Scarred for Life

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17/20
Nom du groupe Rose Tattoo
Nom de l'album Scarred for Life
Type Album
Date de parution 1982
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album71

Tracklist

1.
 Scarred for Life
 02:45
2.
 We Can't Be Beaten
 03:05
3.
 Juice on the Loose
 03:55
4.
 Who's Got the Cash
 03:50
5.
 Branded
 06:30
6.
 Texas
 03:07
7.
 It's Gonna Work Itself Out
 03:55
8.
 Sydney Girls
 03:30
9.
 Dead Set
 03:10
10.
 Revenge
 03:30

Durée totale : 37:17


Chronique @ largod

17 Septembre 2012

Une vie à fleur de peau

Que vaut notre enveloppe charnelle ?
En ces temps incertains, pas grand-chose surtout dans les pays où révolution et crise économique nous transforment en vulgaire objet de marchandise et parfois de marchandage. Sensée nous protéger, sa couleur est bien souvent la source de conflit ou de rejet. Au sein d’une même communauté, elle ne saurait être protectrice d’idées ou croyances aveugles qui ravagent des villes ou pays entiers et la population qui va avec.
Du plus profond des âges, l’art du tatouage de la peau, quant à lui, n’a eu comme objectif que d’embellir cette enveloppe ou de lui conférer une symbolique particulière. Parfois, les motifs prenaient racine dans des croyances religieuses ou thérapeutiques. Une utilisation plus triviale voire révoltante était aussi de marquer le bétail ou les esclaves.
Les Tatts ont toujours considéré le tatouage avec fierté et respect, comme un signe de ralliement, sorte d’ADN identitaire d’un gang de saigneurs du Rock’n roll énervé dont l’étendard était porté haut et fier par un hurleur à la voix cabossée et charriant, tel un tambour de machine à laver, suffisamment de rocailles pour occuper un régiment de bagnards à Cayenne.

Ce troisième album de Rose Tattoo présente sur sa pochette une sacrée bande de lascars : en partant de la gauche, Peter Wells, irremplaçable slide guitariste et co-compositeur de la moitié des titres de l’album, Robin « Rob » Riley, remplaçant de Mick Cocks à la guitare rythmique et lui aussi aux crédits de quelques perles, Geordie Leach, bassiste au regard de boucher de l’out back australien, Dallas « Digger » Royal, batteur sachant battre sans une batte et fossoyeur de tambourins une baguette dans chaque main, tous entourant le divin chauve, Angry « the Throat » Anderson. Quelle brochette ! Et encore un souvenir personnel qui consistait à attribuer à chacun des 5 membres le bon bras, tatoué bien entendu, alors que les 10 ne sont pas tous visibles. Pas évident d’y arriver tant l’enchevêtrement est tenu et démontre l’esprit de bande et la cohésion des boys.
Qui s’y frotte s’y pique n’aura pas été retenu comme titre de cet opus mais « Scarred for Life », terme assez souvent utilisé par les tatoueurs comme enseigne professionnelle et d’une limpide évidence.

Malgré le départ de Mick Cocks, parti rejoindre Heaven clope au bec, le style et la marque de fabrique du son de Rose Tattoo perdurent, tout en notant une production plus propre et claire, signe de moyens nouveaux que Vanda et Young auront donnés au groupe.
Confortée par les ventes de « Rock’n Roll Outlaw » en France (numéro 2) et en Allemagne (numéro 5), l’année 1981 fut consacrée à un tour d’Europe durant lequel Rose Tattoo éclaboussa la scène du festival de Reading de sa hargne mais aussi du sang d’Angry, harponnant son crâne rasé sur son micro tel un shaman possédé par la transe du bush. Les planches du Marquee de Londres tremblent encore de la prise d’assaut en règle du groupe lors d’un concert mémorable. Après la sortie à l’automne d’ « Assault and Battery », la perfide Albion, conquise par les 5 mercenaires, placera les deux premiers albums en 1ère position des charts Metal.

Cette galette contient les ingrédients nécessaires à une bonne cuvée. On peut même parler d’un patchwork savamment orchestré par les Aussies tout au long des 10 titres de cet album.

Commençons par le fond de sauce tout en Rose Tattoo des premières heures.
L’attaque frontale de slide de « Dead Set » réveillerait un mort, bien secondée en cela sur ce rock énervé old-school par un tandem Leach-« Digger » tout à fait Royal… L’ami Angry se délecte sur les lampées de guitare envoyées par Peter Wells et Rob Riley, qui allument un feu incandescent trois minutes durant. Première tuerie de sang chaud. Le second tour de main de Rose Tattoo se retrouve dans un « Revenge », blues slidé aux limites du possible et au beat de basse-batterie monolithique. L’impression de lourdeur disparait lors de l’accélération de pré-chorus alors que le chant s’avère époumoné et possédé. Rob Riley expédie un solo concis tout en douceur alors que Peter Wells tel un clairon de la 7ème cavalerie martèle le rythme de base. Pas de doute, la sauce va prendre.

Deux titres un poil inattendus viennent relever la recette de base, comme tout d’abord « Texas », rock énergisant à la guitare insidieuse et aux paroles qui valent le détour. Angry annonce « It’s hard eating crow, it’s hard not eating at all, I’m going down to Texas where the big breasted women grow ». Un vrai délire entre potes, ode à la gente féminine au goût épicé du grain de poivre de Kâmpôt qui, utilisé à dose respectable, n’altère en rien la structure du plat. Le second, encore cosigné par le tandem Anderson-Wells, aborde dans un style chaloupé un univers expérimental où les « Sydney girls » sont mises à l’honneur. Flirtant avec des sonorités éloignées des critères sales et méchants habituels et proches des îles paradisiaques de la Polynésie, feeling et toucher étonnent de la part de musiciens plus enclins à frapper les premiers, et le plus fort possible en général. Une autre façon de mettre en bouche ce que Rose Tattoo a l’habitude de cuisiner.

Le coup de patte de Rob Riley sur cet album apporte en quatre titres un coup de modernité et une sonorité plus actuelle à la musique du groupe. Le jeune compositeur, dans un style plus heavy-rock que Mick Cocks et moins crade, offre à Rose Tattoo des hymnes intemporels qui, encore de nos jours, résonnent au fins fonds des prairies australiennes, là où les kangourous soudain relèvent la tête et hument le fond de l’air.
Amorcé par le nouveau guitariste rythmique de manière tonitruante et autoritaire, « Scarred for Life » fait l’effet d’une déflagration. Ce blues rock au riff épais et couillu déboule dans un déluge de rythmique plombée au fer rouge. Des chœurs virils de vandales entonnent un refrain passé à la postérité alors que le texte envoyé par un Angry gaillard aborde la quintessence de l’existence du gang de tatoués. Le swing de batterie de Dallas Royal se distingue alors que la guitare slide se fait plus discrète, écrasée par un riff en béton armé. Même sentiment de plaisir sur le rock lourd « We can’t be beaten », où ça cogne sec sur les peaux alors que la basse pilonne dur. Le jeu de slide et le chant sur le pré-chorus sont un divin nectar alors que le refrain craché par les boys donne envie de le hurler de concert et à tue-tête. Riley pose son empreinte sur un titre catchy en diable avec un main riff très présent.
« Did you know I was a danger, Did you know I was a threat » inaugure les paroles du chef d’œuvre qu’est « Branded ». L’attaque de riff de Rob Riley et la ligne de slide désormais légendaire de Peter Wells vous parcourent l’échine dans un frisson de plaisir. Le travail à la basse de Geordie Leach prépare le cuir de la peau, marqué au fer rouge par un refrain d’anthologie et un couple Riley-Wells attisant un brasier sonore aussi vif qu’inspiré. Pièce unique, pièce de premier choix dans un répertoire où finalement mélodies et hymnes sont légion. Goûter, s’il en est encore temps, au clip à la « Thriller »/ « Mad max » du pauvre de cette chanson dont la rengaine s’immisce sans peine au tréfonds de votre crâne.
Enfin, le super single « It’s gonna work itself out » clôture ce coup de billard gagnant sur 4 bandes. Après une attaque et derrière un gros riff taillé pour les radios anglo-saxonnes, la slide de l’archange Wells se promène en toute liberté et nous confie un joyau de solo, plein de toucher. Angry Anderson chante une mélodie solidement ancrée sur une ligne de basse et un jeu de batterie simplement rock’n roll.

Les deux derniers titres composés par Peter Wells marquent l’emprise de la slide guitare sur le son de Rose Tattoo, s’il est encore besoin de le prouver.
Sa somptueuse interprétation sur « Juice on the loose » met les tripes à l’air de ce boogie-blues vicelard. La tonalité du refrain donne à ce titre un arrière goût de banquet entre cowboys n’ayant pas vu la moindre croupe féminine depuis des lunes. Sans prétention, la complainte du fauché de « Who’s got the cash » s’étire sur un riff de slide binaire et entrainant. Sur ce blues rapide ou ce rock un peu trop lent, selon les goûts, Rob Riley distille quelques soli de guitare tout en finesse.

Suite logique des deux premiers albums, « Scarred for Life » marque aussi une première évolution vers une sonorité plus moderne et des compositions gagnant en maturité. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé : maxime qu’il convient de modérer car toute la hargne et le jus du groupe n’ont pas soudainement disparu. Quoiqu’ils fassent, leur style de mauvais garçon leur colle à la peau.

Que vaut donc une enveloppe charnelle ?
Celle par exemple d’un jeune gamin d’Australie, aimé de sa mère aborigène Rosemary, mais violenté à plusieurs reprises par son père et un « ami » de la famille durant sa tendre enfance. Plus grand-chose à ses yeux. Ces yeux gorgés de souffrance, cette âme soudain damnée jetant sur scène une peau de rocker bad boy cherchant une issue au milieu de ses 4 compagnons, beuglant des textes profonds et sincères, graine de violence permanente, martyrisant ce corps lors de corps-à-corps improbables en concert ou sur la scène de la vie.
Angry parviendra à s’exorciser avec le temps. Sans oublier ni réellement pardonner ces actes criminels odieux, mais en se rééduquant en devenant lui-même père de famille. Apprendre à nouveau à aimer. Prendre et donner tout l’amour qu’il aura si longtemps enfoui au fond de son être à ses 4 enfants, bien que la rupture avec se femme ne lui permit que d’élever seulement trois d’entre eux. Encore une blessure de plus. Aimer ses enfants à en mourir, les choyer à un point tel de redevenir un homme ordinaire, faisant les tâches ménagères.
Redescendu de son piédestal de hors-la-loi, Angry connaitra à nouveau la douleur avec la perte de son ami Peter Wells. Ce bien triste 27 mars 2006. Effondré par ce coup du sort et le destin de voir partir son plus fidèle pote, diminué par la maladie depuis plusieurs années. Garder les meilleurs souvenirs vivaces. Ceux des tournées, du succès et des nombreuses séances de tatouage au cours desquelles Angry se livrait aux mains expertes de Peter Wells. Comme pour celui sur le mollet gauche à l’effigie du groupe. Comme d’autres les années passées.
La beauté, la pureté d’une amitié entre hommes. La fierté de l’inscrire de manière indélébile sur ce morceau de cuir qui enveloppe notre corps.
Angry Anderson, un symbole, un combat, une fierté. Toute une vie à fleur de peau.

Got my first tattoo as I was sixteen,
The rebel had lost his Teenage Queen!
Didier – août 2012

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MikeSlave - 18 Septembre 2012: Une magnifique chronique une fois de plus!
je ne suis pas un afficionnados de Rose Tatoo mais l'ensemble de leur oeuvre a éclaboussé mes oreills assez régulièrement dans mon ancien repaire Rouennais " Le Shadox" unique bar rock/metal de Rouen.Mon pote Jeannot le patron,tatoué des pieds à la tête, vouait un véritable culte à la formation australienne.
Merci encore pour ta papier bourré d'émotion et d'anecdotes pertinentes.
largod - 18 Septembre 2012: Aout 1983 avec deux "frères" Pascal et Patrick. On sort l'encre de chine, les briquets et les aiguilles de ma grand-mère au milieu des canettes. Je passe la nuit à tatouer les initiales stylisées de Pascal sur son épaule gauche et il me tatoue un point sur le pouce gauche qui signifie "solitaire".
RIP Patrick
themetalrock - 18 Septembre 2012: à ZazPanzer,j'ai suivi ton lien et c'est superbe,moi je ne peux pas me faire tatouer je suis allérgique à l'encre,et pourtant j'adorerais,surtout que j'ai des potes tatoueurs professionnels et bikers alors je serai verni mais la malédiction a frappé,et mére nature m'a joué un vilain tour,à moi qui suis rock'n'roll jusqu'au bout de mon âme
samolice - 22 Novembre 2015: Cet album est magique! La face A est parfaite à mon goût. Quel bonheur de le réécouter en lp depuis quelques jours.
Et quel plaisir de relire cette chro si "juste".
"People don't forgive, the police force don't forget"
ou encore
"Did you know I was a danger
Did you know I was a threat
I might even be a killer
But they ain't pushed me that far yet"
J'adore.
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