Voilà 5 ans déjà que le quintet américain se fait désirer, nous ayant laissés sur une note encourageante à l'aune de «
8 Degrees Below », son second et poignant album full length. C'est dire que la sarabande étasunienne originaire de Milwaukee, menée depuis 2004 par la frontwoman Anna Bohn, s'est laissée toute latitude pour réenclencher la machine. Et ce, à l'instar de «
The Ghost Inside Me », troisième opus de longue durée où s'enchaînent 9 pistes sur un parcours d'à peine 33 minutes. Tout comme sa précédente livraison, cette galette jouit d'une qualité de production respectable, eu égard à un mix ajusté et à un niveau de finition encore inédit.
Toutefois, ceux qui espéraient un prolongement de son prédécesseur en seront pour leurs frais. En effet, ce manifeste s'est désolidarisé de l'empreinte grunge, qui en faisait sa particularité, pour ne conserver que sa patte gothique, avec cette fois, une orientation plus atmosphérique que doom. Ainsi, on se rapprocherait davantage d'un univers gothique propre à
Lacuna Coil, avec quelques zestes de
The Birthday Massacre, que de
Live,
The Flaw ou de Paramore, comme ce fut le cas jusqu'à lors. Au chapitre des nouveautés, nos cinq compères ont également opté pour une présence marquée de brefs instrumentaux, parsemés à intervalles réguliers sur le méfait. Sur le plan vocal, on observe l'intronisation de choeurs et l'absence du prégnant grunger, troqué par des growls en arrière-fond sur quelques plages, en passant.
Comme dit, contrairement à leur précédent méfait, et très adroitement, nos acolytes ont intégré trois passages instrumentaux à leur propos, chacun ayant une teneur particulière et une fonction différente eu égard à leur positionnement dans la setlist. Chacun de ces temps non oralisés s'ensuit de deux titres à la rythmique différenciée, qu'il nous a semblé opportun de laisser agrégés. Une manière originale proposée par le combo de nous plonger dans les entrailles d'une offrande à la fois rugueuse, mystérieuse, contrastée et romantique.
A commencer par une violoneuse et progressive entame aux arrangements effilés, un tantinet linéaire, nous accueillant sur le bien nommé « Intro - A Startling
Revelation ». Titre qui, sur un fondu enchaîné soigné, s'agrège opportunément à son voisin « Running on Fumes », entraînant et sculptural low tempo atmosphérique gothique à la touche rock psyché, à la croisée des chemins entre
Lacuna Coil (à l'époque de « Shallow
Life ») et
The Birthday Massacre (dans la veine atmosphérique de « Pins and Needles »). Des choeurs accompagnent, cette fois, la sirène dans ses pérégrinations oratoires calées dans les médiums, l'ensemble fonctionnant à merveille, au fil d'un cheminement mélodique infiltrant et éminemment nuancé. Le vrombissant et corrosif « Infinite Months », mid tempo aux riffs acérés et à la rythmique plombante, évoluant au gré d'accords finement ciselés et captateurs, qu'on croirait issus de l'illustre combo italien. Acte gothique envoûtant, à l'agitation frénétique et savamment choralisé, témoignant également d'une toute autre orientation harmonique conférée à son message musical par le collectif ricain.
Une seconde salve de trois titres, successivement emboîtés et entamés par un instrumental, repose sur une même logique de distribution, avec quelques exquises gourmandises à la clé. Instrumental où vogue un piano sur de délicats et suaves arpèges, « Infinite Release (an Intermission) » se pose à la fois comme pause et le début d'un second acte, immédiatement relayé par « Release Me », mid tempo atmosphérique gothique au riffing graveleux, dont le refrain catchy n'aura que peu de difficultés à toucher le fan de
Lacuna Coil. Tel un fil conducteur, le maître instrument à touches s'inscrit dans les moindres espaces d'expression de cette plage fringante, lui conférant une saveur encore inconnue chez nos ricains.
Plus enjouée, «
Asphyxia » fait crépiter ses riffs au gré des déambulations libertines de la déesse. Et, là encore, la sauce prend, notamment à l'abord d'un refrain propice à un ébouriffant headbang. Soudain, une patte growleuse, qui ne s'imposait pas, vient corroborer les fines oscillations de la belle.
Enfin, le troisième acte laisse entrevoir quelques faiblesses de régime, même si on le parcourt d'un seul tenant, sans encombres. Celui-ci est entamé par «
Breathless (an Interlude) », orientalisant et laconique instrumental, à l'image d'une petite respiration, embrayé prestement par le tortueux et néanmoins mélodieux « Speechless ». A mi-chemin entre
Lacuna Coil et
The Flaw, ce mid tempo gothique à le touche doom, au doux parfum d'Orient, nous fait traverser un saisissant champ de turbulences mais nous impose aussi quelques gênantes répétitions de phrasés sur les breaks. Peut-être le bémol de la rondelle. Enfin, sur de savoureuses gammes au piano, l'aérien et progressif «
Chokehold » flatte nos tympans par la douce lumière qui en émane. Toutefois, si les incantations en voix de gorge de la maîtresse de cérémonie font mouche, notamment sur le refrain, l'émotion requise sur un morceau de cette nature se fait attendre. De plus, de complexes harmoniques secondées par un couplet indécis et quelques plans technicistes peu probants n'auront définitivement par raison de nos résistances.
Un changement de cap qui semble avoir réussi au combo ricain mais qui a aussi révélé quelques failles relatives à quelques enchaînements couplets/refrains et à certaines variations parfois mal assurées. On décèle une belle prise de risques, une offre artistique plus étoffée, une convaincante cohérence d'ensemble mais une perte d'identité stable, une charge émotionnelle atténuée et d'impondérables répétitions d'accords et de lignes mélodiques quelque peu vacillantes. Bref, cette œuvre pourra répondre à quelques exigences d'un auditorat sensibilisé aux vibes de
Lacuna Coil, à condition de ne pas succomber à la tentation de la comparaison. Pour les partisans de leur précédent opus, ils passeront leur chemin. C'est à chacun selon ses préférences, en quelque sorte...
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