Sideshow Symphonies

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Nom du groupe Arcturus
Nom de l'album Sideshow Symphonies
Type Album
Date de parution 19 Septembre 2005
Style MusicalBlack Avantgardiste
Membres possèdant cet album293

Tracklist

1. Hibernation Sickness Complete 05:03
2. Shipwrecked Frontier Pioneer 08:33
3. Demon Painter 05:34
4. Nocturnal Vision Revisited 05:16
5. Evacuation Code Deciphered 06:16
6. Moonshine Delirium 07:10
7. White Noise Monster 03:55
8. Reflections 03:41
9. Hufsa 05:07
Total playing time 50:31

Chronique @ Matai

07 Octobre 2010

Ce sublime représentant d’un black nouveau, froid et cosmic ne peut qu’inviter l’auditeur à voyager

Le froid…le cosmos…les ténèbres…s’envoler vers des contrées lointaines et étrangères, perdues, dans un monde dépassant notre imagination…découvrir les infinités d’un univers chaotique…se laisser tenter et finalement plonger dans un ensemble mystérieux…rêver…embarquer…ne plus revenir…
Autant de termes bien obscures et pourtant révélateur d’un groupe unique…Arcturus
Portant le nom d’une des étoiles les plus brillantes après Sirius, située dans le prolongement de la queue de la Grande Ours, ce groupe norvégien si atypique, après une « Masquerade Infernale » astrale, aliénée et jouissive, et un « Sham Mirrors » terriblement cosmique, remet le couvert trois ans plus tard en sortant leur ultime œuvre, leur ultime conte astral, « Sideshow Symphonies ».

Signé chez Season of Mist, le combo perd le chanteur Garm pour récupérer le désormais très célèbre Simen (Vortex bien sûr dans Dimmu Borgir ou Borknagar…), qui avait déjà fait quelques apparitions sur « La Masquerade Infernale ». Intégré pour de bon au groupe pour ce dernier monument, ce changement de line up leur est décidément très profitable, car, et il faut le dire, le chant de Simen, si particulier et angélique, apporte sans aucun doute beaucoup plus de profondeur et s’imbrique parfaitement aux compositions. Véritable élément distinctif, il est d’autant plus diversifié qu’excellent, le chanteur n’hésitant pas à aller aussi bien dans les aigus que dans les graves, à murmurer, ou à s’adonner à un certain type de chant black, comme on s’en aperçoit à la fin de « Hibernation Sickness Complete » ou au tout début de « Shipwrecked Frontier Pioneer ».
Ce chant est le premier élément embarquant l’auditeur dans des méandres lumineux et enivrants au sein de cette obscurité et de cette froideur impalpables. Je n’imagine même pas ce « Sideshow Symphonies » sans Simen. Bien sûr, Arcturus a déjà pu faire sans lui, « La Masquerade Infernale » étant bien évidemment l’album de référence, devenu culte dans le domaine du black dit avantgardiste, mais pour le coup, les compos de cet opus ont comme été taillés sur mesure pour coller parfaitement avec un chant clair relativement posé, maîtrisé jusqu’au bout et vraiment, comment dire…
Etrangement je ne trouve pas les mots pour décrire son timbre de voix ainsi que les gammes qu’il peut atteindre aisément. Car il est incroyable de s’apercevoir à quel point il joue avec son organe d’une manière très simple. Tout lui semble si facile…si « Nocturnal Vision Revisited » ou « Daemon Painter » semblent être les exemples les plus frappants, « Evacuation Code Deciphered » en est un autre non négligeable. Lors des premières minutes, Simen débite ses paroles en passant d’une octave à une autre. Lors des dernières secondes, a contrario, il termine magistralement en decrescendo…Pour ce qui est des murmures, je vous renvoie vers « Hufsa », totalement chanté en norvégien. Dans cette langue si particulière, en plus de changer de l’ordinaire, ces quelques murmures donnent un tout autre style à ce morceau final, clôturant l’album de manière unique et sereine.
Il est de plus bien agréable de s’apercevoir à quel point les vocaux de « Daemon Painter » sont aériens mais tout aussi froids. On navigue de notes en notes, ce va et vient continu est totalement enivrant et déroutant, apportant justement le type d’atmosphère qui se dégage en permanence de l’opus…
Simen mise tout particulièrement sur la superposition de sa voix, donnant plus de relief, d’imbrication avec les ambiances froides et planantes, et de profondeur. Sur « Hibernation Sickness Complete » par exemple, cette superposition annonce un certain changement de partie mais aussi de rythmes à l’intérieur du titre. Dans « Shipwreck Frontier Pioneer », il met l’accent sur un élément important du morceau, une sonorité, un mot, une phrase...Bon certes, ce n’est qu’un effet propre à l’enregistrement studio, mais qu’il est bon d’entendre cet angélisme plutôt rarissime dans le domaine du black…
Toujours au niveau des vocaux, un chant féminin disons « divin » s’incorpore dans deux morceaux. D’abord, « Shipwreck Frontier Pioneer » encore, où cette voix magnifique accompagne un rire mesquin de Simen et, comme un écho, part dans des aigus magnifiques le temps de quelques secondes. Et enfin dans « Evacuation Code Decipher », arrivant dans la deuxième moitié du titre, en total duo et osmose avec notre cher Simen. J’ai rarement entendu un tel duo, aussi magnifique et prenant, irrémédiablement rempli d’émotion.

Comment ne pas rêver avec un tel chant…sortez de vos torpeurs, de vos angoisses…et écoutez…laissez vous bercer…laissez vous imprégner des ambiances et de cette musique si…

Cosmique…
Outre un chant planant, l’autre moyen de faire transparaître cela, c’est bien d’incorporer des claviers…
Ils ont toujours eu de l’importance dans les compositions d’Arcturus. Depuis l’époque d’ « Aspera Hiems Symfonia » où l’ensemble se voulait plus symphonique, en passant bien sûr par « La Masquerade Infernale » pour entamer un passage du côté astral, jusqu’au fameux « Sideshow Symphonies ». Là aussi, je n’imagine pas écouter cet album sans claviers, c’est décidément impossible, car ce sont bien évidemment les seconds éléments primordiaux de l’album, transportant l’auditeur dans un autre monde, dans une infinie sombre et froide…tout simplement, l’espace…derrière cet instrument essentiel se cache Sverd, principal compositeur et excellent musicien. Sa prestation est impeccable, les effets sont multiples, les fonds d’ambiances magnifiques, les styles variés. Si parfois on se retrouve avec des sonorités d’une nature plus symphonique comme sur l’instrumental « Reflections », on peut aussi avoir à faire à quelque chose de plus électronique sur « Nocturnal Vision Revisited », de plus typiquement black sur « Hibernation Sickness Complete » ou « White Noise Monster », ou dans une veine ambiante comme sur « Daemon Painter ». De plus, l’apparition du piano sur certains morceaux renforcent ce côté astral et quelque peu gothique par moment. Mais des lignes plus obscures et terribles peuvent aussi apporter un côté inquiétant, comme sur la fin de « White Noise Monster » ou une petite partie de « Moonshine Delirium ».
Finalement, avec tous ces effets et sonorités, on ne peut qu’être emportés…ça fonctionne bien…c’est magique…terriblement glacial…et ça prend aux tripes…

Je n’ai pas encore parlé des guitares et là je pense que vous devez vous dire qu’après tous ces fameux éléments dit « essentiels », ces fameux instruments à corde ne doivent pas être mis en avant et donc, passent au second rang…
Et bien détrompez vous, parce que pour tout vous dire, tous les instruments de cet album sont relégués au même plan, et donc, aucun ne domine l’autre. Même si chacun a plus ou moins un rôle qui lui est propre, on ne peut en supprimer un sans l’autre. Une suppression d’un instrument dénaturerait totalement les compositions, on y perdrait une importance capitale, l’âme, en quelque sorte de l’album…
…et les guitares font partie de ce tout si homogène et harmonique, solidifiant cet ensemble en béton armé.
Alors même si, oui je dis bien, même si sur certains morceaux ça semble être assez simpliste, méfiez vous des apparences…les riffs ne sont pas choisis au hasard, ils ont au contraire un sens, une bonne raison d’être placés à tel endroit, d’être d’un certain type…primordiaux, ils entraînent l’auditeur vers des atmosphères bien déterminées, telles que je les ai énoncées bien plus tôt. La plupart du temps donc, ces riffs sont sombres et ténébreux, en total contraste avec un chant lumineux, comme je l’ai précédemment dit. Des riffs obscurs et étranges sur certaines pistes, notamment « White Noise Monster », d’autres plus tordus à l’instar de « Hibernation Sickness Complete », plus continus et intenses à la manière de « Shipwrecked Frontier Pioneer », ou plus tranchants et agressifs sur « Nocturnal Vision Revisited ». Mais on ne peut toutefois s’empêcher d’apprécier ces guitares si particulières, et de savourer cet étrange solo de fin sur « Hufsa »…au final, rien de tel pour de nouveau refroidir l’atmosphère, mais décidément ! Tout est fait pour … eh oui que voulez vous…un album glacial, planant et sombre se doit de posséder tous les atouts pour le rendre comme tel…
La basse manque à l’appel au niveau des guitares. Je ne vais pas revenir sur le fait qu’elle est aussi très importante et dès l’ouverture de l’album, ça s’entend. Bien mise en avant, ses lignes sont parfaitement audibles, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Elle assombrie et ajoute beaucoup plus de lourdeur aux compositions, d’autant plus qu’elle est assez axée dans les graves (très graves…).
Alors on se retrouve avec un rythme tenu par cette basse et une batterie tonique mais souvent calme, voire lente. Car ici, niveau rythmique, on ne fait pas dans la rapidité, ni dans l’agressivité, à l’exception de quelques morceaux où le rythme s’accélère. Mais globalement, pour respecter cette ambiance cosmique et donc planante, on garde quelque chose d’apaisant et d’atmosphérique.

La musique est donc astrale mais le groupe aborde fièrement des thèmes bien particuliers et tout aussi en rapport avec ce dont il joue. Outre cette pochette qui ne peut que faire penser au ciel étoilé, Arcturus s’empreint d’une volonté de découvrir des confins cachés et lointains, et de partir à la découverte de l’univers et ses secrets. Les paroles en sont totalement significatives, ainsi que le nom des titres, plongeant alors l’auditeur dans une dimension intellectuelle mais aussi spirituelle bien atypique. Ainsi « Shipwrecked Frontier Pioneer », la pièce maîtresse de l’album je l’avoue, raconte le « naufrage » d’un vaisseau spatial transportant des voyageurs, mais pas n’importe lesquels : les membres d’Arcturus. Et là tout devient alors plus clair, surtout avoir pris connaissance du livret, où chaque membre n’est pas désigné par sa fonction dans le groupe (c'est-à-dire guitariste, ou bassiste) mais bien par sa fonction au sein d’un vaisseau (traducteur, médecin, pilote…). Façon original d’appréhender les choses et de nous embarquer (et le terme est tout à fait exact) dans un cosmos inquiétant et peu rassurant. « Daemon Painter » raconte donc l’errance dans le noir et le froid de ces membres, « Moonshine Delirium » leur aliénation (d’où les riffs étranges)…

Enfin, pour donner cette impression de rêve et de constance, monter que le temps devient alors dissolu, que tout est immatériel, que notre corps et notre esprit sont transportés dans un ciel opaque et léger dans lequel rien n’existe réellement, les morceaux sont en général longs et loin d’être linéaires. Dans une tendance progressive, les structures varient régulièrement, et les magnifiques mélodies en arrière plan renforcent cette espèce de flux qui nous traverse irrémédiablement. Le seul conseil que je peux vous donner pour vous sentir d’autant plus transporté et bien sûr « embarqué », c’est d’écouter ça dans le noir et si possible, avec un ciel étoilé au dessus de vous et une brise douce et légère…

Un chef d’œuvre. L’ultime album d’Arcturus avant sa séparation ne nous laissera décidément pas indifférents…ce sublime représentant d’un black nouveau, froid et cosmique ne peut qu’inviter l’auditeur à voyager et rêver, encore et encore, à chaque écoute…un must en matière d’ambiance…

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David_Bordg - 28 Décembre 2014: je conseille egalement la folie et l originalite martienne de la masquarade infernale! de toute facon, ils sont tous super meme si masquarade et celui ci sont dantesque
 
David_Bordg - 28 Décembre 2014: a ecouter aussi ulver avec le meme chanteur garm groupe tout aussi incroyable et fantastique avec quelques oeuvres d art egalement!!
 
David_Bordg - 28 Décembre 2014: mais garm ne chante plus sur celui ci se consacrant qu a ulver
kiol - 30 Mai 2015: Je viens seulement de voir que tu avais fait une chronique sur cet album qui me plaît énormément. Je partage à 100% ton avis Matai, cet album est magnifique et me transporte tout autant que toi. J'ai eu l'occasion d'écouter les précédents via youtube, mais j'ai moins accroché.
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Chronique @ WarMetal

22 Septembre 2006
Après un "The Sham Mirrors" certes excellent, mais moins rêveur, moins expérimental et finalement plus direct que jamais, les légendaires Arcturus sont de retour pour nous entraîner à nouveau dans les voies de leur propre philosophie, de cette folie charmante qui nous fait encore rêver à chaque écoute de leur chef d’œuvre absolu "La Masquerade Infernale". "Sideshow Symphonies" renoue donc grâce à l’expérimentation et pour notre grand plaisir avec cette dimension intellectuelle voir philosophique indissociable de la musique d’Arcturus.

Si "Sideshow Symphonies" est rêveur, il n'est nullement une reproduction de "La Masquerade Infernale", il est plutôt un mélange réussi entre les ingrédients des trois précédents opus d'une part et d'éléments propres à la nouvelle époque d'autre part.

L'arrivé de Simen Hestnaes (Vortex) au chant s'est avérée bénéfique pour le groupe, ce dernier se joue de sa voix exceptionnelle comme il l'entend et n'hésite pas à se balader dans des gammes que plusieurs chanteurs n'oserait même pas effleurer - et Nocturnal Vision Revisited en est un exemple illustrateur - un aspect qui fait entre autres la force de sa prestation et qui constitue un élément de distinction de "Sideshow Symphonies" par rapport à ses prédécesseurs (une prestation vocale plus audacieuse et plus variée que jamais).
Aux claviers l'homme de l'ombre Steinar Johnsen "Sverd" (visiblement principal compositeur du groupe) nous gratifie d'une prestation des plus brillantes, son jeu à la fois maîtrisé et inspiré contribue largement à l'aboutissement de cette merveille (Evacuation Code Deciphered, Demonpainter, Shipwrecked Frontier Pioneer...) sans oublier les atmosphères magnifiques et les mélodies en arrière-plan qui transportent l’auditeur dans un monde de rêves que seules ces norvégiens savent dessiner.
Les guitares jouent un rôle primordial voire de premier plan dans certains morceaux (Demon Painter, White Noise Monster, Reflections). Les riffs sont tantôt obscurs ressemblant par moments à ce qui se faisait sur "Aspera Hiems Symfonia" ou le tout récent "The Sham Mirrors", tantôt étranges voire drôles mais bizarrement agréables (c’est le cas aussi sur "La Masquerade Infernale"). Les solos se font aussi rares que sur les précédents albums mais sont d’une qualité très respectable avec une note spéciale pour celui de Moonshine Pain qui sort visiblement du lot.
Jan Axel Blomberg "Hellhammer" à la batterie est toujours égal à lui même, au fil du temps et d’album en album il a su adopter un style de jeu particulièrement adaptée à la musique d’Arcturus. Un jeu de cymbales si particulier pour une musique si particulière.

Loin des spécifications techniques, on ne peut rester indifférent vis-à-vis de ce côté cosmique de la musique d’Acturus qui, grâce aux éléments électro bien choisis, s’attribue une dimension exploratoire, car bien plus que l’artwork, la musique qui nous est présentée ici dégage une volonté intellectuelle d’explorer les secrets de l’univers.

Un défi relevé donc avec cet album qui devrait plaire aux fans d’Arcturus en général et à ceux qui apprécient le côté rêveur et expérimental de "La Masquerade Infernale" en particulier, il demeure toutefois important de signaler que ce "Sideshow Symphonies" nécessite plusieurs écoutes avant d’en faire le bilan et croyez moi plus on écoute plus on apprécie !

Là où l’humanité peine depuis des siècles à résoudre les questions relatives à sa propre existence, « Sideshow Symphonies » nous emmène dans une nouvelle quête de l’esprit de l’univers... à suivre !

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Matai - 03 Octobre 2010: Un magnifique album dont je ne me lasse vraiment pas d'écouter. Les ambiances cosmiques, froides, planantes sont totalement bien venues dans cet album si particulier fait par un groupe tout aussi particulier. Le terme "rêver" est ici tout à fait approprié étant donné que la musique nous embarque réellement dans un monde malheureusement disponible qu'en rêve...
bojart - 07 Octobre 2010: une chro plus concise mais trés bien pourvues en références. merci à toi pour ta chronique
Metalder - 08 Avril 2011: Mon album préférer d'Arcturus mon morceaux préférer : Demon Painter ce cd me rend tout bizarre! buvez de l'absinthe en l'écoutant vous verrez!
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Chronique @ Corwin

26 Décembre 2006
Pour avoir laissé murir l'objet suffisamment de temps, j'ai enfin pu me décider quand à la question que posait Svartolycka et qui me posait le même problème: ce disque est-il raté ou ne l'est-t-il pas? Pour moi, c'est décidé et c'est définitif, il s'agit bien d'un plantage.

On va commençer par le positif: les musiciens sont très bons, et montrent leur talent dans la musique, pas de problèmes, c'est joli, c'est léché, mis à part la prod manquant légèrement de puissance, mais c'est une habitude avec Arcturus, et le but du groupe n'est aucunement d'avoir un son surpuissant. Le son colle donc plutôt bien à l'ambiance, et le résultat est une oeuvre tout à fait valable, tant sur le plan technique que d'un point de vue de composition. Pour reprendre ce que disait Nattskog sur The Sham Mirrors (avis que je ne partage pas pour ledit album, soit dit en passant, pour une fois que je ne suis pas d'accord avec une de ses chroniques, il faut quand même que je marque le coup), j'ai l'impression que je vais descendre en flammes un album que j'aime. Mais c'est pas l'album que je vais critiquer (d'où la note pas trop catastrophique) mais bien Arcturus.

Succédant aux délires musicaux de Disguised Masters et au plus rentre-dedans The Sham Mirrors, la formation veut se refaire une jeunesse avec un retour aux sources. La nostalgie rêveuse d'Apsera Hiems Symphonia refait surface, accompagnée des éléments principaux de La Masquerade Infernale, voix théatrale et grandiloquence. Seulement, ça ne marche plus. Là ou la Masquerade jouait avec une grande finesse de cette grandiloquence décadente et presque caricaturale, Sideshow Symphonies s'enfonce. Pourquoi donc?

La faute aux solos, déjà. Ils ne transpirent plus l'émotion, n'arrivent plus à être ces coupures courtes et prenant aux tripes de la Masquerade, ni ces envolées rêveuses d'Aspera Hiems Symfonia. On a l'impression que le musicien n'y croit plus, et se contente de jouer une série de notes, et plus de retranscrire une émotion comme il le faisait auparavant. C'est techniquement irréprochable, mais l'oreille ne s'y accroche pas.

Deuxième fautif, le sieur Simens. Bon, il est vrai que je porte Garm très haut dans mon estime, et que je partais à l'écoute avec un gros à priori. cependant, je suis du genre à pouvoir écouter Dimmu sans hurler à la merde commerciale comme beaucoup de puristes, et de fait, j'avais pu appréçier ses passages de chant clair sur Puritanical Euphoric Misantropia et son successeur. Seulement voilà. Premièrement, on a l'impression d'un mix entre l'ancien chant de Garm sur la Masquerade, mais aussi ledit chant issu de Dimmu, et le mélange est un peu dérangeant. Parce que Vortex n'a pas totalement pris la mesure de l'âme Arcturus. Il fait des belles vocalises (je ne contesterai pas le fait qu'il soit doué des cordes vocales), mais qui n'ont plus le coeur que mettait Garm dans son chant. On y perd un gros bout de la folie décadente, du grain d'insanité jouissif qu'on trouvait chez l'ami Krystoffer Rygg. Résultat, ce n'est plus du Dimmu, mais ce n'est pas de l'Arcturus non plus. Etrangement, je trouve sa voix meilleure sur les quelques éléments de Live que j'ai pu voir, ou Vortex vivait son chant au lieu de se la jouer "performer", et cela rendait nettement mieux. ici, c'est sans fibre, comme s'il n'avait pas réellement pénétré Arcturus, et certaines expérimentations vocales deviennent insipides (mouuuuunshaïïïne dééliriom, berk, cette vocalise là me fait sursauter à chaque fois tellement je la trouve mauvaise). Bref, le chant n'assure pas réellement.

Et troisième fautif, les morceaux eux-mêmes. Là encore, je ne retrouve pas la vie d'une Masquerade, ou même d'Aspera Hiems Symfonia. Le son me semble plus lisse, plus plat aussi, et si on ressent encore un bon coup de fouet sur le début de l'album, l'effet se perd peu à peu au fur et à mesure que les titres défilent, et on finit par ne plus faire attention à ce que l'on écoute sur les derniers titres. Faute n'est pas de n'avoir rien tenté, mais cela ne marche plus: le White Noise Monster se montrait inventif pourtant, et reste plaisant sorti de l'ensemble, mais l'attention glisse sur ce titre écouté dans la continuité. Quant à Husfa, c'est un titre qui dans l'écoute entière devient complètement chiant et sans relief.

Donc voilà, Garm parti, Arcturus à perdu son âme centrale et s'est planté. Et vu le niveau des musiciens, c'est à la fois étonnant et franchement décevant. Pour revenir sur ce que disait WarMetal, je suis un fervent adorateur de La Masquerade Infernale, et c'est sans aucun doute cela qui me fait juger aussi mal ce dernier, et non le contraire: parce que Sideshow Symphonies est largement en deçà de ce dernier. Si je comprends qu'un néophyte se plaise avec cette œuvre, j'avoue avoir du mal à comprendre que ceux qui ont une bonne connaissance de leur discographie entière puissent le trouver à la hauteur. Ça n'est pas mon cas, et pour moi, c'est un plantage. En espérant qu'ils se rattrapent sur leur prochaine offrande.

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WarMetal - 01 Fevrier 2007: Salut Corwin,

Je crois que tu as mal compri ma phrase concernant La Masquerade Infernale. Je n'ai pas dis que Sideshow Symphonies était aussi bon que ce dernier, j'ai juste souligné le retour à la dimension intellectuelle et poétique initié avec La Masquerade Infernale.

