Avantgarde Music est décidément une écurie d'exception. C'est un label auquel j'accorderai toujours une attention toute particulière, car responsable, jusqu'à présent, de toutes les sorties de cet incroyable groupe qu'est
Darkspace. Mais pas seulement. En effet, les italiens signent toujours des groupes qui ont quelque chose de "frais", de "novateur" à apporter au Black
Metal, genre qui a malheureusement tendance à stagner un peu ces dernières années. Ayant la chance de pouvoir accéder aux promos du label, certaines merveilles ne m'échappent pas. J'ai ainsi pu me pencher sur les travaux de groupes comme
Manii ou encore
Situs Magus, qui n'auraient probablement pas retenu mon attention en temps normal.
Mais aucun des albums fournis par l'écurie ne m'aura autant transcendé, jusqu'à présent, que ce premier opus des Italiens de
Progenie Terrestre Pura (aussi appelé q[T]p). Groupe qui m'était absolument inconnu jusqu'alors, et pour cause ! Leur première et unique démo étant passée totalement inaperçue, que ce soit sur les blogspots ou les webzines spécialisés. L'entité q[T]p est en fait bicéphale, composée de deux membres, responsables des instruments, de la programmation de la boîte à rythme et des divers arrangements électroniques. Car oui, là ou q[T]p se démarque très nettement des autres groupes de Black
Metal, c'est dans l'univers tissé par les compositions et l'imagerie du combo.
La première chose qui retiendra l’œil des curieux est, bien entendu, l'artwork somptueux de ce premier volet, "U.M.A." ("Uomini, Macchine, Anime", signifiant hommes, machines, âmes), une oeuvre magnifique que l'on doit à l'artiste allemand Alexander Preuss, spécialisé dans la science fiction et le game design - vous pouvez d'ailleurs avoir un aperçu de ses riches productions sur son site internet officiel. Une pochette lumineuse, toute en teintes bleutées, sans logo ni nom qui pourrait venir la dénaturer. Le ton est donné, le décor de ce "U.M.A." est déjà planté.
Les thématiques abordées par q[T]p restent dans le ton donné par cette pochette : futuristes, traitant d'univers parallèles, du devenir de l'humanité, de l'espace, tissant des paysages merveilleux que n'auraient pas renié Fredric Brown ou le maître Asimov. Mon italien étant inexistant et la fonction "traducteur automatique" n'étant pas des plus convaincantes, je ne peux malheureusement que vous donner un aperçu approximatif de la richesse des textes. Nul besoin de les comprendre pour profiter de l'incroyable talent de composition du duo, cependant.
Enregistré "à la maison" et mixé par le Kolektiv 322 Studio (responsable notamment du dernier album de
Melencolia Estatica, "Hel", plutôt convaincant), "U.M.A." bénéficie d'un son d'une qualité absolument exceptionnelle. Il n'en fallait pas moins lorsque l'on sait que l'ambition de q[T]p était, au départ, de mélanger Black
Metal, musique électronique et autres sons expérimentaux, afin d'insuffler encore plus de vie dans un genre qui prenait déjà les tripes de l'auditeur en essence. Tout est judicieusement mixé, et, chose suffisamment rare pour être soulignée, le son de la boîte à rythme n'est nullement agaçant. Elle se moule complètement aux compositions, et ne les dénature en rien. Les claviers, mixés à peine en rentrer, donnent toute leur force aux différentes compositions, qui restent très longues (mais nullement lassantes) : "U.M.A." compte cinq titres pour plus de cinquante minutes de musique.
Les guitares froment un ensemble compact, percé par les différents solis et les pointes mélodiques, et la basse sait appuyer les parties plus contemplatives, me rappelant parfois l'utilisation de l'instrument chez
Augury (notamment sur l'excellent "Droni", titre sur lequel je reviendrais plus loin).
Enfin, la voix s'éloigne complètement de ce à quoi l'on pourrait s'attendre : tantôt murmurant, tantôt suffocant (un peu comme la voix de cancéreux de tonton Vikernes sur ses dernières bouses, oui), voire parfois masquée sous des couches d'effets (comme sur l'excellent "Sovrarobotizzazione"). Un véritable décalage qui pourra rebuter au premier abord, mais qui apparaît comme véritablement "naturel" après quelques minutes d'écoute. Même si, personnellement, j'aurais tendance à regretter un certain manque de "puissance" sur certains crescendos absolument destructeurs qui auraient mérité d'être plus appuyés ("Sinapsi Divelte").
Le duo italien puise dans de nombreuses influences, et les réinterprète, ce qui fait que leur art peut se targuer de ne ressembler à rien d'autre. On pourra retrouver, dans les différents titres, autant du
Darkspace (notamment au niveau de l'utilisation des ambiances futuristes et spatiales, comme sur le titre instrumental "La Terra Rossa Di Marte", rappelant les balbutiements de la première démo du trio Suisse) que du
Angst Skvadron, en passant par
Summoning pour les claviers parfois très "épiques" et emportés (la ressemblance s'arrête bien entendu là), ou encore du côté des sulfureux mais magnifiques américains de Fanisk pour ce sens du riffing qui fait mouche.
Progenie Terrestre Pura sait alterner mid-tempos contemplatifs et atmosphériques (comme sur le premier titre), mais aussi des rythmes bien plus rapides et violents, véritables trous noirs, en témoigne ce "Droni" et ces guitares déchirantes, presque plaintives, tournées vers le ciel et les étoiles.
"U.M.A." évite les écueils qui sont généralement inhérents au fatidique premier album : les titres sont longs, certes, mais savamment construits, et ne lassent aucunement l'auditeur. q[T]p ne tombe également pas dans le piège grossier de la "répétition" - piège dans lequel est malheureusement tombé Fanisk, sur leur "Insularum" mauvais du début à la fin - en ne se contentant pas de faire tourner le même riff en boucle tout au long d'une pièce, en variant simplement les différentes couches de synthétiseurs et d'effets électroniques. Les influences, quoique flagrantes, sont correctement digérées, ce qui est déjà exceptionnel sur une première réalisation.
Alors oui, je m'emporte, mais pour l'avoir fait tourner en boucle depuis de nombreuses journées, pour l'écouter lors de mes nuits ou les insomnies s'invitent à la fête, je peux vous certifier que cette première offrande de
Progenie Terrestre Pura est un enchantement. Lumineux, inspiré, en totale marge de la scène actuelle, le duo a su insuffler à un genre malheureusement trop figé de la vie, de la lumière, des vibrations, pour un voyage spirituel et auditif dans un univers merveilleux, onirique, entre ciel et terre. Moins violent qu'un
Darkspace, beaucoup plus apaisant, mais tout aussi puissant, "U.M.A." est un enchantement pour les oreilles. Une découverte personnelle que je qualifierai de révélation, et un album a ranger dans les excellentes surprises, et les meilleures sorties de ce début d'année 2013. A suivre de très, très près.
Décidément, Avantgarde Music possède le flair pour dénicher des perles rares.
Je pense qu'ils peuvent encore affiner leur recette donc j'attends le suivant de pied ferme.
Les écoutes défilent et l'impact des compositions s'intensifie.
Je suis personnellement fan du titre "Droni" qui me transcende par ses riffs mélodieux et ses lyrics inspirés.
Merci pour cette excellente découverte Enthwane !
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