De l'eau aura coulé sous les ponts pour le duo teuton depuis sa sortie de terre, en 2021, sous l'impulsion commune de l'auteure et interprète Josefiene ''Fiene'' Pertosa et de Simon Krajewski, auteur, compositeur, pluri-instrumentiste, vocaliste, arrangeur et producteur de son état...
Déjà à la tête de trois albums studio – dont l'encourageant «
The Emerald Divide » (2021), le puissant et élégant «
Long Way from Neverland » (2022) et, surtout, le racé et délicat «
Never Strangers » (2023) –, et de quelque cinq singles, nos deux compères, portés par un vent d'inspiration renouvelé, reviendront prestement dans la course. Aussi, et aux fins d'un méticuleux travail en studio, sera réalisé un quatrième opus de longue durée, «
Please Tell Me More », qu'une année seule séparera de son dantesque devancier. Aussi, effeuille-t-on une galette généreuse de ses 56 minutes où s'enchaînent sereinement une dizaine de pistes, dont le single «
Caravan », sorti un mois plus tôt. Cela étant, les armes dont se pare ce nouvel élan s'avéreront-elles suffisamment dissuasives pour voir nos deux gladiateurs tenir la dragée haute à leurs si nombreux challengers ? En l'état, ce frais arrivage permettra-t-il à nos valeureux guerriers de se hisser parmi les valeurs confirmées de l'environnement metal symphonique à chant féminin ?
Dans cette quatrième aventure, et conformément à ses aspirations premières, le duo allemand nous plonge, une fois encore, au sein d'un propos rock'n'metal mélodico-symphonique classique, aux relents heavy, power et progressif, dont l'agencement des titres se calque sur celui de son prédécesseur. S'esquisse alors une rondelle aussi truculente et épique qu'élégante et romantique, où les sources de son inspiration sont à puiser, à nouveau, dans le patrimoine compositionnel de
Nightwish,
Xandria,
Delain,
Amberian Dawn,
Dark Sarah,
Sirenia,
Angelzoom,
Ancient Bards et
Metalwings. Ce faisant, faut-il s'attendre à un bis repetita de la part de nos concepteurs ? Quelques sonorités alternatives ne s'inviteraient-elles pas à la danse, histoire d'éviter toute frustrante redondance ?
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, pour sa production d'ensemble, ce quatrième mouvement jouit à son tour d'un mix bien équilibré, laissé, là encore, aux mains expertes de Simon Krajewski. Mixage affiné auquel se superpose à nouveau un mastering affûté, réalisé au
Gate Studio par le producteur, arrangeur et claviériste Michael ''Miro'' Rodenberg (
Avantasia, ex-
Luca Turilli, ex-
Aina, ex-
Trillium, guest chez
Beyond The Black,
Edguy,
Epica,
Kamelot...), également connu pour avoir assuré la mastérisation de certains albums de
Kissin' Dynamite,
Rhapsody Of Fire,
Seven Spires,
Serenity ou encore
Diabulus In Musica.
Par ailleurs, comme il nous y avait accoutumés, afin de conférer une touche lyrique supplémentaire à son propos, le combo a requis les apports de musiciens chevronnés et de vocalistes aguerris, dont certains déjà sollicités sur le dernier opus. Aussi, y retrouve-t-on : Jean-Michel Kellermann (Ashmakers) aux guitares, Benedikt Grosser à la narration et au piano, Tomoko Sato à la harpe, Kaj Żukowski (
Macabre Demise) aux guitares,
Nicole Jaskot au chant additionnel et aux choeurs, ainsi que Nassim Arastoopour au chant additionnel. S'y adjoignent : Sans_awm à la lead guitare ; la soprano Hannah Marie Bullock au chant additionnel, déjà apparue sur les deux premiers albums ; Nefelie Gialama-Sölter, Herbie Langhans et
Sebastian Bracht aux choeurs. Mais montons sans plus attendre à bord du vaisseau amiral pour une croisière que l'on espère parsemée d'ilots enchanteurs...
C'est, une fois encore, à l'aune de ses plages à la cadence un tantinet contenue que le collectif marque ses premiers points, et non des moindres. Ainsi, passée la laconique et cinématique entame semi-instrumentale « Innocence », enorgueillie du prégnant récitatif signé Benedikt Grosser et des soyeuses gammes échappées de la harpe de Tomoko Sato, le parcours se poursuit sur une mer apaisée. Ce que révèle son plus proche voisin, « Almost No
Dark Secrets », ''xandrien'' mid tempo progressif aux riffs émoussés ; recelant un fondant refrain encensé par les cristallines impulsions de la déesse, qui pourront évoquer celle de Claudia Uhle (
Angelzoom), et agrémenté d'un fringant solo de guitare, ce hit en puissance poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. On pourra encore se sentir aspiré tant par l'invitant paysage de notes que par le seyant solo au synthé inscrits dans la trame du félin et ''sirénien'' « Getting Away with It ». Mais là n'est pas l'argument ultime de nos belligérants pour tenter de nous faire plier l'échine...
