One One One

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16/20
Nom du groupe Shining (NOR)
Nom de l'album One One One
Type Album
Date de parution 04 Juin 2013
Style MusicalJazz Metal
Membres possèdant cet album24

Tracklist

1. I Won't Forget 03:51
2. The One Inside 04:03
3. My Dying Drive 04:05
4. Off the Hook 03:37
5. Blackjazz Rebels 03:28
6. How Your Story Ends 04:38
7. The Hurting Game 04:08
8. Walk Away 03:37
9. Paint the Sky Black 04:18
Total playing time 35:45

Chronique @ Eternalis

02 Juin 2013

Il semblerait que "One One One" tienne plutôt d’un "Blackjazz" 2.0 [...] comme une ébauche, à l'instar d'un prototype.

Nous parlions il y a peu de l’exercice délicat et hautement risqué de passer derrière le chef d’œuvre. Hasard de calendrier aussi heureux qu’inattendu, un magnifique contre-exemple va venir se greffer au flamboyant "Coal" de Leprous. Autres norvégiens se connaissant les uns les autres (et travaillant chacun avec Ihsahn depuis quelques albums désormais), c’est aujourd’hui Shining qui se retrouve dans les affres de la nouveauté afin de livrer le successeur tant attendu de l’incroyablement horrifique, expérimental et tout bonnement génial "Blackjazz".

"One One One".
Patronyme des plus étranges. Un artwork déroutant, entièrement minimaliste, pour ne pas dire vide, sur fond d’une coloration orange criarde très inhabituelle pour le groupe. Que nous a donc préparé le chanteur/guitariste/saxophoniste fou Jorgen Munkeby ? Ce design épuré, mais dans la calligraphie mimétique de l’opus précédent, annonce-t-il une direction différente ou au contraire une simple réactualisation de son style ? En une question ; Shining a-t-il été capable de faire mieux ?
Soyons donc franc, en un seul mot : non. Littéralement non. Et c’est d’autant plus dommage d’un groupe qui avait franchi un pas de géant entre "Grindstone" et "Blackjazz", proposant alors une vision musicale hors-du-commun et novatrice, tellement schizophrénique et unique du point de vue sonore qu’on ne pouvait dès lors plus les attendre que sur le terrain de l’expérimentation constante. Malheureusement, il semblerait que "One One One" tienne plutôt d’un "Blackjazz" 2.0.

D’un bout à l’autre, ce nouvel opus apparait comme une préquelle, chronologiquement antérieure à la sortie précédente dans le sens où elle se veut moins aboutie et fort logiquement moins surprenante puisque "Blackjazz" posa les bases de l’ensemble du disque que nous découvrons aujourd’hui. Moins osé, moins sombre, moins schizophrénique et dérangeant mais plus rock n’roll et accessible, "One One One" est comme une ébauche, à l’instar du prototype qui aurait pu servir de terrain de travail à "Blackjazz". Il est indispensable de constamment revenir d’un album à l’autre dans le sens où les deux vont complètement ensemble ; ils sont indissociablement liés dans leur fondement et leur âme.
A ce manque flagrant de créativité s’ajoute une autre anomalie ; l’album, pour une raison obscure, ne dure pas plus de trente-six minutes. C’est bien maigre lorsque l’on connait les capacités inouïes qu’offre la collaboration du black metal, de l’indus et de ce free jazz déstructuré que produit désormais Shining.
Cependant, je ne pense pas avoir encore répondu à la question la plus importante : "One One One" est-il donc mauvais ? Encore une fois : non, absolument pas !

Shining n’a a aucun moment perdu son génie et nous gratifie de certaines compositions tenant du divin, notamment l’incroyable "How your Story Ends", s’ouvrant sur un magistral solo de saxophone avant qu’un riff brutal ne s’écrase, se distillant ensuite au fur et à mesure en une infinité de lead mélodiques aussi techniques que dérangeants dans le rendu sonore. La voix de Jorgen se fait à la fois plus claire et, dans un même temps, plus hurlée et dérangée sur les parties black metal, offrant une dualité nouvelle, une déshumanisation encore plus forte. Thortsen Lofthus est, une fois de plus, une véritable pieuvre derrière sa batterie et une grande partie de la qualité de l’album repose aussi sur son incroyable technique et sa faculté à être partout, tentaculaire et omniprésent. Le saxophone, parfois plus discret, est au centre de certains titres, notamment celui-ci.
Munkeby, compositeur principal, a surtout simplifier ses structures pour parvenir à un résultat très catchy et parfois bien plus accessible, comme en atteste un titre comme "The One Inside", violent et très industriel mais simple à appréhender et n’étant pas sans rappeler "The Madness and the Damage Done", notamment le break quasi bruitiste amené par un blast effréné rendant le saxophone à l’image d’une souffrance interne et sourde. Malheureusement, la recette est beaucoup moins prenante sur le très répétitif "Walk Away", presque irritant, luxe dont on ne peut se permettre sur un album si court.

A l’inverse, les norvégiens, avec "Blackjazz Rebels", ont presque réussi à composer un hymne si bien équilibré qu’il pourrait être une porte d’entrée parfaite pour leur style maladif tout autant qu’une évolution intéressante pour les personnes déjà fans. Très catchy, le refrain se répète inlassablement avec pourtant une technicité rythmique ahurissante (encore une fois, notamment avec ce poulpe de batteur !) derrière. Il en va de même sur le single "I Won’t Forget" (là aussi, sublimement mis en images) qui possède cette balance parfaite entre la furie créatrice de l’album précédent (les soli à la "Exit Sun pt I"), la violence mécanique et dérangeante du groupe, une accessibilité certaine mais à aucun moment gâché sur l’autel de la simplicité, mais de la surprise. La production, terrorisante de puissance, est un tremplin monumental pour servir ces riffs gras et saccadés ou encore ce saxophone fou qui, ici encore, se pointe pour un solo incroyablement unique et délicieusement malsain.

Il serait pourtant faux de dire que Shining ne surprend jamais, ou ne frise pas la perfection de son style sur quelques titres. Car si justement "Walk Away" ou "Off the Hook" déçoivent clairement en ce sens, "My Dying Drive" par exemple, déploie le personnage le plus malfaisant des norvégiens. A l’instar d’un "Fisheye", autant dire plus posé mais faussement calme, Munkeby se veut implacable dans son chant, tour à tour narratif pour ensuite s’arracher sur des hurlements d’aliénés sur un refrain maladif en diable, lourd et dissonant sur un coulis de claviers à la noirceur totale et décadente. La montée en puissance du pré-refrain est en soi une sorte de perfection absolue chez le groupe, atteignant une intensité incroyable à tous les niveaux, entre les claviers déchirants, les vocaux hurlants et cette batterie assommante de précision et de rapidité. Le son des riffs, tordus et grinçants, joue énormément dans ce malaise que l’on aime pourtant tant entendre et vivre. Ce monde de cauchemar et de destruction psychologique, aboutissant sur le final "Paint the Sky Black", terminant l’album d’une main de maitre. Violent à l’extrême chez le groupe, laissant renaitre toutes les influences black metal, Shining montre une brutalité exacerbée dans des vocaux plus sombres et dissonants que jamais et surtout une agression pure presque surprenante. Munkeby est intraitable, souverain et investigateur de la destruction de son propre monde. Sur ces deux titres, Shining trouve une forme de plénitude et de perfection qui manque malheureusement au disque dans son ensemble, extrêmement cohérent mais trop condensé et proche de ce qu’on attendait d’eux.
Une certaine facilité s’est introduite dans la méthode des norvégiens, restant sur des acquis si phénoménaux que le résultat aujourd’hui reste largement en deça de la proposition de mouts combos. Cependant, et malgré la qualité indéniable de "One One One", nous ne pourrons que juger autant la forme que le fond du disque. Et si la première est proche du graal, le second décevant dans la méthode et, espérons-le, ne se reproduira pas à l’avenir.

6 Commentaires

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Eternalis - 03 Juin 2013: Pour être franc, j'adore l'album et je l'écoute en ce moment plusieurs fois par jour. Certains titres touchent au génie je trouve et je vais me jeter dessus dès qu'il sort.
Mais en étant objectif, il faut admettre que 36 minutes pour un album quasi identique que le précédent, ça mérite pas forcément une note plus haute. Pour une fois que je note pas très très haut, vous venez me redire. vraiment jamais content :)
Molick - 03 Juin 2013: ah non non pour la note je suis d'accord ^^

Pour moi 14 est une bonne note (en tout ca sj'aurais aimé avoir ça à la fac régulièrement)
xolios - 03 Juin 2013: J'avais entendu dire, qu'ils prenaient beaucoup de plaisir a écrire des morceaux tels "The Madness.. ", "Fisheye" ou encore "In the Kingdom...", et qu'ils avaient l'intention, pour le futur de continuer dans cette voie là.

Pour ma part, bien qu'au départ je fus quelque peu déçu après impressionnant Blackjazz, je dois dire que je prend beaucoup de plaisir à l'écouter, tellement les titres sont efficaces.

Une seule hâte, les voir en live!

PS : Tu as raisons cependant sur la durée de l'album, 3 ans d'attentes, pour 36 minutes ouch!
OliFant - 03 Juin 2013: Je trouve la note un peu dure, surtout à la lecture de la chronique et en sachant que tu l'écoutes régulièrement. Pour moi, un 14 équivaut soit à un album de qualité mais à l'innovation nulle, soit à un album vraiment innovant mais au résultat décevant. Un 15 m'aurait par exemple semblé plus approprié, mais bon, on tombe une fois encore dans l'appréciation subjective de la notation, et finalement on s'en fout un peu (surtout après lecture de ta chronique).

Pour ma part, j'avais beaucoup aimé "Blackjazz", mais j'avoue qu'ils me perdaient un peu sur leurs compositions plus longues. "The Madness and the Damage Done" ou "Fisheye" restent pour moi leurs meilleurs morceaux sur l'album précédent, et on dirait qu'ils ont effectivement concentré leurs efforts pour poursuivre dans cette voie ; je m'attends donc à avoir une impression nettement plus positive que toi au final Eternalis ;)
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