Desperados

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Nom du groupe Vulcain
Nom de l'album Desperados
Type Album
Date de parution 1985
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album135

Tracklist

1. Blueberry Blues 03:41
2. Richard 04:46
3. Sur la Route 05:27
4. Comme des Chiens 03:22
5. Fuck the Police 03:33
6. Sweet Lorraine 03:56
7. Le Verre de Trop 03:36
8. Si Tu Bats de l'Aile 06:29
9. Pour un Soir 03:07
10. Soldat 04:16
Total playing time 42:22

Chronique @ largod

22 Novembre 2013

Les Daltons au « Phare Ouest »

Tagada tagada voilà les Daltons… Rien que le nombre de participants à cette partie de poker dans un bouge mal famé et sous une lumière blafarde, illustrant cette pochette du second album de Vulcain, m’y ont fait irrésistiblement penser. Pas de bol pourtant, il n’y a que les frères Puzio qui ont un lien familial. Et loin de moi l’idée de vous dire qui de ces 4 lascars sera affublé du prénom de Joe ou d’Averell. Pas fou le Didier, une balle perdue, ça arrive assez souvent dans ces contrées lointaines…

C’est donc dans un esprit de pionniers du Far-West que nos compères reviennent en cette année 1985 nous abreuver de leurs 10 nouvelles compositions.
Comme à son habitude, et oui à partir de deux ça compte, le nectar fleure bon le whisky et la graisse pour perfecto en cuir. Avec un poil plus de moyen pour la production, le groupe s’affirme dans un registre dont la recette de base ne varie plus trop. La construction des morceaux se charpente autour d’une ossature rock solide et vitaminée ainsi qu’autour d’une durée n’excédant que très rarement les 4 minutes. L’effet coup de poing de « Rock’ roll secours » n’a pas complètement disparu, disons que Vulcain aborde toujours les thématiques classiques de la picole, des filles, des potes, de la moto et de la vie sur la route avec cette spontanéité et cette honnêteté qui feront de leur légende une quasi réalité.
A l’écoute de cet opus, l’auditeur se rend très vite compte que l’addiction rode, dès lors que l’on aime taper du pied et se défouler les cervicales. Le second constat réside aussi dans l’apport d’un guitariste rythmique aussi précieux que Didier Lohezic à varier les ambiances et laisser Daniel Puzio, déjà occupé à envoyer ses textes sans concession ni finesse excessive, alterner entre intervention de tronçonneuse et toucher de bluesman à la réelle sensibilité.

Ce Desperados est d’abord un salut fraternel à leur premier batteur, Richard, parti quelques mois plus tôt après un accident mortel en moto. Le blues-rock « Richard », savamment placé en second titre de la face 1, transpire l’émotion et vous prend aux tripes dès l’entame à l’harmonica. Le rythme lourd et sauvage renforce le sentiment de désespoir mais aussi de colère à voir partir un ami proche. Daniel nous gratifie d’un chant posé et clair avant de lâcher un toucher bluesy sur son solo et de participer à un bref et intense échange avec l’harmonica en guise d’outro. Chienne de vie.
Le poste de batteur désormais occupé par Marc Varez semble marqué par le destin. Alors que le maxi 45 tours « La Dame de Fer » est mis en boite peu de temps après le premier album, Franck Vilatte (RIP), puncheur de folie derrière ses fûts, quitte l’aventure suite à des problèmes personnels. Le chanteur de Satan Jokers, Pierre Guiraud, propose alors au groupe en pleine audition de candidats à ce poste le minot de 20 piges Marc Varez, qui après avoir fait brièvement ses armes à la guitare s’est reconverti sur le tabouret du forgeron. En cet hiver 84/85 glacial, l’osmose se fait pourtant grâce à un partage de goûts musicaux communs mais aussi au talent de gros frappeur du gamin.

Vulcain s’essaye à nouveau avec « Si tu bats de l’aile » au style blues-rock, assommé par une rythmique lourde, lente et épaisse. La mélancolie du morceau tranche avec le chant de Daniel anormalement rugueux qui amène à la conclusion qu’il n’est pas fait pour chanter des ritournelles sirupeuses. Pour en témoigner son « oh mon Dieu qu’t’es belle » en milieu de morceau ferait fuir la plus téméraire des employées de bordel du Tennessee. Mention spéciale à Didier Lohezic, dur au mal et précis dans sa ligne mélodique, et aussi au feeling blues de Daniel, impressionnant de sensibilité dans son toucher, comme son frangin qui tricote sur sa Rickenbacker comme Ma Dalton tricote une écharpe pour son grand dadais de fils.

Le rythme s’accélère progressivement avec deux mid-tempi lorgnant fort vers un speed chromosomique.
Tout d’abord, « Comme des chiens » vous déboule dessus avec une ligne de basse de cuirassé lancé à vive allure. Le riffing à peine en retrait donne à ce morceau abordant la misère sociale une teinte de rock nerveux et teigneux comme un pitbull enragé. La grosse rythmique à la Lemmy propulse le pamphlet rebelle et anarchiste « Soldat » sur des bases d’urgence et de headbanging communicatives. A l’époque, la conscription n’a pas laissé de souvenir mémorable à ceux passés sous les drapeaux. Dommage d’ailleurs que ce vecteur d’intégration ait disparu, il avait au moins l’intérêt de la mixité sociale. Alors Daniel prend un malin plaisir à hurler « J’t’ai jamais dit que je voulais apprendre à tuer » ou « A quoi ça sert d’avoir des militaires, comme dirait l’autre, faites l’amour et pas la guerre ». En attendant, pas d’ordre, de contre-ordre ou de désordre, Marc donne le tempo sur la double et le déluge de décibel n’a rien à envier à un feu nourri de chars Leclerc.

Pour parachever le reste de l’album, Vulcain balance son speed-rock si personnel qui peu à peu les distingue singulièrement d’une vulgaire copie de Mötörhead.

Il suffit de poser la pointe du diamant sur la première piste pour s’en persuader. Ça flingue d’entrée avec un « Blueberry blues » passé à la postérité. Tchou tchou, go ! Le riff sec et empesé claque dans l’air, alors que la gifle de Marc Varez sur ses peaux et la basse de terrassier de Vincent finissent par vous ancrer la mélodie lancinante au fin fond du cerveau. Quel break et quelle chevauchée fantastique pour nos quatre cavaliers frenchies ! Il n’y a pas que Chihuahua Pearl qui soit tombée sous le charme de ce titre tonitruant, gorgé d’énergie.
Double grosse-caisse en avant et basse nucléaire en soutien, « Sur la route » propose les ingrédients de l’hymne repris à gorge déployée par un public en folie. Ce refrain chanté ou hurlé suivant les envies de chacun rappelle les plaisirs de la vie des groupes allant prêcher leurs bonnes paroles quelque part dans le Phare Ouest à la Française. « Un dernier accord et demain on remet ça, une dernière bière au bar et demain on remet ça » se fracasse sur une orgie de décibels balancés à la vitesse grand V. Jouissif !
La seconde perle de ce Desperados est sans aucun doute le tonitruant « Fuck the police ». En ce milieu des années 80, la répression Pasqua née lors de la première cohabitation Mitterrand-Chirac faisait régulièrement débat. Alors que l’attaque de basse clouerait un bœuf contre une porte de grange à foin Texane, le rythme appliqué par Didier Lohezic cristallise assez bien ce caractère d’urgence au morceau. Le riff abrasif, survolé par les petits arpèges de Daniel, permet à ce dernier de beugler son texte avec le délicatesse d’un rhinocéros en rut.

A l’instar de son premier album, Vulcain nous rend addictif à son style rustique et simple mais d’une efficacité diabolique.
Avec « Le verre de trop », le groupe met en garde ses troupes sur le penchant pour la divine bouteille et les limites à ne pas dépasser, qui débouchent si souvent sur un drame. Les quatre musiciens nous servent, poignée à fond, un speed bien bâti dans une débauche sonore mais une belle musicalité où les guitares incisives et la basse meurtrière se taillent la part du lion.
Dans tout bordel, il ne faut pas oublier de rendre aussi hommage aux femmes de petite vertu, thème abordé par les deux derniers titres de cette galette.
« Sweet Lorraine » fait à nouveau dans le speed tribal bercé par une belle énergie insufflée par Didier Lohezic. « Toutes les filles de sa race ont une sacrée audace, pour suivre leur destin elles se retrouvent en masse, dans les rues face à face et nous montrent leurs seins » fait dans le lyrique tout comme le refrain, simple et entrainant.
Rien de tel pour finir qu’un petit coup de fin de soirée. Allusion qui nous est racontée dans « Pour un soir », sur lequel (voire laquelle) Marc Varez lâche la vapeur. Le compte-tour entre dans la zone rouge grâce encore au travail de sape de Vincent sur ses quatre cordes fumantes et un riffing inspiré et rageur. Daniel s’avère encore à nouveau à l’aise dans ses soli qu’il partage astucieusement avec son compère Didier.

Deuxième round pour Vulcain et deuxième sentiment d’être passé dans un tambour de machine à laver en plein essorage après l’écoute de l’album. Sans temps mort ni trompette, le groupe arrondit les angles et bâtit sa réputation, si elle était encore à faire, sur une capacité naturelle à jouer un rock particulièrement couillu et galvanisant.
Guidés par un fil invisible, leur entente va bien au-delà du partage d’affinités musicales.
Finalement, on est plus très loin des 4 frères Dalton écumant notre Phare-Ouest national à grandes décharges de décibels.


Didier – Novembre 2013
J’ai toujours rêvé de vacances aux Seychelles
Et de plages dorées

23 Commentaires

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choahardoc - 27 Novembre 2013: Une chro passionnante , Didier, une de plus et pour un skeud de surcroît classique au point d'être inusable!
ZazPanzer - 06 Décembre 2013: Merci Didier pour tes dernières chroniques, retour en force à l'image de ce Desperados ! Difficile de rajouter quelque chose car l'analyse est sans faille; juste un truc peut-être, j'ai jamais pu blairer l'armée ni les militaires et je remercie Chirac d'avoir fait sauter la conscription ! Et j'adore donc bien entendu ce "Soldat tire toi d'ici ! Barre toi !" au feeling so Motörhead.
largod - 07 Décembre 2013: Merci pour tous vos commentaires. Promesse de Mitterrand tenue par Chirac, la fin de la conscription aura laissé des avis divers mais on se remémore les souvenirs "d'armée" avec plaisir parfois
Hardos1984 - 23 Décembre 2018:

Le meilleur album du groupe très nettement avec rock n ' rool secours juste derrières qui ne démérite absolument pas , la plus belle epoque et du groupe et du hard  français egalement 

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