Pagan

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Nom du groupe Cruachan
Nom de l'album Pagan
Type Album
Date de parution 01 Avril 2004
Style MusicalFolk Metal
Membres possèdant cet album95

Tracklist

1.
 Michael Collins
 03:51
2.
 Pagan
 05:07
3.
 The Gael
 04:02
4.
 Ard Ri Na Heirann
 05:03
5.
 The March to Cluain Tairbh
 02:00
6.
 Viking Slayer
 04:15
7.
 1014 A.D.
 03:36
8.
 Some Say the Devil Is Dead
 03:13
9.
 1000 Years
 03:51
10.
 Lament for the Wild Geese
 01:28
11.
 Erinsong
 05:19
12.
 Summoning of the Sidhe
 03:00
13.
 The Fall of Gondolin
 07:46

Durée totale : 52:31


Chronique @ AlonewithL

10 Fevrier 2012

Quelques pages de l’Histoire irlandaise et une dose parcimonieuse de féerie.

Après un « Folk-Lore » qui n’avait pas su réitérer la prouesse réalisée par « The Middle Kingdom », il était intéressant de voir comment allait réagir cette authentique formation celtique qu’est « Cruachan ». Ils enchaînent donc en 2004 deux ans après avec leur quatrième album. « Pagan » promettait d’être haut en couleurs à sa superbe couverture signée par l’illustrateur de renom John Howe. À noter qu’entre temps leur label néerlandais Hammerheart Records changeait son nom en Karmagaddon Media. Bref, il est aussi question de retouches de la part de la troupe irlandaise. Une musique qui serait essentiellement dans la veine de « The Middle Kingdom », mais avec une Karen Gilligan qui devra désormais cohabiter davantage au chant avec le meneur Keith Fay notamment. Sans égaler l’album de 2000, « Pagan » vous fera donc partager quelques pages de l’Histoire irlandaise et une dose parcimonieuse de féerie.

L’instant magique va débuter sur une période cruciale de l’Irlande, celle qui va amener à l’indépendance d’une partie de l’île. On rapporte ici le long combat de Michael Collins, activiste et acteur de la libération des irlandais, alors sous le jouc des britanniques au début du 20ème siècle. Étrangement la musique, au prime abord, s’illustre par sa gaieté folklorique. C’est le violon qui est à la manœuvre et qui invite à une ballade dans les vertes contrées de l’île gaélique. La guitare ne délivre pas la même finesse et volupté, néanmoins. D’un ton abrasif, et grognant dans son coin, ce sera elle qui soutiendra directement le chant, sans retenue et sans manière, de Karen Gilligan, ainsi que celui beaucoup plus cagneux et enlaidi de Keith Fay. On retient une mixité sur « Michael Collins », entre l’ambiance tourmentée de fin piste sur et celle champêtre accordée par les instruments folkloriques, également par la belle voix de Karen. Une cohabitation difficile entre deux mondes, entre chrétiens et païens, si on en juge les paroles de « Pagan ». Une tension ne cesse de s’entretenir tout au long de la piste. La sombre croix de Jérusalem venant supplanter la croix des celtes. Les chants de Karen et de Keith s’alternent, l’un désolé, l’autre en colère. Après la moitié de piste, une éclaircie chasse cette obscurité, des notes scintillantes et amusées dissipent l‘ombre. Une résistance, une culture, un héritage que le peuple perdurera malgré les imprécations de l’Église catholique. Encore des altercations avec les ténèbres perceptibles sur « The Fall of Gondolin ». C’est la rage de Keith Fay qui nous saute à la gorge. Une rage que tentent et parviennent à calmer la flûte et la mandoline. Une fois passé le premier tiers piste, le rythme s’alourdit, s’épaissit. Karen en fait tout autant avec sa voix. Curieusement ce sera l’arrivée du chant étriqué et décharné de Keith qui désengorgera la situation. La musique devient alors fluide, bien élancée par la flûte, mais sous la domination des grondements ténébreux de guitare. On y entrapercevrait même un certain retour au black folklorique issu de « Thuatha Na Gael » en toute fin, sentiment en parti causé par l’accélération subite de batterie, les riffs courts et répétitifs, et les cris poussés par le leader de la formation.

Il a été fait allusion à un lien évident, sinon sensible avec la musique de « The Middle Kingdom ». Il est vrai que « Cruachan » a su conserver cette prise folk metal celtique post-« Thuatha Na Gael ». On comptera comme ce fameux second volume des titres influencés par le heavy metal. Sans être du niveau d’un « Celtica (Voice of the Morrigan) » ou d’un « Is Fuair an Chroi », « Ard Ri Na Heireann » et « Viking Slayer » sont là pour apporter de la pêche. Le premier adopte un ton cassant, pour ensuite en prendre un bien plus monotone dès l’intervention des flûtes. « Viking Slayer » ne va lui faire aucune concession, épique, brûlant de milles feux. Une brise de légende y est insufflée par Karen. Même son passage folklorique en plein milieu de piste saura se montrer dynamisant. « Summoning of the Sidhe » profite aussi d’influences heavy metal, mais il serait plutôt porté sur le folk et interagi avec un riffing assez proche du Pagan. On note toutefois une utilisation peu raffinée de la caisse claire. Encore une fois, nous profiterons des bonnes ondes sonores et d’un chant féminin énergique, enchanteur. Une voix qui se transforme, à raison des différents titres. Ainsi on croirait entendre un elfe sur « Lament for tht Wild Geese ». Une chanson gracieuse et harmonieuse, un poil redondante, mesurément entrecoupée par les claviers. Ces claviers qui nous berceront sur « The Gael ». Voilà que l’on nous caresse, que l’on nous effleure. Le violon coupe court à ce rêve éveillé. D’abord seul, il est vite rejoint par la batterie et la guitare. Moins radieux qu‘au début, ils nous emmèneront gravir les falaises par de solides riffs.

L’Histoire et la culture irlandaise imprègnent encore une fois littéralement la musique de « Cruachan ». Même, quand on fait la fête, on songe toujours à sa nation. Pour exemple, « Some Say the Devil Is Dead », parfaite chanson de taverne revigorante et chantée pour l’occasion par le guest Chris Kavanagh, n’en reste pas moins une chanson traditionnelle célébrant l’antagonisme des irlandais et des britanniques, selon les propres mots de Keith Fay. En évoquant les airs traditionnels, il ne faudrait pas oublier les morceaux instrumentaux, au nombre de quatre, qui sont avant tout là pour adoucir l’écoute du volume, nous emmener à travers de beaux paysages. « The March to Cluain Tairbh » comme « Erinsong » par leurs percussions et leur aspect commun primitif feraient songer à certaines musiques composées par Basil Poledoris pour le premier film de Conan. « 1014 AD » serait à la fois plus violent par l’implication de la guitare, et plus incisif, folâtre, par celle du violon. Comme à chaque fois, c’est le plus fort qui gagne. Ce sera les riffs de Keith qui gagneront le duel. Un tumulte qui tranchera avec la passion véhiculée par le très bel air de cornemuse d‘« A Thousand Years ». Lancinant et nostalgique. Ce pays aura vécu plus d’un millier d’années. Longtemps occupé, jamais il ne s’est avoué vaincu. La richesse de sa culture est à l’épreuve du temps.

Un sol en tapis vert, des hommes et des femmes aux cheveux roux, une terre ancestrale dont nul n’ignore la richesse. Elle ne contient ni mines, ni pétrole, mais sa richesse va au-delà de celle de n‘importe quel émirat. L’Irlande a une âme, elle fait vibrer chacun de nous. Il suffirait juste d’une flûte, d’un violon, d’un chant. « Cruachan » nous ouvre une vision des belles contrées de son pays par l’intermédiaire de son chaudron magique. Toutefois, cette réalisation n’est sans égaler la magie du second opus du groupe. La redondance de certaines pistes, certains écarts de la part de la guitare et de la batterie auront quelque peu terni la féérie. L’album se laisse savourer en douceur, les premières écoutes s’avéreront aussi périlleuses qu’un raid viking dans cette noble région.

15/20

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seppuku - 10 Fevrier 2012: "On croirait entendre un elfe" ! C'est bien dit et ca donne envie d'écouter le groupe.

Encore une bonne chronique, pleine de détails et d'éléments contextuels !
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