parties symphoniques (aucun clavier d'ailleurs, c'est bien simple!), et pas une once de chant masculin. Ca vous intrigue? C'est qu'il y a de quoi, Madder Mortem ne faisant jamais rien comme les autres. Car ici, que cela soit clair, on est finalement plus proche musicalement d'un Meshuggah que d'un Sirenia.

Plusieurs noms peuvent venir à l'esprit selon les passages de l'album, Meshuggah, justement, pour le côté déstructuré, maladif et lourd de l'ensemble, Machine Head pour certaines parties syncopées, Skunk Anansie pour cette voix véritablement habitée, sachant se faire tour à tour caressante et explosive (la similitude vocale est d'ailleurs assez évidente sur les passages les plus intimistes de Turn the War On, bien que sur le reste de l'album, les deux chants ne soient aucunement comparables), Aghora pour les parties les plus aériennes (le début de Ten Times Defeat) ou au contraire quand la section rythmique s'emballe dans des contre-temps brise-nuques et spasmodiques, mais je vous mets au défi de trouver un groupe qui ressemble à Madder Mortem, ou plutôt à qui Madder Mortem ressemble.


Alors, envie d'un album original, puissant, barré, virtuose et envoûtant? Marre de ces groupes à chanteuses aux vocalises gnangnan et insipides et de ce metal sympho sans âme virant quasi systématiquement à la pop FM? Besoin d'une musique profonde et habitée qui vous fasse voyager dans les tréfonds d'une intériorité torturée, vous transporte d'émotions en émotions et parle tant à votre coeur qu'à votre âme? Penchez-vous donc sur le cas Madder Mortem et enivrez-vous sans retenue de cet excellent All Flesh Is Grass, vous m'en donnerez des nouvelles!

6 Commentaires

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Vrael - 10 Novembre 2011: Ah ne t'inquiète pas, je savais que ce n'était pas un album de gothic, c'était une remarque à part.

Après écoute effectivement, cet album change radicalement des autres albums de groupes à chanteuses. Ca me fait un peu penser à Diablo Swing Orchestra pour l'éclectisme et à The Old Dead Tree pour le mélange dark rock / métal, un peu aussi à Machine Head pour certains passages très lourds.

Ca change de ce qui se fait d'habitude certes, mais ça pourrait être plus abouti. J'écrirai une chro bientôt pour bien expliquer mon point de vue, et nuancer le tiens ; )
En tout cas merci beaucoup pour la découverte, j'ai quand même bien apprécié cet album.
Icare - 10 Novembre 2011: Pas de quoi, j'attends ta chro avec impatience! ;-)
 
Pomme - 23 Mai 2013: Oh !! L'énorme coup de cœur ; un de ces albums qu'on écoute, on rit, on pleure et on se dit "Mais... C'est trop bien !".

Merci, pour cette chronique et cette découverte sensationnellissime !
Icare - 24 Mai 2013: Pas de quoi,ça fait plaisir de voir des réactions aussi enthousiastes, je suis content que ma chro ait servi à qq chose!
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Chronique @ Vrael

11 Novembre 2011

Même si Madder Mortem fait montre d’une grande ouverture d’esprit, l’album manque cruellement de point culminant

Comme la plupart du temps, j’ai découvert Madder Mortem plus ou moins par hasard. En fait j’avais envie de découvrir un groupe de dark, genre que je ne connais peu, alors j’ai lancé une recherche sur SoM histoire d’en choisir un. Celui-ci m’a interloqué par la présence d’une chanteuse, qui n’a pas la plastique de modèle qu’ont la majorité des vocalistes féminines dans le milieu - il faut le dire, elles sont ‘aussi’ choisies pour ça.
Intrigué, j’ai cliqué sur la première chronique qui venait, celle de ‘‘All Flesh Is Grass’’, et j’ai été attiré parce qu’Icare en disait, à savoir « sombre, vénéneuse mais hypnotique, malsaine autant qu’onirique, tour à tour violente et mélodique, indubitablement habitée et foncièrement originale, riche, complexe, fouillée et évolutive, tant d’un point de vue musical qu’émotionnel, possédée par une sorte de folie géniale et décomplexée, voilà comment on pourrait résumer en quelques mots la musique des Norvégiens». Cela correspondait exactement à ce que je cherchais.

Alors, cet album possède une imagerie dérageante, de la pochette glauque au titre, qui se traduit littéralement « toute chair est herbe ». Mais nous sommes loin du dark étouffant de Bethlehem ou Forgotten Tomb : exit cette atmosphère au delà du malsain, ces riffs déglingués et ces vocaux hallucinants. Non, ‘‘ All Flesh Is Grass ’’ n’est pas conçu pour rendre malade, on est ici beaucoup plus proche du dark rock soutenu par la lourdeur du metal, à l’instar d’un ‘‘ Nameless Disease ’’ de The Old Dead Tree ou d’un ‘‘ Believe in Nothing ’’ de Paradise Lost.
Et en matière de metal, la force de Madder Mortem est de ne pas tenter de s’enfermer dans un style en particulier : impossible de classer, seulement de remarquer des ressemblances. Bon, je ne connais pas leurs influences, mais on ne peut que penser notamment à Machine Head pour ce riffing souvent saccadé, à Otep ou Eths pour des passages acoustiques torturés, à Gojira voire Opeth pour la dissonance de certains riffs... bref, un éclectisme très alléchant. D’autant plus que la chanteuse en question n’est pas ce genre de chanteuse qui aurait mieux fait de rester dans la pop ou la variété canadienne, au chant dégoulinant de vibrato qu’on est sensé trouver émouvants - non, ce n’est pas une clone de Clara Morgane à la voix d’Hélène Ségara (Sirenia es-tu là), on peut plutôt parler de vocaliste au registre riche. Sa voix s’adapte à l’évolution des morceaux, pouvant décrire des arabesques complexes, nous sussurer son poison pendant les breaks acoustiques, presque s'époumoner aux passages forts... avec un tableau pareil, on pourrait presque comparer Agnete à Ann-Louice Lögdlund des Diablo Swing Orchestra.
Le morceau le plus évocateur est certainement «Ruby Red», où l’on retrouve chacun de ces aspects. Mais pour moi, le morceau le plus metal d’ «All Flesh Is Grass» est «To Kill and Kill Again», entre Machine Head pour le riffing et Otep pour l’ambiance grasse.

Mais bon, paradoxalement, même si Madder Mortem fait montre d’une grande ouverture d’esprit, l’album manque cruellement de point culminant. De morceau en morceau le groupe fait monter la pression grâce à une succession de breaks acoustiques et de moments propices au crescendo, mais celui-ci ne vient jamais. Non, à aucun moment on a l’impression que Madder Mortem exploite le suspense musical qu’il fait monter et on reste sur sa faim, ne sachant que faire de cette excitation qui nous empoigne. La bombe est tombée et a fait pétard mouillé.
De plus, on ne peut qu’applaudir la performance d’Agnete, mais malheureusement, son chant manque d’un quelque chose : elle ne s’approprie pas totalement les textes, garde une certaine distance par rapport à eux, contrairement par exemple à Helen Vogt des Flowing Tears habitée par ses «Words Before you Leave».
Cela contribue à cette impression que l’émotion pourrait atteindre son paroxysme, qu’on est pas complètement plongé dans cet univers empoisonné qu’on fait miroiter devant nous. Remarque, peut-être le but était-il de laisser l’auditeur perdu face à ce manque... allez savoir.
De toute façon, plus les 45 minutes de l’album progressent, plus on révise son jugement sur leur «homogénéité qui reste cohérente», rabaissée à une sensation de déjà-vu quant à telle ou telle mélodie.

Ne partons pas fâchés, « All Flesh Is Grass » fut probablement l’une des sorties 2001 les plus agréablement inattendues. Eclectique, schizophrénique, mélodique et progressif mais pas en excès, Madder Mortem nous sort du four une galette particulièrement parfumée mais qui aurait pu être plus aboutie, faute à un manque d’exploitation du suspense. Néanmoins, tout amateur de nouveauté ne saurait se permettre de passer à côté. Surtout ceux qui raffolent des groupes à chanteuses mais qui apprécieraient un changement de recette.

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