Quatre ans de silence radio envolés déjà depuis leur troisième et vivifiant album full length, «
The Art of Peace », et d'aucuns n'étaient pas loin de penser les espoirs de pérennité du projet espagnol à jamais évanouis. Ce serait sans compter l'indéfectible motivation et l'inébranlable envie d'en découdre de la part du sextet barcelonais. Le voici donc de retour, muni d'un quatrième opus de même acabit dénommé «
The Harbour in Me », qui, à l'instar de son illustre devancier, égraine 10 pistes sur un ruban auditif de 48 optimales minutes ; message musical produit, soigneusement enregistré, et à nouveau délicatement mixé et mastérisé par Xavi Cao, l'un des piliers du collectif ibérique, Est-ce à dire qu'un bis repetita serait au bout du chemin ? Ce faisant, ce quatrième mouvement permettrait-il à la formation espagnole de l'asseoir plus encore parmi les valeurs confirmées du metal gothique symphonique, quelque douze années après sa fondation ?
Dans cette nouvelle aventure, nous embarque l'équipage du précédent opus, à savoir : l'auteure et interprète Clara Beack, le compositeur, guitariste/claviériste et vocaliste Xavier Cao, le vocaliste/bassiste
Will Sarmientski, le guitariste Jimmy Sánchez, le bassiste Víctor Cao et le batteur Luka. De cette étroite collaboration émane un propos rock'n'metal gothique et mélodico-symphonique aussi jovial que torrentiel, réservant à nouveau de poignantes joutes vocales, schéma oratoire qui, là encore, n'est pas sans renvoyer à
Visions Of Atlantis,
Serenity ou encore à
Tristania, mais aussi à
Therion. Etat de fait qui ne saurait empêcher
Delain,
Rhapsody Of Fire,
Amberian Dawn d'influencer parallèlement ce set de compositions ; orientation stylistique synonyme d'évolution partielle du projet, l'ombre de
Nightwish,
The 69 Eyes,
Draconian,
Lacrimas Profundere et
Poisonblack ne planant plus sur les portées aujourd'hui esquissées. Afin de conférer davantage d'épaisseur artistique au projet, le groupe a densifié la teneur de son corps oratoire, sollicitant alors, pour l'occasion, les empreintes vocales de : David Arredondo (Taken), Kris
Vega (
Born In
Exile) et, pour la quatrième fois, Carlos Torregrosa. Mais entrons sans plus attendre dans le navire pour une croisière au long cours et en eaux tumultueuses...
C'est à nouveau à l'aune de ses pièces les plus enfiévrées que le combo espagnol marque ses premiers points. Ainsi, c'est d'un battement d'ailes que l'entêtant refrain exhalant des entrailles de « A Vision » aspirera le pavillon. Cet entraînant up tempo au léger tapping, au carrefour entre
Visions Of Atlantis, Ancien Bards et
Rhapsody Of Fire, jouit, en outre, d'un flamboyant solo de guitare et des puissantes et opportunes inflexions de David Arredondo. Dans cette veine, nous immergeant tous deux au sein d'un enchanteur paysage de notes et calés sur une poignante triangulation vocale, les cristallines inflexions de la belle s'unissant aux fluides oscillations et aux growls de ses deux comparses masculins, le mid/up tempo syncopé «
Bear My Ember » et l'échevelant « Skeptic Mind » se font non moins engageants. Suivant un même schéma oratoire et voguant, quant à eux, sur une grisante ligne mélodique, l'enjoué « Invocation » comme le trépidant « Under My
Tree » ne rateront pas davantage leur effet.
Dans une orientation plus rock que metal, nos compères trouvent là encore les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste, d'une part, l'aérien et ''delainien'' mid/up tempo « Harbouring Me », véritable hit en puissance greffé sur une sente mélodique des plus enveloppantes et mis en exergue par les impulsions parfaitement orchestrées de nos trois vocalistes patentés. A mi-chemin entre
Visions Of Atlantis,
Delain et
Amberian Dawn (seconde mouture), eu égard à son énergie aisément communicative et à son refrain catchy, l'endiablé et rayonnant « My
War », lui, poussera assurément à un headbang bien senti. Enfin, jouissant des claires et corpulentes modulations de Carlos Torregrosa, et s'écoulant au fil d'un infiltrant cheminement d'harmoniques, le tonique et ''rhapsodien''« The Last
Journey » ne saurait davantage être esquivé.
Quand le convoi orchestral ralentit un tantinet sa cadence, la troupe parvient à nouveau à nous assigner à résidence. Ce qu'illustre, d'une part, « Let Me
Die », ''tristanienne'' ballade d'une sensibilité à fleur de peau. Certes intrigant mais doté d'une mélodicité toute de fines nuances cousue, l'instant privilégié laisse entrevoir les inflexions en totale osmose des trois vocalistes, ces derniers faisant mouche où qu'ils se meuvent. Ce faisant, couplets et refrains entêtants glissent avec célérité dans nos tympans alanguis, nos compères nous adressant par là même leurs mots bleus les plus délicats. On retiendra, d'autre part, l'énigmatique mid tempo syncopé « Our
Demise » tant pour la chatoyance de son ambiance orientale que pour ses effets de contrastes rythmiques et vocaux, les saillantes et rocailleuses attaques de Kris
Vega s'inscrivant, cette fois, au sein du corps oratoire.
Au final, le combo espagnol nous octroie une œuvre à la fois volontiers pimpante, souvent impulsive, parfois intrigante, romantique à ses heures, à quelques encâblures de sa devancière au regard d'une atmosphère désormais plus aérienne, parfois empreinte de jovialité. Si la part belle a été faite aux joutes oratoires, la technicité instrumentale n'a nullement été laissée pour compte, au moment où les qualités mélodiques déjà pressenties renvoient, là encore, à la féconde inspiration de leurs auteurs. Si l'un ou l'autre instrumental et/ou fresque manque probablement à l'appel, pas un bémol sonore ni une longueur superflue n'émane de ce quatrième mouvement. C'est dire que cette solaire offrande n'aura pas tari d'armes pour asseoir plus encore le sextet parmi les valeurs confirmées de ce registre metal. L'aventure se poursuit sereinement pour le collectif ibérique...
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