J'ai une 2ème remarque cette fois-ci concernant ta chronique. Je trouve que tu insiste un peu trop sur la comparaison avec La Masquerade Infernale et je crois que c'est justement là ton problème avec Sideshow Symphonies (tu place la barre trop haut) et crois moi si tu attend toute une vie jamais tu n'aura droit à un album aussi excellent que La Masquerade Infernale :-)

Néanmoins je trouve que ce Sideshow Symphonies reste un album réussi même sur une échelle d'évaluation "Arcturusienne" pour les raisons que j'ai cité au niveau de ma chronique.

Bonne continuation !
Meviobutcher - 11 Avril 2010: Si tous les plantages ressemblaient à cet album j'aurais vraiment pu de sous sur mon compte ...
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Chronique @ Svartolycka

02 Octobre 2005
Un nouvel album d’Arcturus, c’est un objet qui se fait autant attendre que le printemps. Dès fois, ça apparaît sans prévenir, sous notre nez, une pousse, une fleur, et hop, une bonne odeur de bouse de vache. C’est traître le printemps, il pleut sans arrêt au point de regretter l’Hiver. C’est vrai, au moins avec la saison froide, on sait à quoi s’attendre, le printemps, jamais. Mais au lieu de parler météorologie rayon conte de fée et quatre saisons, il vaut mieux s’étendre sur « Sideshow Symphonies », le nouvel album d’Arcturus.

Peut-être qu’au début d’écriture de cette chronique, cela n’était pas prévu, mais ce rapprochement avec le printemps, n’est finalement pas si gratuit et intéressé que ça. L’aura du groupe commence à grandir, prend de l’ampleur dans ces envolées lyriques et ces touches décadentes, puis s’amenuise à mesure que l’écoute du disque se déroule, jusqu'à disparaître. L’impression, que, pour la première fois le groupe norvégien se fait plus démonstratif (syndrome Age of Silence) et l’émotion ne transpire pas dans chaque note, se fait clairement ressentir. Pourtant, le disque est varié, de touches néo-classiques à des passages electros de bon aloi, des voix variés, murmures, vocaux blacks renvoyant à « Asperia Hiems Symphonia » et même un chant féminin donnant un cachet légèrement gothique (mais on n’est loin d’Epica, rassurez-vous). Par fragments, ce disque est de bonne tenue, pris dans son ensemble, la construction se fait plus hasardeuse, pour ne pas dire ennuyeuse. Est-ce dû à la voix de Simens ? Une voix moins hystérique, poétique et dont le timbre a du mal à s’imposer ? À ces solos paraissant désincarnés, n’ayant plus cette fibre de « La Masquerade Infernale » ? Je ne sais pas vraiment…

Pourtant, « Sideshow Symphonies » se positionne comme une relecture des albums antérieurs d’Arcturus, « Asperia Hiems Symphonia » en première ligne. Un aspect autrement visible sur le titre « Reflection » reprenant les grandes lignes de « Ad Astra » de « La Masquerade Infernale », soit l’un des plus beaux titres jamais écrits (et je ne suis pas objectif). Peut-on prendre ce disque comme un passage dans une autre aire, une nouvelle dimension ou est-ce les masques qui ne permettent pas la pleine lisibilité de l’ensemble ?
Comme le printemps, nul ne sait ce qui peut se produire, « Sideshow Symphonies » est de la même trempe, un décalage difficile entre deux périodes, fait de beauté, de passion, mais aussi d’invraisemblances, de trop plein et pour être franc, conçu sans véritable projet.

À l’heure actuelle, je ne sais pas si « Sideshow Symphonies » est, oui ou non, un disque manqué…

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SiegfriedVX - 25 Octobre 2005: Personnellement ,même si ma préférence va toujours vers leur premier opus, j'aime beaucoup cet album, il est encore différent des album précédent mais chaque album d'Arcturus est différent. C'est justement ce que j'aime chez ce groupe. Je me souviens qu'à l'époque La Masquerade Infernale en avait choqué plus d'un, c'est à nouveau le cas avec cet album.
Quand à Vortex, pour l'avoir vu sur scène il y a 3 semaine, je peux vous dire qu'il n'a rien à envier à Garm.
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