Les algorithmes ne vous balancent pas que des conneries dans les esgourdes, la preuve, il y en a un qui m'a mis sur un morceau de
The Great Old Ones, qui m'a captivé à la première écoute. Comme si cette satanée tambouille mathématique avait deviné que j'avais précisément envie de découvrir ça en cette froide soirée d'hiver. Cela faisait depuis 2019 et "
Cosmicism" que les Bordelais n'avaient pas sorti d'album studio et le réveil du
Shoggoth promettait d'être tonitruant...
Le groupe se compose toujours de Benjamin Guerry au chant et à la guitare, Aurélien Édouard et Alexandre Rouleau aux guitares, mais la section rythmique a été renouvelée, Julien Deana remplaçant Léo Isnard derrière les fûts, et
Gregory Vouillat succédant à Benoît Claus à la basse. Benjamin a composé lui-même la majorité de l'album, aidé plus tard par ses acolytes lorsqu'il coinçait sur un morceau. C'est Francis Caste (
Hangman's Chair,
Regarde Les Hommes Tomber,
Klone,
Svart Crown...,) qui a enregistré, mixé et masterisé "
Kadath" au studio Sainte Marthe (
Paris).
Le concept de l'album est basé sur la nouvelle de H.P. Lovecraft "La quête onirique de
Kadath l'inconnue", et on a vraiment la sensation de voir l'histoire se dérouler, particulièrement lorsqu'on lit les textes en même temps. Le très bel artwork de "
Kadath", paru chez Season Of
Mist le 24 janvier 2025, a été conçu par le dessinateur polonais Jakub Rebelka (Cyberpunk 2077, Dune,...et Le Dernier Jour de H.P. Lovecraft.).
J'ai été frappé d'entrée par la qualité sonore de "
Kadath", où l'impression d'ampleur renforce encore la dimension épique de cette fresque Lovecratienne. A l'issue du morceau d'ouverture "Me, the
Dreamer", dense, épique et vallonné de surprises, j' ai constaté les durées de morceaux conséquentes des huit pistes de l'opus, et ménagé une petite pause, le temps de me plonger dans un état d'esprit d'accueillir un tel voyage auditif.
L'influence d'
Emperor transparaît dans les arpèges mélancoliques de "Those From Ulthar", qui se superposent aux guitares ténébreuses. Le flot tempétueux des morceaux, poussé par les imprécations du hurleur, est parfois barré par des parties tranchantes où des chugs presque thrasheux, avant de reprendre son cours dans une autre direction. Les vocaux de Benjamin Guerry sont le principal vecteur de rage, avec un tapis de growl dans le fond de la gorge, et projettent les screams remplis de hargne vers le ciel assombri. Loin de s'embarrasser de considérations orthodoxes, le black de
The Great Old Ones se teinte parfois d'autres couleurs, comme sur le pléthorique "Me, the
Dreamer", avec un petit côté
Mastodon sur les bords des guitares, et se tend dans un climat carrément industriel sur sa fin. Les mélodies sont très présentes, même dans les passages les plus brutaux et chaotiques (sur le blast grandiloquent au milieu de "In the Mouth of Madness", par exemple).
La production de Francis Caste s'adapte à la perfection à l'univers de TGOO, et à la longueur des pistes en faisant ressortir certains aspects suivant les moments. Par exemple, la basse m'avait paru un peu sous-mixée tellement il se passe de choses, mais elle est carrément au centre de la bataille dans "Under the
Sign of Koth", et provoque les péripéties de cette quatrième piste. De même la batterie est vraiment intégrée à l'ensemble, lui conférant plus un rôle de marqueur d'intensité, et on la remarque d'autant plus lorsqu'elle sort de son rôle, tour à tour tribale avec ses toms, et toute en finesse sur son jeu au charley sur les accalmies de "Those From Ulthar" ou "
Astral Void (
End of the
Dream)".
Là où on sent que les compositions sont faites intelligemment, c'est quand on se rend compte qu'on arrive à encaisser une intensité et une densité qui sont impressionnantes, sur la longueur, sans fatigue ni lassitude. Aussi le groupe prend-il le risque de couper l'opus en deux pendant seize minutes avec deux pistes instrumentales, "
The Gathering" et "Leng", au moment où on se dit qu'une pause serait souhaitable pour digérer toute la première partie du disque... et prendre le temps de faire remonter la pression ! Le versant instrumental du disque prend une importance certaine, d'autant plus que c'est aussi de cette manière qu'il se termine, en s'éloignant sensiblement du black avec de riff de notes dissonantes, des power chords pleins et amples, sur ce qui n'est autre qu'une cover du "Second Rendez-vous"... de Jean-Michel Jarre ! Finalement, malgré la longueur de chaque pièce et de l'ensemble, je n'avais aucune envie d'interrompre l'écoute pour ne pas rompre l'envoûtement.
Ce nouvel opus de
The Great Old Ones est une œuvre ambitieuse à la mesure de la vision de H.P. Lovecraft, dont il dresse des paysages musicaux prenants, majestueux et terrifiants. Sans parler des nuances lumineuses qui émaillent cet enfer fantasmagorique, lui donnant des atours presque accueillants. En rendant son black plus progressif, et plus massif et mieux fini jusque dans la production, il représente aussi une grosse évolution depuis "Cosmicsm". Une réussite !
Entièrement d'accord avec toi, ils ont franchi un palier en terme de son et de compositions. Vu sur scène récemment et ça claque sa mère, totalement imersif
Y_RPLEUT: C'est sûr que ça donne envie de les voir en live !
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