Si le blackened deathcore demeure un style musical de niche et exercé par une quantité infime de formations, celui-ci tend tout de même à gagner en popularité et surtout à être apprécié par les puristes. Il faut dire qu’en termes de sorties, l’année 2021 fut un cru qualitatif, très caractériel et finement corsé. Entre la publication de …
And I
Return To Nothingness de
Lorna Shore et de
A Hill To Die Upon de
Mental Cruelty pour ne citer qu’eux, les deux groupes ont signé d’une part un immense travail d’équilibre entre cruauté, éléments liés au black metal mais aussi d’orchestration. D’autre part, le deathcore traditionnel est en cruel perte de vitesse, même si de récentes parutions préservent une lueur d’espoir et une certaine évolution dans le genre. D’autres ensembles souvent caractérisée par la jeunesse et donc l’inexpérience ont eu également le mérite de proposer des débuts sensationnels et déjà marquants. C’est le cas notamment de Worm
Shepherd.
Porté par son immense vocaliste Devin Duarte, déjà remarqué pour ses impressionnantes prestations vocales sur son ex-projet solo Devin To
Embers, le quintet américain n’aura pas attendu bien longtemps pour s’illustrer dans la scène blackened deathcore. Avec sa toute première percée In
The Wake Ov
Sol datant d’un peu plus d’un an et qui aura profité d’une version instrumentale grandiose quelques mois après, nos musiciens ont su parfaitement maîtriser les codes du genre avec un album tourmenté, douloureux et angoissant. Toutes ces qualités presque inimaginables lorsque l’on sait que le disque parut en autoproduction et qu’à l’époque, la plupart de nos artistes ne dépassaient pas la vingtaine d’années, ne sont d’ailleurs pas du tout passées inaperçues. Peu de temps après l’éclosion de cette première pépite, les Américains ont signé avec le label Unique Leader Records. Et c’est avec cette même maison de disques que le quintet accouche déjà de son second ouvrage intitulé sobrement
Ritual Hymns.
Si le quintet préserve dans ce second opus son caractère menaçant, impactant et terrifiant, ce dernier a surtout réussi à l’améliorer et à le peaufiner. En ce sens, In
The Wake Ov
Sol proposait par moments quelques moments un peu trop bordéliques, voire bruts notamment en ce qui concernait les breakdowns. Ces imperfections ont été dans la globalité bien rectifiées sur cette nouvelle œuvre. Pour redresser la barre, le groupe américain n’hésite plus à approfondir ses attraits symphoniques et orchestraux comme lors de l’intro du titre éponyme où les violons transpirent le désespoir et la souffrance. Il en va de même pour
Wilted Moon qui associe ces composants plus harmonieux avec une mélodie technique et hâtive. Néanmoins, ce que la formation gagne en cohésion et en homogénéité, elle le perd quelque peu en charme mais aussi en authenticité pour des résultats parfois assagis et synthétique.
Prenons le cas de A Bird In The
Dusk en featuring avec Scott
Ian Lewis de
Carnifex. Même si son esprit plutôt épique est parfaitement construit, l’aspect plus black à savoir celui de la misère, du macabre et de la dévastation est un peu noyé par l’orchestration et l’ensemble sonne moins naturel. Fort heureusement, la fin du morceau va partiellement corriger cette erreur d’appréciation avec ses guitares gémissantes et lamentées, le tout accompagnée d’un double travail vocale hurlant et déchirant. Les modulations de voix de la part de Devin Duarte sont toujours d’une précision et d’une fluidité remarquables. Sa capacité de varier entre growl, scream et autres sons inhumains est spectaculaire et à même l’avantage de profondément se démarquer. Dans le trio de cette toile à savoir
Blood Kingdom, avec la participation de Lucca Schmerler (
Mental Cruelty) et de Zxyvius, son chant éraillé est une belle personnification de la torture.
Sur ce même titre, nous prenons également plaisir à entendre une tournure proche à un death technique avec une batterie qui fonce à toute allure. Nous retrouvons de même ces pannes en downtempo la majorité du temps. S’ils semblent exagérées pour une bonne partie des formations de deathcore, les breakdowns sont dans l’ensemble bien mesurées pour ne pas tomber dans le cliché ou le ridicule. Si nous pouvons citer une ombre au tableau, elle se dirigerait sans nul doute sur
Ov Sword and Nail. Si la panne ressemble étrangement à celle de Ragnarök présent sur le précédent album, l’exécution à la double pédale semble fausse et programmée. Nous ne pouvons pas non plus nier certaines similarités entre les différents titres mais pour éviter justement de tomber dans une routine certaine, le quintet opte pour des astuces très réfléchies. Parmi elles, nous retrouvons l’inattendu solo de batterie de
Wilted Moon ou la mélodique outro au clavier de
Blood Kingdom. Ainsi, nous avons deux dynamiques presque contradictoires pour permettre un peu plus de folie et de diversité.
Nos Américains nous surprennent aussi sur leur endurance. Chose assez rare pour être souligné, une bonne partie des titres dépassent les cinq minutes et nous allons même jusqu’au huit minutes sur la chanson finale
Winter Sun. Une sensation de longueur aurait clairement pu se manifester mais l’équilibre entre l’atmosphère du black metal et la brutalité du deathcore nous hypnotise véritablement. Les musiciens ne se cachent aucunement de leurs influences. Si le groupe est pleinement comparable avec
Lorna Shore, la rapidité de certaines compositions ainsi que la large palette vocale de Devin Duarte suit la même veine qu’
Infant Annihilator. Dans sa direction symphonique et black, la formation adopte une ethnique qui se rapprocherait de
Shadow Of Intent ou de
Dimmu Borgir. Toutes ces inspirations font de second disque un succulent compromis entre black et death, sans que l’un ne prenne l’ascendance sur l’autre.
Worm
Shepherd signe avec ce
Ritual Hymns un deuxième gros coup et confirme les excellentes impressions du premier jet. Même si l’on regrettera sans doute un mixage un peu plus aseptisé et quelques fausses notes spécifiquement sur les percussions, le quintet nous offre un nouveau voyage entre animalité, mélodicité et funeste. Malgré leur jeunesse et leur petite expérience, les Américains confirment leur statut d’outsider dans le monde du blackened deathcore et pourraient rapidement monter les marches de la notoriété. C’est en tout cas ce qui ressemblerait au destin tout tracé de la formation si elle continue à montrer son sérieux et à maintenir un tel niveau d’écriture. Un groupe à surveiller donc de près à l’avenir.
Merci. Cet album figurera parmi mon top 10 de l'année 2022 !
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