Breaking the Silence

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Nom du groupe Heathen (USA)
Nom de l'album Breaking the Silence
Type Album
Date de parution 1987
Style MusicalThrash Bay Area
Membres possèdant cet album171

Tracklist

Re-Issue in 2008 by Century Media with 5 bonustracks.
1. Death by Hanging
2. Goblins Blade
3. Open the Grave
4. Pray for Death
5. Set Me Free (Sweet Cover)
6. Breaking the Silence
7. Worlds End
8. Save the Skull
Bonustracks
9. Heathen
10. Pray for Death (Demo)
11. Goblins Blade (Demo)
12. Open the Grave (Demo)
13. Heathen (Demo)

Chronique @ largod

03 Décembre 2012

Tympans fêlés

Les adages ont parfois du bon. Le silence est d’or figure parmi ceux qu’il faut savoir apprécier à sa juste valeur. Combien de fois avons-nous été importunés par une personne parlant très fort alors que le fond de son discours n’évoquait rien de particulièrement utile à notre épanouissement personnel ? Combien de fois aurions-nous aimé avoir tourné cinq fois la langue dans notre bouche avant d’avoir émis un son intelligible qui nous aura finalement procuré plus de préjudice que de bienfait ? Combien de fois aurions-nous par contre aimé sortir la juste répartie au moment opportun ?
Briser le silence est à la fois un acte courageux d’aller vers l’autre mais aussi une arme de destruction massive des conduits auditifs.
Dès lors, ce premier album d’Heathen au titre évocateur parviendra-t-il à capter notre attention sans endommager l’ampoule du canal supérieur de notre oreille interne ? Avec son approche rentre-dedans, le principal ressenti à son écoute pourrait se résumer dans un simple message : Thrash-moi dessus, j’aime ça !

La baie de San-Francisco aura enfanté plusieurs vagues et générations de groupes officiant dans le style du thrash metal.
Sans figurer parmi les pères fondateurs au même titre que les Metallica, Exodus, Megadeth et consorts, Heathen fut fondé en 1984 juste après l’explosion de la scène de la Bay Area aux yeux et à la face du Monde par le guitariste Lee Altus et le batteur Carl Sacco, qui occupa « jadis » le tabouret du forgeron de Metal Church pendant quelques temps. Le premier chanteur, Sam Kress, et le second guitariste, Jim Sanguinetti, ne passeront pas le cap du deuxième concert et partiront à l’issue du premier laissant leur place à l’ex-Blind Illusion, David « Godfrey » White, ainsi qu’à l’ex-Anvil Chorus and Control, Doug Piercy. Complété du bassiste Eric Wong, les païens d’Heathen commenceront à écumer à l’orée de 1986 les planches des clubs et des salles des environs de San-Francisco.

Si l’on se réfère simplement au nom de leur groupe, les musiciens n’affichent donc aucune croyance pour un dieu en particulier mais plutôt une ferveur claire et nette pour le heavy-thrash, saupoudrée d’une pointe de NWOBHM dans la mise en place des morceaux. Cette teinte assez singulière se retrouve dans la démo « Pray for Death », autoproduite en 1986, qui comprenait 4 titres, « Pray for Death », « Goblins Blade », « Open the Grave » et « Heathen ». C’est Combat Records (Megadeth, Dark Angel, Abattoir) qui signa dans la foulée Heathen pour leur premier album, qu’ils enregistrèrent après l’arrivée en renfort de l’ex-guitariste de Griffin, Mike « Yaz » Jastremski, au poste de bassiste.

La production de Combat se concentre clairement sur le riffing et les soli sans laisser complètement de côté pour autant la section rythmique basse/batterie et le chant. La paire Altus/Piercy propose une copie de très grande valeur qui donne à l’ensemble un rendu massif et rentre-dedans mais élégant car sans exubérance de violence inutile. On découvre rapidement que David White n’est pas un vocaliste d’Opéra, son registre s’inscrivant dans la veine des chanteurs au grain neutre et pas trop puissant, évitant d’aborder la gamme des suraigus.

Au final, Heathen fait preuve de beaucoup d’intelligence dans son approche Heavy et Thrash et parvient à marquer le coup avec ce premier opus comme le fit Dave Mustaine quelques temps plus tôt avec Megadeth.

Les choses sérieuses commencent avec la monumentale introduction de « Death by hanging » suivi d’un riff massif de diplodocus engloutissant sa dose de fourrage quotidienne. La mort par asphyxie promise semble proche tant le climat des guitares est oppressant et renforcé par un chant d’angoissé et les interventions judicieuses de Carl Sacco qui tape sec et double pédale avec malice. Les soli en toucher indiquent dès ce premier titre que le couple de six-cordistes ne fait pas dans l’inceste du manche. Le rythme mid-tempo sur-vitaminé se poursuit avec « Goblin’s blade » et son riff étonnement musical. L’attention portée par le groupe à la structure du morceau se traduit par une mélodie et un chant qui cavalent facilement et pendant un long moment dans la tête de l’auditeur. Elle tranche avec le côté riff de tronçonneuse et la pointe de sauvagerie contenue du titre sur lequel déboulent avec légèreté de bien beaux soli.

Deux perles rares comme autant de sonotones en or massif irradient ce premier album.
En premier, citons cet « Open the grave » aux multiples facettes. Le double riffing de pierre ponce ancre tout d’abord le titre dans un heavy à la mélodie enivrante. Composition aussi imposante que celles d’un Judas Priest, la trame hardcore transpire insidieusement et migre soudain, après un break aérien, vers une reprise en up-tempo dans la veine de Megadeth pour finir dans une débauche de speed où chacun envoie sa pelletée de charbon dans le foyer de la locomotive. Démonstration à nouveau de la technique à la guitare de Lee Altus qui emmène dans son sillage un Doug Piercy, pas aussi effacé qu’il n’y parait.
En second, le magnifique « World’s end » s’illustre autant pas son introduction léchée que son chant inspiré et surtout cet incroyable riff en attaque d’essaim de bourdons en piqué. La basse terrasse au cordeau l’équivalent du désert du Ténéré dans un tonnerre de décibels assénés avec conviction par de talentueux manieurs de manches dont l’inspiration ne parvient toujours pas à se tarir.

Heathen tente avec culot le pari de la reprise en proposant une version gorgée de testostérones de « Set Me Free » de Sweet. Moins glam tu meurs, tant la partie de manivelle sur le riff principal bastonne alors que le chant de David White est loin d’être ridiculement sirupeux.

Retour enfin vers une partie Thrash plus speedée avec « Pray for Death » qui annonce d’emblée un rythme plus agressif avec un main riff tranchant comme une lame de rasoir. Le travail des guitares est à nouveau exceptionnel et Carl Sacco soutient la comparaison avec son martelage métronomique de double grosse-caisse, pris en filature par un « Yaz » Panzer à la basse qui ne fait pas dans la dentelle de Calais. « Save the skull » est à Heathen ce que « The four horsemen » est à Metallica. Cette chevauchée fantastique made in Mustaine dégage un excédent d’énergie monstrueux, renforcé par un chant presque malsain et une nouvelle ligne de basse de vandale. Délectez-vous à nouveau des soli et de l’outro gargantuesque de cette pièce de choix.

Le title-track « Breaking the Silence » restera dans les annales pour son pont et son refrain d’anthologie. Après une entame à la Iron Maiden, le jeu de guitares ne diffère pas trop de ce que Dave Murray et Adrian Smith offraient sur les titres de l’album « Killers » par exemple. Un son plus gras et une ambiance plus angoissante dans l’ensemble raccrochent par les cheveux le morceau au répertoire plus Thrash d’Heathen.

Premier essai, transformé par l’ouvreur David White après un travail de sape du paquet d’avants où Carl Sacco et Mike « Yaz » Jastremski ont fait le boulot, parfaitement parachevé derrière par la paire de centres Lee Altus et Doug Piercy.
Sans bruit (c’est une image, je sais…), Heathen exprime avec éclat et talent sa musique et nous la chante à l’oreille avec beaucoup de hargne et de sensibilité.
Finalement, ils auront bien fait de l’ouvrir, non ?..


Save the skull for last
Cause the life it's live has passed
Didier – Novembre 2012

19 Commentaires

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samolice - 16 Juin 2013: Il paraitrait que Lee Altus s'est vu proposé de rejoindre Megadeth en 89 mais qu'il ne s'est pas du tout entendu avec Mustaine et qu'il a donc préféré rester avec Heathen.
Pari gonflé mais pas gagnant...
swit35 - 16 Septembre 2013: Attention... Comment je suis passé à coté de cette tuerie ? Celà me rappelle les débuts d'Helloween (Avant même le Ep), un morceau comme Goblins Blade sonne un peu comme Oernst of Life et ce Open The Grave, on croirait Gorgar !!!! Et Breaking the Silence.... par moment Staaaarlight.... Le timbre du chanteur et ces lignes de basse aériennes... carton !

Il a fallu que je me retrouve planté devant les 2 guitaristes Lee Altus et Kragen Lum (qui n'est pas sur cet opus) au dernier Motocultor pour commencer à m'intéresser à ce groupe !
choahardoc - 15 Mai 2015: Du bon usage du fendoir à gobelins! Merci Didier pour cette chro acérée qui m'a amené à me procurer enfin ce disque brillant.
grogwy - 27 Mars 2016:

Cet album est un excellent disque, on ne va pas revenir là dessus c'est clair.
Cependant je vais quand même émettre deux critiques, la première vis à vis de la manière dont il a été conçu et la seconde sur le choix d'un morceau qui allait avoir des conséquences inattendues dans le milieu Heavy Metal l'année suivante.
Pour ce qui est de la conception de l'album, avant son achat je m'étais procuré la compilation "Speed Kills III" (avec Agent Steel, Onslaught, Nuclear Assault, et bien d'autres encore) sur laquelle se trouvait le titre "heathen" qui est excellent (et présent aussi sur la démo "Pray for Death").
Or quand "Breaking the Silence" est sorti ce morceau n'y figurait pas (on le retrouvera sur la version cd, mais en 1987 le vinyle est encore roi !), ce que j'ai trouvé assez regrettable.
La seconde, c'est le fait que la maison de disques ait imposé à Heathen l'enregistrement du titre "set me free", reprise du groupe de Glam Rock The Sweet.
Certes ce morceau est bien interprété, et s'intègre parfaitement aux autres titres.
Seulement voilà, suite au succès inattendu de "set me free" tout un tas de formations de Metal (et pas des moindres), poussés par leurs maisons de disques respectives, ont inclus une reprise sur leur album de 1988 (j'ai fourni une liste quasi complète sur mon commentaire concernant l'album "Refuge Denied" de Sanctuary).
C'est ce qu'on appelle un phénomène de mode !
Ceci dit, même si d'autres groupes avant Heathen s'étaient aussi essayé à cet exercice (Anthrax, Metal Church, Metallica, et Onslaught) ça n'avait pas eu le même impact.

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