Lacrimosa atteint en 1993 le cap parfois fatidique du troisième album. Officiant dans un style Darkwave, son évolution a déjà été remarquée, du fait d'apports toujours plus importants dans l'orchestration. Sans brusquer les choses, le dandy Tilo Wolff va persévérer dans cette voie tout en confortant ses bases, respectant une recette qui a fait ses preuves depuis les récents débuts du "groupe". La pochette de l'inévitable Stelio Diamantopoulos, un peu provocatrice, prête à diverses interprétations. En tout cas, le contenu de
Satura présente un univers peu religieux mais plutôt sensuel et spirituel.
La formation est généralement présentée, surtout avant l'arrivée d'Anne Nurmi, comme un projet personnel, ce qui est exact. Cependant, il me semble que l'on néglige la présence de l'ingénieur du son Philippe Alioth, brillant musicien/arrangeur, lequel connut son heure de gloire à la fin des années 80 au sein d'une autre formation bâloise d'avant-garde: Touch El Arab. L'utilisation de sons de cloche et autres trouvailles sont assez caractéristiques du travail d'Alioth dont l'influence est ici bien digérée.
Le titre Crucifixio illustre tout à fait cette parenté de Genre et évoque le Wahre Arbeit Wahrer Lohn de Touch El Arab, dans l'esprit d'approche-réappropriation du Folklore germanique. Quoi qu'il en soit, c'est une très belle réussite.
Le registre des Suisses s'étoffe donc sans révolution. La méthode principalement utilisée repose sur une alternance entre la basse et les claviers de Tilo. A cela s'ajoutent parfois quelques lignes de violon.
Sur
Satura, morceau calme et prenant, la voix est posée, virile. Les ambiances variées offrent un bon aperçu de l'opus. Un break relativement progressif prépare le terrain à un final à la fois apaisant et dynamique. On tient un Hit assurément taillé pour la scène.
Survient alors Erinnerung, construction intéressante axée sur un beat à la Joy
Division qui se finit par un nerveux et très Rock solo de guitare électrique. Une composition particulièrement barrée qui regorge de détails quelque peu surréalistes.
Versuchung commence par une plage reposante bien que laconique avant de partir sur un rythme élevé qui redevient bientôt une lente et pesante mesure agrémentée de superbes cordes. Sur le couplet final, la voix de Wolff vient se briser dans des effets de distorsion à la limite du supportable. Cette courte faute de goût relève à mon sens de l'erreur de jeunesse. Comment reprocher à un artiste de vouloir être trop expressif? L'énergie et la vibration sont là, la totale maîtrise arrivera bientôt, chaque chose en son temps!
Après un début dans le plus évident classique, Das Schweigen, qui aurait pu n'être qu'une simple ballade, illustre tout le talent de son auteur. Des arrangements sublimes, romantiques et judicieusement placés nous servent un pur moment de Grâce. Le final au piano remue en moi une émotion imparable. Bref, vous l'aurez compris, ce morceau me semble être un petit chef-d'oeuvre.
Flamme Im
Wind est une lente pulsation qui monte en volume. Il est assez curieux d'entendre ce titre de nos jours car tout SnakeSkin y est préfiguré. Le side-project Techno-Goth (?) du leader n'apparaîtra que dans un futur bien lointain. Pourtant, ce titre s'intègre parfaitement à la suite des autres car son instrumentation et les mixages vocaux restent conventionnels.
La Musique classique étend son emprise sur l'oeuvre du génial Helvète, alors plus à la croisée de Chopin et Mozart que de ... Mozart et Richard Strauss.
Lacrimosa est déjà solide mais pas encore grandiloquent. Reste un disque très complet, qui ne laissera personne indifférent. En effet, l'écorché vif Tilo Wolff fait partie de ces êtres déchirés mais créateurs qui nous offrent des lambeaux d'âmes et nous emmènent aux confins de leurs visions mélancoliques de l'humanité tourmentée et de son inévitable solitude.
Et merci pour le compliment! (enfin, je prend ça pour un compliment^^) La plupart des groupes que j'écoute sont peu connus, et quand j'essaye de les faire connaître, je récolte, pour la grande majorité, des avis négatifs...
Si tu veux commencer à découvrir Lacri', ne commence pas par Satura, ce n'est déjà, pas représentatif du reste de la discographie et assez difficile d'accès, de par le chant, et les ambiances. Pour commencer, je citerais, comme la si bien dit mon confrère Choahardoc, Elodia, considérée comme la plus belle réussite de Lacrimosa, on s'éloigne du schéma gothique, beaucoup plus facile d'accès que satura, regorgeant de tube, comme "Alleine zu zweit", "Halt mich", "Ich verlasse heut' dein herz" ou le chef-d'oeuvre "Sanctus". Sinon, Lichtgestalt, beaucoup plus moderne que ses prédécesseurs, avec le pouplaire titre éponyme, ou le classieux "Kelch der liebe".
En tout cas, tout les albums de lacri' sont d'un très bon niveau, donc tu peux te lancer sans craintes dans cette univers unique! En tout cas, je t'y invite volontier ;)
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