"
Sevas Tra". Derrière ce nom barbare se cache la première oeuvre d'une jeune femme torturée et habitée, qui croit dur comme fer en la dimension rédemptrice de l'art. Le nom de son groupe est en fait l'anagramme de "poet", celui de son album doit se lire à l'envers et devient alors "art saves", et le travail effectué sur les visuels est colossal pour une première sortie.
Otep développe donc un univers très personnel, mais ces efforts louables seraient vains s'ils n'étaient pas soutenus par une musique de haute tenue. Coupons court, "
Sevas Tra" est une petite bombe, tout simplement.
A l'image d'un Slipknot,
Otep démontre la variété de styles regroupés sous l'étiquette "néo-métal" en explorant des territoires autrement plus sombres et violents que ses petits collègues de jeu. Les titres rassemblés ici sont souvent d'une extrême brutalité ("
Blood Pigs", "Battle Ready", "Filthee"), et bâtissent un mur sonore oppressant qui étouffe l'auditeur. Les riffs sont typés métal extrême, la batterie envoie des rythmiques tribales et syncopées que
Sepultura n'aurait pas renié, et la chanteuse éructe tout son malaise, vomit sa haine et son désir de vengeance, et fait montre d'une versatilité vocale étonnante. Il n'est pas rare de la voir passer dans le même titre d'un murmure poisseux à des lamentations lugubres, avant de vous arracher la tête à grand renfort de grognements death ("My
Confession", hallucinant); le rattachement d'
Otep au néo est d'ailleurs sûrement dû aux parties vocales presque rappées que l'on retrouve sur "T.R.I.C." ou "Sacrilege", mais l'ensemble musical est tellement solide que ce serait faire insulte au groupe que de le comparer aux légions de néo-métalleux à tendance rap qui sont apparus suite au succès de "Follow The Leader".
Entre deux assauts frontaux et sans pitié,
Otep a aménagé des morceaux qui font croire à l'auditeur qu'il va pouvoir respirer quelques instants... à tort. Même si le rythme ralentit sur "My
Confession" ou "Emtee", c'est pour mieux enfoncer notre tête sous des eaux boueuses où d'angoissants gémissements répondent à des mélodies enfantines déformées, saturées et grésillantes.
Ce "
Sevas Tra" étouffant se clôt sur "Jonestown
Tea", morceau durant lequel la chanteuse nous plonge dans la peau d'une enfant victime d'abus sexuel. A l'image du "Daddy" de
Korn, ce titre est difficile à écouter jusqu'au bout, tant l'interprète est habitée par ses paroles et semble (re)vivre un calvaire auquel elle nous force presque à assister.
Avec ce premier album,
Otep frappe fort. On tient là un groupe original, à l'identité forte et affirmée, tant visuellement que musicalement; mais malgré ses évidentes qualités, le groupe n'est pas parvenu à se trouver un public. Vendu comme un disque de néo, "
Sevas Tra" s'est révélé bien trop extrême pour les adolescents amateurs de ce style, et n'a pas bénéficié d'une bonne exposition auprès de ceux qui auraient pu lui faire un bon accueil: les métalleux ouverts d'esprit, qui apprécieront la violence et le malaise omniprésents ici, sans être rebutés par quelques parties vocales typées néo.
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