Face à une déferlante de groupes metal symphonique à chant féminin venus des quatre coins d'Europe, comment a réagi la péninsule ibérique ? Avec optimisme, détermination et ferveur mais sans arrogance! Aussi, bat-elle aujourd'hui allègrement le pavé, nous offrant quelques formations de même acabit, à l'instar de
Forever Slave,
Diabulus In Musica,
Light Among Shadows,
Last Days Of Eden ou encore
Rising Core. Et maintenant c'est au tour d'
Against Myself de donner le La.
Prudent dans sa démarche, le quintet espagnol a produit une discrète démo en 2009 avant de nous concocter ce premier album à l'énigmatique et troublante pochette. Simplement neuf morceaux s'étalant sur à peine quarante minutes nous sont proposés en guise de carte de visite musicale. Un peu court certes, mais non sans impact sur nos émotions, eu égard aux arrangements bien organisés et aux passages instrumentaux souvent plus qu'agréables, quelle qu'en soit la rythmique où ils s'inscrivent.
Une diversification des ambiances est de mise parallèlement à une empreinte metal symphonique transparaissant sur la plupart des pistes. Les prouesses techniques ne sont pas en reste au regard des beaux soli de guitare ou aux claviers, ni la qualité des finitions. On a là une production soignée qui contient aussi son lot de contrastes instrumentaux et vocaux. Ainsi, des growls ténébreux s'invitent parfois pour jouer avec les notes fragiles et claires d'Irene Villegas. A la manière de Maike Holzmann (
Voices Of Destiny), la jeune interprète distille des impulsions limpides à la juste tonalité, mais un tantinet monocordes. Pourtant dépourvue d'envolées lyriques, elle parvient néanmoins à défier vaillamment le grunter.
Quelques touches ensoleillées émaillent certaines plages et contribuent à leur conférer une saveur particulière. A commencer par la brève entame instrumentale "
Desert's
Legend", d'inspiration orientale et à l'orchestration à la fois majestueuse et envoûtante. L'exercice est même sublimé sur l'outro "Diary of Tears", fresque de l'opus. Sur plus de sept minutes, une rythmique syncopée au tempo rapide partage son espace instrumental avec des riffs virulents et un serpent synthétique impactant. D'obédience hispanique, toute l'âme du groupe s'exprime dès lors. Dans ce dense cadre orchestral, les notes fluettes et étirées d'Irene rencontrent des growls caverneux le long d'un tapping martelant. Par ailleurs, un break opportun fait apparaître quelques touches de piano immersives ainsi qu'une reprise en voix de tête plutôt réussie. C'est dire que l'instrumentation, tout comme le chant, ne souffrent d'aucune carence. De plus, un délicat solo au piano vient arborer un ensemble déjà haut en couleurs. Moins idéalement mélodieux, l'orientalisant "
Lilith" offre des ingrédients rythmiques similaires mais plus concentrés dans leur déploiement. Par contre, les harmonies sont moins inspirées, rendant le titre un poil plus tiède.
Le groupe n'a pas omis d'y faire figurer des passages typiquement metal symphonique. C'est le cas du progressif titre éponyme de l'album, à la rythmique pesante et incluant quelques passages véloces qu'agrippent des riffs rugueux. Ainsi, à la manière de
Forever Slave, une partie vocale aérienne s'installe peu à peu pour nous conduire vers des couplets et surtout des refrains bien ciselés. Un break s'insère alors à mi-morceau, précédant un beau solo de guitare. Sur un même moule, on peut inclure le mélodieux "My
Life Is Yours" où ses riffs acérés savent capter l'attention. D'une voix haut perchée, linéaire, sans vibrato mais sans fausses notes, la chanteuse nous séduit sur les refrains. Là non plus, on n'aura pas oublié un harmonieux délié de cordes en solo. Dans la même mouvance, l'entraînant "The
Dream" aux riffs frondeurs n'est pas sans rappeler
Voices Of Destiny. Des arpèges au piano nous imprègnent de leur présence avant qu'un mordant tapping ne prenne le relai. Un break inattendu vient se fondre dans cet espace instrumental avant de céder la place à une dynamique reprise. Mais, malgré un solo de guitare bien calé, la ligne mélodique de l'ensemble n'est pas exempte de quelques dièses mal négociés. Ainsi, on finit par éprouver quelques difficultés de concentration d'écoute. Dans ce dédale de pistes énergiques, peut-ou y trouver quelques moments d'apaisement ?
Affirmatif! Bien qu'elles soient de qualité inégale, les amateurs de ballades en trouveront disséminées sur l'opus. J'ai été touché notamment par "My Own
Fate", pour ses subtiles correspondances entre piano et guitare, ses couplets finement écrits et ses refrains lumineux. Sur près de six minutes, on reste scotché aux nuances mélodiques ainsi qu'au souriant grain de voix d'Irene. Les finitions ont aussi été de mise ainsi qu'une douce dégressivité sonore en fin de morceau. Un peu plus dynamique, la ballade progressive "Remember", par la fluidité de son jeu de guitare, nous immerge au coeur d'un espace ouaté qui lentement s'embrase et que se plaît à enjoliver la jeune interprète de sa voix éthérée. Toutefois, on aurait souhaité un prolongement de la durée de la piste par quelques variations instrumentales, voire un ou deux soli.
Plus bref encore, "After the Storm" nous installe au son de beaux accords au piano, nous invitant alors à suivre les inflexions cristallines de la chanteuse. Cependant, l'absence totale de rythme et une empreinte mélodique un peu palote auront du mal à nous retenir, cette fois.
Au final, l'écoute s'effectue sans heurts et peut même être réitérée selon les plages considérées. Plutôt accessible de par ses chemins mélodiques et intéressant par l'hétérogénéité de ses climats, l'opus a de quoi séduire. A défaut d'être originale, cette oeuvre s'avère être une entreprise artistiquement sérieuse, techniquement convaincante, au top sur le plan des enchaînements et non sans talents au niveau de ses textes. Dommage que l'on ne bénéficie pas de plus d'allonge concernant le nombre de morceaux. On aurait aussi pu imaginer d'autres échanges vocaux, voire l'incorporation d'une chorale sur l'ensemble de l'opus, afin d'enrichir un corps vocal féminin agréable, mais encore quelque peu friable.
On conseillera cet album aux amateurs de metal symphonique à chant féminin, désireux de sortir des standards habituels du genre. Rien de fondamentalement innovant certes, mais de sensibles touches folk, des influences culturelles chatoyantes, des échanges vocaux et instrumentaux invitants pour nous servir. Autrement dit, la petite troupe ibérique est bel et bien lancée, prête à se livrer totalement et à impacter un auditorat élargi. Dans les années à venir, au même titre que ses illustres compatriotes, il faudra sûrement compter avec la présence de ce combo à la fois dans ce registre singulier du metal et sur la scène metal européenne.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire