Porté par ses premières esquisses, ayant eu une écho favorable auprès d'un public local encore relativement épars, le combo teuton originaire de Brême revient sur le devant de la scène. Et ce, avec un corpulent album full length de 55 minutes sur lesquelles défilent pas moins de 11 titres, dont 2 repris de son initial et encourageant EP «
The True Bequest » (
2012), peu avant la sortie du plantureux dvd live «
A Symphonic Night of Prog Rock » (2014), joué avec The
Euphobia Orchestra, à Brême, en mars 2013. Bien que n'ayant en rien modifié son style, ni sa recette oratoire cristallisée par un duo féminin fonctionnant tel un tandem évoluant à l'unisson, il semblerait néanmoins que quelques chose a changé...
Officiant toujours dans un metal alternatif empreint de touches folk, pop-rock, hard rock, classique, inspiré par les travaux de Jethro Tull, The Corrs, Blackmore's
Night,
Apparition,
Elane, entre autres, le groupe au line up inchangé (Jana Frank (chant, choeurs et basse), Kaja
Fischer (chant, choeurs, flûte, piano), David Merz (guitare et claviers) et Sascha Barasa Suso (batterie, percussions et choeurs)) entend faire partie des formations montantes de ce registre metal à chant féminin en constante évolution. Son plus sérieux argument repose sur une qualité de production moins approximative, dont un mixage équilibrant davantage les parties instrumentales et vocales entre elles et un indéfectible souci accolé aux finitions. Ce qui a eu pour effet de mettre en valeur une palette étoffée de compositions bien inspirées, plus finement écrites et transpirant d'un travail de cohésion groupale indéfectible, chacun ayant ajouté sa pierre à l'édifice.
Dans l'ensemble, l'opus distille une fraîche et joyeuse énergie, mise en exergue sur certains passages pop metal invitatoires à la captation de nos émotions. Et les exemples tendent à se multiplier, dont quelques tubesques pistes, parfois doublées d'une touche folk, dont le combo semble détenir le secret. Et l'on n'attendra pas longtemps avant d'en être intimement convaincu.
A commencer par le frondeur et engageant «
Sacrifice », se posant comme un titre pop-metal à la touche folk inspirée par les vibes de The Corrs conjointement à une touche de Jethro Tull quant aux flûtesques gimmicks. Ce faisant, il dispatche ses couplets/refrains comme autant d'armes de séduction massive, mises en habits de lumière par l'envoûtant duo féminin, dans le sillage d'
Apparition. Et l'on se surprend à entamer un headbang qu'on ne lâchera plus jusqu'au terme du fringant brûlot.
Plus encore, l'entraînant et mélodieux « Black Bird », déjà présent sur l'Ep et lui aussi dans la veine d'
Apparition, nous conduit en des espaces sécurisés, entretenus par la présence en filigrane de souriants gimmicks à la lead guitare. Dans cette ritournelle rock/metal atmosphérique, le duo féminin ne manquera pas de charmer le tympan, parvenant à nous faire plier l'échine, in fine, sans avoir à forcer le trait. Sur cette piste aux allures d'un hit, si le refrain peut sembler facile d'accès, voire (trop) consensuel, l'écriture des portées de la partition a répondu à un réel souci de précision relative à l'optimale succession des séries de notes. Dans cette salve, on retiendra encore l'aérien et entraînant « I
Trust in You », déployant une souple rythmique pop-rock adossée à une frappe mesurée ne meurtrissant aucunement les fûts, au gré de captatrices ondulations de la flûte corroborées à une lead guitare enjouée. De brefs breaks opportuns s'effacent pour laisser place à une bondissante reprise sur la crête d'un refrain immersif à souhait sur lequel les deux sirènes ne manquent pas de nous happer pour ne plus nous lâcher.
Lorsqu'il accélère la cadence et taille un peu plus dans le vif, le collectif allemand marque aussi quelques points. Ainsi, dans une veine hard rock, le vitaminé et souriant « Monster » envoie ses riffs corrosifs et sa rythmique resserrée sans pour autant perdre de vue une sente mélodique des plus magnétiques, que vient enorgueillir une flûte gracile et bien amenée. Mais c'est surtout sur le fondant refrain que la magie opère, nos deux déesses nous faisant dès lors plier l'échine, harmonisant parfaitement leurs angéliques inflexions calées dans les médiums.
Par moments, nos acolytes ralentissent la cadence du convoi instrumental et nous font comprendre qu'ils en ont encore sous le pied. Et ils nous le prouvent de différentes manières. Aussi, l'engageant mid tempo « On My Way to Bliss », déjà inclus dans la première mouture, estampé pop rock metallisé un poil folk dans la veine de The Corrs, séduit dans tous les espaces où se meuvent les deux déesses. C'est à l'unisson qu'elles nous transportent loin au-dessus du plancher des vaches. Ce faisant, difficile de résister à la charge émotionnelle contenue dans le refrain, même si le couplet n'offre pas la même luminosité mélodique. Un joli solo de guitare et l'apparition d'une flute taquine complètent un tableau riche en couleurs et en nuances. D'autre part, un énigmatique sitar nous introduit dans l'atmosphère orientalisante du bien-nommé « 1001 Nights », hypnotique mid tempo progressif touché par la grâce, tant par les célestes ondulations d'un duo à l'unisson que par les variations d'une flûte et un solo de guitare aux petits oignons. Non sans rappeler l'un des premiers volets de
Xandria avec quelques touches de Blackmore's
Night, ce titre conserve toute sa magie.
Quant aux instants plus intimistes, nos acolytes ne les ont pas omis et témoignent d'une certaine habileté à nourrir leurs mots bleus de notes judicieusement enfilées. D'une part, le doux «
Torn » s'affiche comme une sensuelle ballade où glissent de délicieuses rampes au piano et un picking frelaté à la guitare acoustique. Légère et radieuse, à la manière de The Corrs, cette intimiste plage ajoute une touche folk pour mieux nous retenir. Ce ne sont pas les sulfureuses oscillations de nos deux tentatrices qui nous feront quitter prématurément cet instant de félicité. D'autre part, on frissonne dès les premières mesures de « Euphoria », grisante ballade cadencée, apte à faire chavirer les cœurs en bataille. Dans ce tourbillon de saveurs exquises, à quoi bon résister à l'appel des sirènes ?...
Autre exercice, auquel nous avait déjà conviés l'inspirée sarabande, et qui lui sied à merveille, concerne les plantureuses pièces en actes. Ainsi, le ciel s'obscurcit, l'orage gronde, les éclairs menacent à l'abord de «
Requiem Aeternam », fresque enorgueillie de 9 minutes d'un spectacle à l'atmosphère plurielle, alliant de rappeuses mais souriantes impulsions à une ambiance mixte folk rock/hard rock. Lorsque le convoi orchestral se meut, on ressent toute sa puissance, son élégance progressive et son magnétisme. Un sémillant solo de guitare infiltre les lieux ainsi que d'innombrables et virevoltantes attaques à la flûte au cours d'un pont technique et mélodique de bon aloi. Quant à la brève reprise en voix pleine, elle est tout bonnement féérique, avant qu'une pluie diluvienne ne ferme la marche. Une pièce d'anthologie qui laissera quelques traces dans nos pavillons alanguis.
Le tableau ne serait maculé que de peu de nébulosités en l'absence de plages accusant une baisse de régime. Pour sa part, sur une rythmique syncopée, l'enjoué « In My
Dream » lance ses riffs grésillants sans jamais se départir d'une ligne mélodique invitante, dans l'ombre de The Corrs. Et, une fois de plus, le duo de princesses fait mouche aussi bien sur le couplet que sur l'envoûtant refrain. On regrettera toutefois une conclusion un peu brouillonne et s'étirant le long d'une interminable minute. Pire encore, le frétillant « Good Times Are Now » est à placer en-deçà de ses voisins, eu égard à l'imprécision du cheminement mélodique et à des harmoniques peu probantes. En dépit de son énergie communicative, on comprend que ce morceau aura quelques difficultés à nous retenir jusqu'à la dernière mesure.
Cette offrande recèle donc de sérieux atouts, témoignant d'une progression certaine du niveau de composition, faisant montre de diversité et stimulant assez souvent notre fibre émotionnelle, et octroyant, en prime, une finesse de production encore inédite chez nos compères teutons. Quelques écueils mélodiques et atmosphériques sont encore à éviter pour faire de cette proposition une œuvre irréprochable. Mais, à l'aune de cette substantielle et magnétique livraison, le combo peut déjà se placer dans le carcan des valeurs montantes de ce registre metal, et devrait trouver un écho favorable auprès de nombre d'amateurs de ses sources d'influence. Si l'on ne détient pas encore la perle rare, on s'achemine assurément vers des cieux de plus en plus cléments pour le groupe allemand. Dans l'attente d'une confirmation de ce potentiel par un second album de cet acabit, on pourra se sustenter à l'instar des portées de ces présentes et savoureuses partitions...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire