Sortis de nulle part à l’aune de l’année 2005 en étant à l’origine un groupe de
Metal de style opéra dirigé par des femmes, les Canadiens de
Borealis livrèrent avec «
World of Silence » un premier album à la qualité bluffante lorsqu’ils amorcèrent un changement de direction musicale vers un son de
Power Metal plus progressif. Ce faisant, le groupe dut se mettre à la recherche d'un nouveau chanteur, et ce fut finalement le guitariste Matt Marinelli qui prit le micro pour nous concocter cette première merveille du combo canadien, d'autant plus qu'il s'agit-là d'une autoproduction.
Ainsi donc, ce groupe originaire d’Orangeville (banlieue de
Toronto) propose plusieurs styles que l’on pourrait décrire comme du
Power Metal mélodique et progressif souligné d'éléments symphoniques. Qui plus est, le tempo affiché tout au long de l’album va de moyen à assez rapide, et en ce qui concerne les comparaisons avec certaines des têtes d'affiche du genre, ils peuvent se comparer à
Kamelot,
Vanishing Point,
Vanden Plas,
Dream Theater, mais surtout à
Evergrey tant la comparaison au niveau vocal et musical est bluffante. En effet, le chanteur Matt Marinelli a une voix plutôt grave et lourde, qui peut facilement être comparée à celle de Tom Englund, voire à celle de Ville Laihiala, chanteur finlandais du regretté groupe
Sentenced.
Après ces éloges, vous pourriez vous demander ce qui distingue
Borealis des autres légions de jeunes groupes de
Metal de l’époque qui s'efforcèrent de se tailler leur propre part de terrain dans le paysage ! La réponse est simple : il s’agit tout simplement du niveau de maturité qu’ils affichèrent dès leurs débuts en termes de capacité d'écriture ainsi que de la manière dont ils exécutèrent les structures instrumentales, et cela s’est immédiatement ressenti dès l’ouverture intitulée "
Lost Voices", étant certainement la chanson la plus accessible en représentant au mieux ce que doit être le
Power Metal. Indubitablement, cette chanson présente un refrain très accrocheur ainsi que de nombreux solos de guitare et de clavier, créant ainsi un équilibre presque parfait entre lourdeur et mélodie.
Par ailleurs, lesdits claviers font partie intégrante de
Borealis tout au long de cette pérégrination, et ils s’intègrent d’autant plus sur "
From the Fading Screams" et "The
Afterlife". De fait, la première citée passe lentement d'une ouverture basée sur du piano (qui rappelle furieusement "Wait for
Sleep" de
Dream Theater) à un morceau chargé d'émotion et envoûtant qui voit l'une des meilleures performances vocales de Matt sur l'album ; tandis que la seconde est extrêmement épique en fusionnant du
Power Metal orchestré avec un son lourd et tonitruant avec des changements très excitants dans les arrangements.
Du reste, les moments forts du disque peuvent se dénicher sur "
Midnight City" et la chanson titre car ils peuvent tous deux compter sur un riff de guitare percutant et un refrain vocal de toute beauté, à l’instar de "
Eyes of a Dream" faisant un grand usage de riffs tonitruants avec des arpèges guitare/clavier superposés à la manière de
Blind Guardian.
A l’inverse, "The Dawning Light" présente un tempo galopant et rapide, le tout alimenté par des contrebasses et des claviers omniprésents amenant un moment mélodique des plus agréables pour les tympans. Citons également le titre de clôture, "
Black Rose", une énième autre bombe mélodique permettant de constater une fois de plus tout le groove que Matt Marinelli apporte à ses lignes de chant. Enfin, "Forget the
Past", avec sa durée de près de sept minutes, se situe dans la lignée du style général de ce disque, permettant, dès lors, de continuer à errer dans ces sensations auditives plus qu’agréables.
A la limite, si l’on devait reprocher quelque chose à ce «
World of Silence », ce serait peut-être sa relative linéarité, avec des compositions qui reposent souvent sur le même schéma à cause de ses mélodies assez proches les une des autres. Mais la question principale à l’égard de cette petite critique serait de savoir si cette forte homogénéité n'est finalement pas un mal pour un bien, parce qu’incontestablement, la seule tentative de variation de ce disque reste l'inévitable
Power ballade : "Divine Answer". A son écoute, il est aisé de constater que
Borealis maîtrise également cet art difficile en présentant sur celle-ci une voix envolée très chargée d'émotion avec un arrangement fortement orchestré au niveau musical.
En définitive, cette première offrande est une expérience d’écoute agréable du début à la fin. Indiscutablement, les membres de
Borealis savent parfaitement comment écrire des chansons passionnantes avec des mélodies fortes et de superbes refrains tout en gardant un son très aguichant ; tandis que, musicalement, cet album se classe parmi les meilleurs albums auto-produits qu’il m’ait été donné d’entendre. Il faut dire qu’à l’époque de sa sortie, ce disque fit tellement parler de lui dans la sphère
Metal que le combo canadien décrocha logiquement un contrat avec un label majeur afin de financer l’opus suivant, qui portera le doux nom de «
Fall from Grace », ce qui leur permit en 2017 d’enregistrer une nouvelle version de ce premier méfait, en ayant, cette fois, les moyens d’en améliorer grandement la qualité sonore ; mais ça, c’est une autre histoire !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire