S'il y a un groupe qui a émergé progressivement dans la scène death thrash ces dernières années, c'est bien
Revocation. En se bonifiant d'album en album, à la force du poignet de son leader David Davidson, professeur de guitare et growler attitré, il s'est hissé au dessus de la masse de ses congénères par ses qualités intrinsèques.
Après deux excellents derniers LPs, un "
The Outer Ones" à la brutalité et à la rapidité confondantes en 2018, et un "
Netherheaven" plus thrashy et tout aussi réussi en 2022,
Revocation avait déjà montré sa nouvelle voie avec "
Confines of Infinity" sorti en single il y a plus d'un an et demi, celle d'un death incroyablement ténébreux et lourd.
Aux côtés de David Davidson (guitare, chant) et d'
Ash Pearson (batterie), les derniers arrivants dans le line up du combo, Harry Lannon (guitare rythmique, ex-
Cognitive) et Alex Weber (basse, ex-
Obscura,
Defeated Sanity,
Malignancy) ont eu le temps de bien s'intégrer au groupe avec les tournées.
David a composé toute la musique, avec l'aide de son batteur. Il a aussi écrit la plupart des paroles, autour du thème d'une l'IA, appelée The All Seeing, qui a pris le contrôle de l'humanité ; on peut la voir représentée sur l'artwork de Paolo Girardi, qui avait aussi signé celle de "
Netherheaven".
Quelques invités sont présents : les chanteurs Jonny Davy (
Job For A Cowboy) sur "Cronenberged", Travis Ryan (
Cattle Decapitation), et Luc Lemay sur "Buried Epoch”, ainsi que le guitariste jazz Gilad Hekselman pour un solo sur “The All Seeing.”
"
New Gods, New Masters" est sorti depuis le 26 septembre 2025 chez
Metal Blade Records. Si David lui-même a produit le disque, le mixage et le mastering ont été à nouveau confiés à leur gars sûr du gros son, à savoir Jens Bogren (
Opeth,
Sepultura, Septic
Flesh,...).
Revocation impose son rythme dès le morceau d'ouverture "
New Gods, New Masters" avec un death dont les riffs techniques demandent à l'auditeur de porter son attention auditive pour bien profiter de la branlée qu'il se prend. Aussi , en cassant assez tôt en deux ce morceau avec un passage contemplatif menant sur un magnifique solo -ou encore l'intro hachée de "Despiritualized" qui part en notes claires jazz-, il fait les choses à sa manière, avec une démonstration par l'exemple.
Cet opus est un sacré morceau à s'enfiler vu la densité des compositions et leur technicité, mais la priorité du groupe est manifestement l'efficacité. Le travail de production est à l'unisson des qualités de ce disque : puissant, accrocheur, suffisamment lisible, ce qui le rend réécoutable jusqu'à plus soif car les détails croustillants fourmillent de partout. La longueur du disque est aussi raisonnable, ce qui évite de se sentir ballonné d'avance.
Revocation s'enfonce dans les racines du death metal, porte en lui les gènes du Death de Chuck Schuldiner, et l'a fait évoluer en une créature née pour terrifier. Il reste donc assez peu d'éléments thrash, à part ces petites montées de notes Slayeriennes sur "Dystopian
Vermin",... et des chugs bien secs dans les riffs.
La direction plus sombre prise par le groupe pour ses ambiances se confirme sur tout l'opus, particulièrement sur les titres et les passages plus lents où l'atmosphère viciée et teintée d'étrange est tout à fait lovecraftienne. "Cronenberged" n'est pas qu'un hommage au maître du cinéma horrifique, c'est aussi une boucherie méticuleuse, chirurgicale, exécutée sans pitié. À l'instar du dernier
Rivers Of Nihil, ce nouveau disque de
Revocation donne de la profondeur à son death, où l'ambiance oppressante transpire dans chaque note.
Le professeur Davidson ne fait pas qu'etaler sa science de la guitare, son utilisation d'accords enrichis, diminués ou augmentés qui changent des sempiternels power chords, et fait fleurir la mélodie sur plusieurs niveaux.
On sent que David cherche à suspendre l'oreille à son médiator, avec des riffs tordus comme celui de "Sarcophagi of the Soul" ou le pont de "Data
Corpse", dont les séries de notes se coupent comme un gros cliffhanger, Malin !
L'instrumental "The All-Seeing" est l'occasion de pousser les curseurs prog à fond, avec de nombreuses harmonies de guitare, comme ce passage d'outre-monde où le riff d'harmoniques à deux guitares fait se demander un jouissif "WTF !".
La partie vocale n'est pas en reste, car David a une façon de growler immédiatement reconnaissable, avec un petit fond de siphon qui parfume ses lignes de chant, très rythmiques. Et quand on réalise la complexité de ce qu'il joue en même temps, il y a de quoi être stupéfait, plus que jamais.
Même des morceaux un peu moins accrocheurs comme "Data
Corpse" sont pleins de riffs vicieux, dont la succulence s'apprécie lorsqu'on les dissèque pleinement ". Avec intelligence, la pièce maîtresse de sept minutes "Buried Epoch" a été choisie pour mettre un point final à ce nouvel album, et son final en bordel croissant est tout indiqué pour clore une setlist live.
Pour ses vingt ans de carrière,
Revocation ne s'est pas contenté de sortir juste un album de plus. "
New Gods, New Masters" est une grosse claque, plus encore que "
Netherheaven", ne serait-ce que parce que tous les morceaux sont meilleurs, et chacun mémorable à sa manière. Son ambiance est prenante, horrifique et cependant ciselée avec soin. Je ne sais pas si David Davidson a cédé au poncif de déclarer que ce nouvel album est le meilleur qu'ils aient fait, mais je crois qu'il peut l'affirmer sans honte.
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