Quand le rythme de leurs frappes se fait un poil plus mordant, nos acolytes parviennent non moins à nous aspirer dans la tourmente. Ce qu'atteste, d'une part, « The Powers
That Control You », engageant mid/up tempo aux riffs crochetés, à mi-chemin entre
Amberian Dawn et
Metalwings, eu égard à l'insoupçonnée et grisante montée en régime de son corps orchestral à mi-morceau et à ses organiques sonorités, peu courues par le groupe jusqu'alors. Dans cette dynamique, c'est cheveux au vent que l'on parcourra le ''delainien'' « Downward, Downward » ; recelant de truculents arpèges d'accords que soulignent les fluides patines de la princesse, et sous-tendu par l'habile doigté du lead guitaristique Kaj Żukowski, l'entraînant effort n'aura pas tari d'armes efficaces pour nous prendre dans ses filets. Enfin, dans le sillage commun d'
Ancient Bards et de
Sirenia, « Only Sanctuary » se pose, lui, tel un trépidant effort power symphonique au léger tapping ; étrenné et entrecoupé d'un vibrant solo de guitare dispensé par Sans_awm, et essaimant de sémillantes séries de notes sur lesquelles semblent danser les célestes ondulations de la belle, le palpitant méfait ne relâchera pas sa proie d'un iota.
Au moment où ils en viennent à nous mener en des espaces tamisés, nos compères en profitent pour nous adresser leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre, en premier lieu, «
Caravan », ballade romantique jusqu'au bout des ongles, dans la veine coalisée de
Nightwish et d'
Angelzoom ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les angéliques inflexions de la maîtresse de cérémonie et se parant d'un fin legato dispensé par Jean-Michel Kellermann, l'instant privilégié ne saurait être éludé par l'aficionado de moments confidentiels. On pourra non moins se voir happé par les vibes enchanteresses jaillissant des entrailles de la ballade a-rythmique «
Please Tell Me More » ; investie d'arpèges pianistiques d'une infinie délicatesse signés Benedikt Grosser, et mise en habits de soie par le caressant vibrato de la diva, la céleste ritournelle propulsera en d'oniriques contrées celui qui y aura plongé le pavillon.
Mais ce serait à nouveau à la lumière de ses orgiaques pièces en actes symphonico-progressives que la troupe serait au faîte de son art. Ce à quoi nous sensibilisent, en première intention, les quelque 8:07 minutes de «
Fire Be Mine », piste metal symphonique à la colorature opératique, à la confluence de
Nightwish et de
Dark Sarah ; mis en relief par un duo féminin en voix claires des plus ensorcelants, les limpides oscillations de la sirène se lovant dans les chatoyantes modulations d' Hannah Marie Bullock, couplets finement ciselés et enivrants refrains glisseront avec célérité dans nos tympans alanguis. Et ce ne sont pas les grisants gimmicks guitaristiques signés Kaj Żukowski dont se pare cette fresque qui démentiront l'agréable sentiment d'être aux prises avec l'une des gemmes de la galette. Et comment ne pas se sentir porté par les poignantes mesures esquissées par « There Is No
Escape » ? Déversant ses quelque 13:51 minutes d'une traversée aussi palpitante qu'épique, ne manquant ni d'allant ni de panache, cette ''nightwishienne'' fresque serait le point d'orgue de la rondelle. Sous-tendu par un quatuor en parfaite osmose – unissant les magnétiques empreintes vocales de
Nicole Jaskot, Nassim Arastoopour, Simon Krajewski et de Fiene –, magnifié par la harpe de Tomoko Sato, recelant un saisissant duo de guitare cosigné Kaj Żukowski et Sans_awm, variant ses phases rythmiques à l'envi et à brûle-pourpoint, et se chargeant en émotion au fil de sa progression, ce masterpiece pourrait bien laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon.
Au final, à la lumière d'une œuvre aussi enivrante que rayonnante, témoignant d'une technicité instrumentale et vocale un poil plus aguerrie aujourd'hui qu'hier, se savourant à chaque fois davantage au fil des écoutes, le duo teuton aurait élevé d'un cran supplémentaire ses exigences propres. Ayant la redoutable tache de succéder à un sémillant «
Never Strangers », le cadet n'est cependant pas moins pourvu d'armes pour asseoir sa défense : fort d'une palette étoffée en matière d'exercices de style, dévoilant moult phases rythmiques, diversifiant ses ambiances comme ses joutes oratoires, égrainant des sentes mélodiques des plus enveloppantes, renvoyant chacune à la féconde inspiration de ses auteurs, ce nouvel élan se suit de bout en bout sans encombre.
Si les prises de risques sont encore peau de chagrin et l'originalité pas vraiment inscrite dans l'adn de ce propos, et si les sources d'influence tardent à se voir digérées par nos acolytes, quelques sonorités inédites se laissent néanmoins entrevoir. Bénéficiant, par ailleurs, d'une ingénierie du son rutilante et se dotant, à l'instar de son devancier, d'un petit supplément d'âme, ce frais arrivage disposerait dès lors d'un arsenal esthétique et technique suffisant pour hisser le combo germanique au rang de valeur confirmée de cet espace metal. Bref, truculent et pénétrant à la fois, ce quatrième mouvement propulse l'escadron allemand encore un peu plus près des étoiles...
Note : 16,5/20
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