Voilà depuis 1991 qu'
Heathen n'avait pas réalisé un réel album, la faute à de nombreuses circonstances, dont une tragique en la mort du bassiste
Randy Laire et sa copine lors d'un accident de voiture (Rest in peace...), mais aussi à un éclatement progressif du groupe via l'intérêt des membres pour des projets respectifs avec par exemple le départ de
Jason Viebrooks pour rejoindre Dave Lombardo dans son ambitieux groupe Grip Inc. Tout cela relaya le groupe au second plan, qui ne dut son salut qu'aux malheurs de santé de Chuck Billy, exhortant le groupe à se reformer pour participer au Thrash Of The Titans pour récolter des fonds afin d'assurer le traitement du cancer du leader de
Testament.
Le changement crucial, et pas des moindres, apparut toutefois plus tard en 2005 et constitue la source principale des modifications notables qu'on peut entendre sur "
The Evolution of Chaos". En effet, Lee Altus, le guitariste né en Russie et à l'origine de la formation californienne avec le batteur Carl Sacco en 1984, vint à rejoindre un autre groupe incontournable de la scène Thrash Bay
Area:
Exodus.
Nul doute qu'à l'écoute des "
Shovel Headed
Kill Machine" ou autre "The
Atrocity Exhibition...Exhibit A" sortis à partir de cette période, les riffs que ramèneraient Altus dans ses bagages pour
Heathen seraient bien plus acérés. Un apport non négligeable pour un groupe qui manquait jusque-là encore d'un poil d'autorité pour fructifier son originalité en un résultat implacable.
Que les amateurs de "
Victims of Deception" se rassurent, ils retrouveront en ce "
The Evolution of Chaos" les structures harmoniques complexes couplées à des solos dantesques et des rythmiques alambiquées.
Heathen ne se contente ici presque "que" d'y rajouter la chaînon manquant qu'était le caractère, notamment par le chant de David White bien plus trempé qu'autrefois et donc aussi par les riffs incisifs d'Altus. A certains égards seulement, on retrouve le thrash étouffant du terrible "Killing Peace" d'
Onslaught, l'aspect satanique et ses différentes expressions exceptées.
Après une courte intro mélodique à l'ambiance sombre et orientale que n'aurait pas renié
Karl Sanders pour ses projets solitaires, le groupe reprend dès "
Dying Season", qui d'ailleurs réadapte dans un premier temps le thème final de l'intro, ses bonnes habitudes avec des titres relativement longs, permettant un jeu de construction subtile digne des folies d'un certain "Act III" de
Death Angel, pour un rendu logiquement progressiste. Ajoutez à cette ambition débordante les solos gargantuesques et les passages mélodiques tout droit venus du Heavy, limite même
Power comme dans le magistral finish de "Control By Chaos", et le terme "épique" prend alors toute sa légitimité.
Avec ses onze minutes, "No
Stone Unturned" se pose naturellement comme le titre phare de l'album. Force est de dire que le résultat est au rendez-vous, avec son énorme jeu de basse rebondissant, la montée en puissance progressive puis dégressive jusqu'au silence, avant un final de haute volée où le batteur Darren Minter laisse exploser un tempo saccadée et véloce. L'influence de
Metallica, devenue depuis presque une image de marque pour
Heathen tant elle présente et dans ce titre presque insolente, est à prendre avec le sourire, comme un hommage aux Horsemen. Les interprétations des mélodies de "For Whom The Bell Tolls" en prologue ou encore de "The Unforgiven" lors de l'interlude en ballade sont simplement sublimes à la fois de simplicité et d'évidence, sans pour autant tomber dans le piège du plagiat.
"Arrows Of
Agony" renoue au départ avec les connotations exotiques du Moyen-Orient mais se positionne surtout comme l'un des titres les plus techniques, avec ses solis éminemment complexes mais surtout ses riffs entre-coupés au rythme de la batterie. Il clôt en beauté le moment fort, s'il y en a effectivement un par rapport aux autres, de l'album que constituaient les trois derniers morceaux suscités.
Le reste de l'album se déroule dans la même grandiloquence, teintée de hargne et de technicité, alternant des passages évolutifs et même lancinants comme dans "A Hero's Welcome" avec des passages très directs comme dans "Bloodkult", et cela parfois même au sein du même titre, en témoignent les "Fade Away" et "
Red Tears Of
Disgrace". En vérité, le réel intérêt de cette seconde partie de l'album est qu'elle peut être vue comme un tout, comme une entité à part entière qui jusqu'au titre épilogue "
Silent Nothingness" est guidée par un même fil conducteur, une même logique respectée de bout en bout. Sans vraiment pouvoir mettre des mots sur cette sensation, la transition que représente "Undone" entre deux titres radicalement opposés en est pour moi l'exemple le plus probant.
Au final, "
The Evolution of Chaos" est l'album de la consécration, abouti à tout point de vue, prouvant malgré les longues années et quelques critiques musicales légitimes, qu'
Heathen a toujours été dans une pente ascendante, dans la bonne voie. Les californiens ont réalisé en cet album leur référence, et peut-être même l'un des meilleurs albums thrash de ce nouveau siècle. Un futur gros classique, à n'en pas douter.
Heathen est aujourd'hui devenu définitivement unique en son genre, frappant leur musique d'une signature inimitable. Savourez-le, dégustez-le, faites-en une indigestion mais priez également... priez en effet pour que cette apogée ne soit pas le début de la fin, car malgré les fortes influences, n'est pas
Metallica qui veut, capable de sortir quatre chefs-d'œuvre de suite maintenant le groupe au summum de la gloire.
J'ai finalement mis 4 ans pour acheter ce skeud après avoir lu ta chro. Ca valait la peine d'attendre. Vraiment un bon disque de thrash. Juste trop long. 18 ans après leur précédent disque (si on oublie le moyen "recovered"), voilà un groupe qui n'a pas manqué son retour.Un nouveau disque est-il prévu? Merci pour la chro.
Rentré il y a peu....je suis tout retourné par ce disque d 'Heathen. Il tape fort et on retrouve des riffs exodusien par ci par là mais pas que...le son est moderne tout en conservant 1 pate bay aera de la grande epoque. Les morceaux donnent l' impression d' etre en terrain connue...en effet le thrash present est typique de la zone citée precedement et fait grandement plaisir. Une belle palette des savoirs du groupe qui n'aura pas eu la carriere escomptée.
Bel album
16/20
La claque cet album de trash très classieux un chant superbe et un style qui rappelle exodus avec une pointe de death angel !!Moi je lui mets un 18/20.
Comme tout le monde j'ai pris une claque énorme avec cet album a sa sortie mais il passe pas très bien l'épreuve du temps car rien ne reste en tête après écoute et il prend la poussière depuis un long moment.
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