So Long Suckers

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17/20
Nom du groupe Reverend Bizarre
Nom de l'album So Long Suckers
Type Album
Date de parution 08 Août 2007
Style MusicalDoom Metal
Membres possèdant cet album88

Tracklist

DISC 1
1.
 They Used Dark Forces / Teutonic Witch
 29:05
2.
 Sorrow
 25:20
3.
 Funeral Summer
 11:41

Durée totale : 01:06:06



DISC 2
1.
 One Last Time
 15:39
2.
 Kundalini Arisen
 04:25
3.
 Caesar Forever
 15:43
4.
 Anywhere Out of This World
 25:32

Durée totale : 01:01:19


Chronique @ Ultima_Zeroth

20 Octobre 2010
Bienvenue aux non-initiés dans le monde torturé du Doom Metal… Dans les années 80, la grande Génitrice « Heavy Metal » mit au monde une ribambelle de rejetons nommés Thrash, Death ou encore Black qui n’eurent dès lors qu’un objectif : détrôner leur mère sur le trône de la musique la plus extrême. Alors que leur entreprise était un franc succès et que ces petits veinards se gavaient jusqu’à devenir les actuels colosses connus de tous un de leur frangin maigrelet évolua tranquillement dans l’ombre. On l’appela Doom… A l’opposé de ses frères ce dernier ne nourrissait nulle ambition démesurée, reniait le principe de surenchère et avait au contraire envie de mettre en avant dans sa musique l’émotion que l’on retrouve dans les premiers albums de Black Sabbath. Au fil du temps les tempi se firent donc plus lents mais la saturation des guitares et la frappe puissante des batteurs persista si bien qu’un mot finit par caractériser ce genre : lourd…

Je commencerais donc par un avertissement aux novices : écouter cet album en lisant ma chronique ou pire en voiture, en soirée etc… n’aura surement pas l’effet escompté. Car les conditions optimales pour la totale appréciation de ce monolithe tiennent en 3 règles : solitude, calme et absence de lumière.

Avec ce « So Long Suckers », Reverend Bizarre signe en 2007 un testament musical avant un split salvateur pour les membres du groupe. Mais, à l’opposé, cet ultime râle sera ma première rencontre avec le monde fascinant du Doom Metal, représentation musicale ultime du désespoir et autres émotions négatives liées à la résignation. Avant cet opus les Finlandais avaient déjà réussi à devenir une des références actuelles du style notamment grâce à leur premier Full Length : In the Rectory of the Bizarre Reverend (sorti en 2002). Les 3 compères évoluent dans un Doom Metal volontairement très classique, old-school, qu’ils souhaitent dans la plus pure tradition des grands groupes du genre (Saint Vitus, Pentagram…) et surtout de Black Sabbath (pour l’anecdote le groupe devait à l’origine être un tribut du Sabbat Noir mais ils n’ont jamais osé reprendre leurs chansons, jugées trop « sacrées ».). Vous ne trouverez donc ici aucune influence Death, épique ou autre ; Reverend Bizarre reste fidèle uniquement à son Doom adoré…
La musique est composée par le bassiste/chanteur Albert Witchfinder, génie cliniquement jugé maniaco-dépressif se réfugiant dans une musique nous transportant au plus profonds de ses pensées noires. Il est accompagné du guitariste Peter Vicar (alias Lord Vicus) et depuis leur reformation en 1998 du batteur d’origine punk Jari Pohjonen (alias Monsieur Earl of Void.)
La détresse suinte par tous les pores de ce double CD affichant 7 chansons pour 2h10 au compteur. 2h10, c’est très long et quand la musique est aussi dense on obtient quelque chose d’assez peu accessible. Cependant on est loin d’atteindre l’extrémisme du Drone car là où Sunn O))) serait qualifiable de bruitiste, RB reste dans un concept toujours très musical bien que camouflé par un down-tempo récurrent, des guitares saturées et grasses aux riffs étirés et une section rythmique plombant magnifiquement les ambiances.

L’album s’ouvre sur la plus longue chanson de l’album : « They Used Dark Forces/Teutonic Witch » et ses 29 min qui pourraient bien décourager les moins patients. Mais ce risque est assumé sans complexe, après tout si RB était là pour vendre ils auraient fait de la pop… Cette piste est un bon exemple pour comprendre la démarche inhérente au Doom Metal qui consiste à laisser à chaque riff le temps d’instaurer l’ambiance voulue. La chanson démarre donc de façon assez Heavy avec un riff principal très Black Sabbathien où la voix (claire comme sur la quasi-totalité de l’album) est assez présente. Si vous me permettez de visualiser cette chanson comme le résumé d’une vie (pas très gaie) nous serions donc d’abord au stade de l’enfance, innocente, avec certains passages presque qualifiables de légers -par rapport aux critères Doom Métal- (06 :50) avant un long break (08 :30) pubère où l’influence de la basse se fait plus forte. La musique devient plus pesante, l’ambiance plus malsaine tout en conservant un accent très Black Sabbath.
A partir de ce moment, les rares interventions vocales sont résolument déchirantes, Albert Witchfinder nous transmet sa terreur du monde alors que le voile rose de l’enfance s’évapore. Et ce matraquage incessant, aux relents graisseux, devient hypnotique, justifiant la longueur du titre comme celle de la vie qui passe, lentement, anéantissant petit à petit l’espoir alors qu’un fatalisme déprimant nous assaille.
Au bout de 25 minutes on ralentit de nouveau le tempo, une mort rampante s’insinuant jusqu’au plus profond des entrailles de notre homme métaphorique, s’assurant que chaque petite lueur de vie se soit éteinte. Mais telle une respiration salvatrice le 1er riff revient, le cycle infini de la vie et de la mort, chacun se nourrissant de l’autre.
Après donc 30 minutes jouissivement éprouvantes s’achève enfin… la 1ère chanson.

Pas le temps de souffler que l’on enchaine directement sur la sobrement mais bien nommée « Sorrow », un bloc de 25 minutes beaucoup plus homogène que son prédécesseur, entièrement dédié à l’évocation d’une fatalité désespérante. La section rythmique, lourde à souhait, dépeint une atmosphère indescriptible tant elle est noire et opaque. Seules ces cymbales, désincarnées, laissent entrevoir quelques chose… mais quelques chose de glacial, de terrifiant. Encore une fois cette voix, somptueuse, emplie d’émotions, colle parfaitement à la musique. Il faut vivre ces 25 minutes pour réellement sentir la puissance de cette magnifique chanson que je placerais personnellement au sommet de ce double album, aux côtés de l’autre très réussie Anywhere Out of This World….
…qui commence sur quelques notes de guitare aériennes, épurées, tristes sans être dépressives et laissant entrevoir un morceau différent du reste de l’album. Le riff principal, typiquement Heavy Doom, reste dans l’esprit de celui de « They Used Dark Forces/Teutonic Witch » mais au milieu de la chanson un break planant, aux notes mélodieuses portant une voix plus grave nous surprend et nous touche. Ce morceau est moins lourd, moins gras que le reste de l’album et gagne donc beaucoup en émotion tant il respire la sincérité. De plus, son placement judicieux en fin d’album (juste avant le bonus track) permet d’amener une variation vraiment agréable sans laquelle l’album aurait put être un peu linéaire. Sublime…
Alors cet album a-t-il des défauts ? Rien de vraiment significatif tant que l’on apprécie le style même si parfois les chansons manquent un peu de personnalité et peuvent finir par un peu toutes se ressembler. La longueur peut aussi être un obstacle gênant à l’écoute totale de l’album mais la durée des chansons leur permet à chacune de livrer son lot d’émotions sans l’aide de ses voisines.

Enfin, après les 02:35 presque Drone de la piste bonus s’achève enfin cet album, dans un râle étrange, ultime souffle de vie de la bête d’un autre temps nommée Reverend Bizarre qui aura réussi son pari de nous offrir un pur album de Doom et aura de ce fait un sommeil éternel et paisible tandis que nous, pauvres âmes en peine sur cette terre hostile, continuerons à attendre l’heure fatale… Mais au moins tant que nos oreilles fonctionnent nous auront au moins la possibilité de leur offrir cette offrande qui nous rapprochera de 02h10 de notre tragique mais inévitable destin commun.

16/20

1 Commentaire

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Krokodebil - 20 Octobre 2010: Belle chronique de ce rare chef d'œuvre qui clôt la trilogie d'un groupe génial. Dommage que tu ne t'attardes que sur les 3 plus longs morceaux - certes les 3 meilleurs de l'album.
Pour ma part je découvre depuis quelques temps les compilations de Reverend Bizarre, je me lancerai dans une chronique quand je maîtriserai les morceaux, mais "Demons annoying me" est tellement génial, avec ses incursions vocales proches du doom death (un peu comme la dernière phrase de Cirith Ungol, mais pas pour les mêmes raisons.).
Bref, "Doom over the world !"
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