Actif sous le patronyme
Sacramentum depuis 1992, le trio suédois composé de Nicklas Rudolfsson, Nisse Karlén et Anders Brolycke ne tarde pas à attirer l'attention du label français Adipocere, véritable dénicheur de talents dans les années 90 aux côtés de son compatriote
Osmose, qui réedite l'EP "
Finis Malorum" puis envoie le groupe aux Unisound studios de Dan
Swanö pour enregistrer à l'été 95 leur premier album, l'exceptionnel "
Far Away from the Sun", sorti au printemps de l'année suivante.
Forts de la réussite de ce premier disque, considéré à juste titre comme l'une des plus belles perles de la scène black death mélodique et ayant en quelque sorte repris le flambeau de
Dissection après les déboires de Jon Nödtveidt, le trio de Göteborg décroche un deal avec
Century Media et ne tarde pas à se remettre au travail en vue d'accoucher d'un nouveau disque. "
The Coming of Chaos" sort donc à l'automne 97, soit moins de dix-huit mois après son prédécesseur, affublé d'une illustration peu marquante représentant une sorte de tourbillon de flammes, sans commune mesure en tout cas avec le château nocturne et bleuté imaginé par Necrolord pour le précédent disque.
Si le line-up reste inchangé, le groupe évolue en donnant un côté beaucoup plus direct à son black death mélodique, la balance entre black et death penchant désormais bien plus nettement en faveur du second. L'enregistrement et le mixage sans fioritures dans des studios locaux de Göteborg mettent d'ailleurs l'accent sur la clarté et la puissance, et on peut par exemple se régaler des blasts frénétiques de Rudolfsson, sur la doublette "Awaken Chaos" / "
Burning Lust" notamment. "
The Coming of Chaos" est truffé de riffs death, voire death thrash (comme sur les couplets de "...As
Obsidian" ou "
Black Destiny") très efficaces alors que le riffing typé black metal, bien que toujours présent (l'énorme riff d'ouverture de "
Black Destiny" ou celui du pont de "...As
Obsidian" autour de 3:20 tout aussi mortel) est réduit à une moindre proportion.
Les ambiances brumeuses (à l'image de sa pochette) et mélancoliques ainsi que ce côté quasiment atmosphérique du précédent disque ont quant à eux largement disparu et ne sauraient malheureusement être ressuscités par les deux titres instrumentaux, le court interlude "
Abyss of Time", plaisant mais anecdotique, et surtout le laborieux morceau éponyme final et ses treize interminables minutes, seul véritable faux pas de l'album à mon sens. Bien que de très bonne facture, ce second disque manque peut-être également de quelques titres d'exception, pour ne pas citer les invincibles "Obsolete Tears", "
Blood Shall Be Spilled" ou "The Vision and the
Voice" de l'album précédent, qui auraient pu le hisser dans une dimension supérieure.
Si intrinsèquement la qualité de ce second disque n'est donc pas aussi éloignée de celle du premier qu'on veut bien le croire, il est impossible de nier qu'une partie de la magie noire de "
Far Away from the Sun" s'est envolée. Reste un très bon album de death (black) mélodique, réalisé avec professionnalisme et un savoir-faire indéniable, dont il serait dommage de passer à côté. Quelques semaines après l'annonce du suicide de Nisse Karlén, il n'est pas trop tard pour se plonger dans la courte discographie de ce groupe culte, témoignage d'une époque révolue mais ô combien riche et fertile et dont "
The Coming of Chaos" constitue, à n'en pas douter, une pièce de choix.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire