S'il est des troupes sachant prendre le temps requis au peaufinage de leur production d'ensemble comme de leurs compositions, ce groupe italien serait, à n'en pas douter, de la partie. En effet, suite à un quatrième et délicat opus, «
Leaves Rolling in Time », trois ans se seront écoulés avant de voir nos acolytes nous gratifier d'un cinquième élément de même acabit, intitulé «
Gods Don't Take Calls » ; aussi, parcourt-on une œuvre qui, à l'aune de son aînée, nous octroie neuf pistes à la fois empreintes de grâce, de sensualité et un brin intrigantes, égrainées sur une bande auditive de près de 50 minutes. Quelque dix années après sa sortie de terre, le collectif transalpin disposerait-il de l'arsenal esthétique et technique susceptible de tenir davantage en respect la féroce concurrence dont cet espace metal continue de faire l'objet ?
Plus encore, ce nouvel élan lui permettrait-il de rejoindre dès lors les valeurs de référence du metal symphonique gothique à chant féminin ?
Dans cette toute nouvelle aventure, la chanteuse aux suaves et pénétrantes inflexions Nicoletta Rosellini (Alterium, The Erinyes, ex-
Kalidia, ex-membre live de
Vivaldi Metal Project,
Aevum...) et
Shaman, guitariste et tête pensante du projet, nous replongent dans un registre rock'n'metal mélodico-symphonique gothique et progressif à la fois volontiers invitant, souvent atmosphérique, parfois énigmatique, un tantinet romanesque, à nouveau dans la veine coalisée de
Lacuna Coil,
Evanescence,
Kalidia,
Draconian,
Autumn et
Ravenscry. Enregistré, mixé et mastérisé à son tour par Alessandro Guasconi (
Soul Secret, Charun, feu-
Coram Lethe...) au
Virus Recording Studio, ce cinquième mouvement jouit d'une saisissante profondeur de champ acoustique et de finitions passées au peigne fin. Indice révélateur d'une sérieuse envie d'en découdre de la part de la formation italienne...
Le groupe interpelle, une fois encore, par sa capacité à aspirer le tympan sans avoir à forcer le trait. Ce que révèlent, en première intention, ses passages rock'n'metal symphonico-progressifs, loin de manquer à l'appel, à commencer par « Nico
Rising », ''lacunacoilesque'' mid/up tempo aux riffs crochetés. Recelant un entêtant refrain mis en exergue par les troublantes oscillations de la sirène ainsi que de soudaines et grisantes accélérations doublées d'un vibrant final en crescendo, l'engageant effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette lignée, on ne saurait davantage éluder le mid tempo progressif « Towards Chang'an » eu égard à l'infiltrant cheminement qu'il nous invite à suivre et à la fluidité de son accélération précédant la chute finale. Mais le magicien aurait d'autres tours encore dans sa manche, et des meilleurs...
Sur un même modus operandi, la troupe a également misé quelques espoirs de l'emporter par le truchement d'amples pièces metal symphonico-progressif. Bien lui en a pris. Ainsi, «
Chasing the Horizon » se pose tel un opulent et solaire élan, dans le sillage du précédent effort ; abondant en coups de théâtre tout en sauvegardant une sente mélodique des plus enveloppantes, où se greffent les ensorcelantes modulations de la diva comme les growls ombrageux d' Emiliano Pasquinelli (Tuchulcha), et inoculée d'un flamboyant solo de guitare à mi-morceau, la petite fresque n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. Par ailleurs, la version remastérisée de « Last
Siren » autorise l'instillation de chœurs au sein d'un break opportun et une plus précoce et substantielle montée en puissance du dispositif instrumental que l'originale, et ce, sans y perdre de son aura mélodique. Et la magie opère, une fois encore.
Lorsque le convoi instrumental ralentit un tantinet sa cadence, le message musical ne se fait guère moins impactant, loin s'en faut. Ce à quoi nous sensibilise, tout d'abord, «
Across the Oceans », enivrant mid tempo dans le sillage atmosphérique de Alterium : pourvu d'enchaînements intra piste ultra sécurisés, mis en habits de lumières par les magnétiques médiums de la déesse et d'un fin picking à la guitare acoustique, ce hit en puissance poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. Dans cette énergie, on ne saurait davantage esquiver «
Freedom », tant pour ses sensuelles portées et son léger tapping que pour son fin legato à la lead guitare.
Quand ils en viennent à tamiser leurs lumières, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre, en premier lieu, « No Banners No
Glory », ample ballade progressive au confluent d'
Autumn et de
Draconian ; un moment ouaté pourvu d'un refrain immersif à souhait encensé, cette fois, par les angéliques ondulations de la coach et vocaliste cinématique Clara Sorace. Instillé parallèlement de growls caverneux, laissant entrevoir une graduelle et poignante densification du corps orchestral et se chargeant en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié ne saurait être esquivé par le féru de moments intimistes. On pourra encore se voir happé par la mélodicité toute de fines nuances cousue dont se drape «
Mother », ''kalidienne'' ballade atmosphérique d'une sensibilité à fleur de peau. Enfin, sous le joug de ses enivrantes séquences d'accords et de son atmosphère empreinte de quelque anxiogène noirceur, la ''draconienne'' ballade progressive « You Who
Dream » poussera, à n'en pas douter, à un headbang subreptice.
Au terme d'un périple dans cette mer limpide à la profonde agitation intérieure, on ressent l'irrépressible envie d'y replonger dès la chute finale amorcée. Ce faisant, un propos varié sur les plans atmosphérique, rythmique et oratoire, diversifiant parallèlement ses exercices de style et bénéficiant à son tour d'une ingénierie du son rutilante, nous est adressé. En dépit de son caractère volontiers tempéré et de schèmes d'accords tendant à se répéter au fil du temps, tant la féconde inspiration mélodique de ses auteurs qu'une technicité instrumentale éprouvée, sans oublier la signature vocale aisément identifiable et des plus troublantes de l'interprète, permettront d'en atténuer les effets. Bref, un cinquième élément aussi racé et enivrant que pétri d'élégance, plaçant dès lors la formation italienne à deux doigts des valeurs de référence de l'espace metal symphonique gothique à chant féminin. Affaire à suivre, donc...
Note : 16,5/20
Excellent groupe que je suis depuis plusieurs années.
Je trouve ta chronique un peu légére face à cette masterpiece mélée de metal/gothic/sympho/... death parfois.
Il faut savoir sortir du métal sympho.
"Mother" est un pur chef d'oeuvre et putain que cet album est bon.
Merci pour ton retour! C'est également un groupe que je suis depuis le début, ayant d'ailleurs publié une chronique pour chaque album sorti. J'apprécie tout ce qu'ils font, sans exception. Sans oublier la sensuelle empreinte vocale de Nicoletta Rosellini qui, à chaque fois, m'emporte.
Pour plus de précision, je classerais ce cinquième élément en tête de liste, avec son prédécesseur ''Leaves Rolling in Time''. Alors pourquoi seulement 16,5 et pas 18 ? Comme souligné en conclusion, certains schèmes d'accords tendent à se répéter et l'album, dans son ensemble, demeure plus tempéré qu'espéré. Il m'a simplement manqué cette petite flamme supplémentaire et un zeste d'originalité pour en faire un opus incontournable, susceptible de placer le groupe parmi les valeurs de référence du metal symphonique gothique à chant féminin. Ce qui ne m'a nullement empêché de classer cet opus parmi les meilleures sorties de l'année 2025. C'est dire!
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