Dangerous Curves

Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
17/20
Nom du groupe Lita Ford
Nom de l'album Dangerous Curves
Type Album
Date de parution 1991
Produit par Tom Werman
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album90

Tracklist

1. Larger Than Life 03:56
2. What Do You Know About Love ? 03:54
3. Shot of Poison 03:32
4. Bad Love 04:20
5. Playin' with Fire 04:06
6. Hellbound Train 06:10
7. Black Widow 03:33
8. Little Too Early 02:58
9. Holy Man 04:43
10. Tambourine Dream 04:53
11. Little Black Spider 01:48
Total playing time 43:47

Chronique @ PhuckingPhiphi

04 Novembre 2020

Le virage – ou plutôt d’absence de virage – des années 90

Après s’être imposée au sein de la scène Hair Metal au point d’en être devenue l’une des icônes, la guitariste chanteuse Lita Ford doit, comme nombre de ses consœurs et confrères, négocier le virage des années 90. Et de virage – ou plutôt d’absence de virage –, il va justement en être question avec ce nouvel album, le cinquième de sa carrière solo, le fort bien nommé “Dangerous Curves”.

Comme pour son prédécesseur “Stiletto”, qui reprenait dans les grandes lignes les schémas ayant conduit l’album “Lita” sur le chemin du succès, le choix est fait de rester dans une certaine zone de confort pour tenter, une fois encore, de séduire les masses par un Hard FM aussi allègre que fédérateur. Symboles de cette continuité, David Ezrin et Myron Grombacher accompagnent la blondinette pour la troisième fois consécutive, respectivement aux claviers et à la batterie. Nouvel arrivant, Matt Bissonette prend la basse en main alors qu’un second guitariste fait son apparition en studio – événement inédit – en la personne de Joe Taylor. Sans doute dans un relatif soucis de renouvellement, Mike Chapman cède sa place de producteur à Tom Werman, dont l’impressionnant CV peut être vu comme l’assurance d’un carton commercial à l’arrivée.

À l’arrivée, justement, hé bien… Mouais, bof. Difficile de pointer précisément du doigt un défaut dans ce “Dangerous Curves”, tant il s’avère dans la continuité de ses deux prédécesseurs. Style analogue, production comparable (même si on peut naturellement y déceler quelques nuances, changement de producteur oblige), mêmes thématiques dominées par l’amour, le sexe, tout ça quoi… Mais le tout avec, il faut bien le reconnaître, des mélodies et des refrains nettement moins accrocheurs que sur “Lita” et “Stiletto”. Malgré l’abondance de compositeurs qui, cette fois-encore, encombrent les crédits de l’album, on cherche désespérément l’équivalent d’un tube comme “Kiss Me Deadly”, “Close My Eyes Forever” ou même “Hungry”. Ho, certes, “Shot of Poison”, “Holy Man” ou “Playin’ With Fire” recèlent un certain potentiel, mais l’impression de déjà-entendu qu’ils dégagent leur coupe les ailes à peine sortis des enceintes. “Larger Than Life”, qui ouvre le bal, envoie les watts avec le minimum syndical de conviction, tout comme “Hellbound Train” et son intro-locomotive, mais on se surprend quand même par moment à étouffer un bâillement. La ballade “Bad Love” n’est pas désagréable non-plus, mais sonne comme l’intro de “Falling in and Out of Love” étirée à outrance et peine à rivaliser avec les slows des deux précédents albums. “Black Widow”, qu’on aurait pu prendre pour un clin d’œil à l’agressivité des débuts, est une déception, tout comme “Little Too Early” ou “Tambourine Dream”, qui s’oublient sitôt écoutées. “Little Black Spider”, petit instrumental placé en conclusion, demeure plaisant, quoique fort anecdotique.

D’une certaine manière, nonobstant sa production moderne (pour l’époque) et ses arrangements soignés, “Dangerous Curves” ranime donc les spectres de l’époque “Out for Blood”/“Dancin’ On The Edge”, lorsque Lita Ford diluait son indéniable talent dans des compositions quelconques, produisant un Rock/Métal sans grande personnalité ni éclat. Sans doute aussi le rôle de chaudasse ne pensant qu’à la bagatelle, dans lequel la musicienne se complaît encore, commence-t-il à agacer de la part d’une artiste qui, du haut de ses 33 ans, pourrait peut-être commencer à aborder des sujets plus matures. Peu convaincu et/ou lassé, le public ne réserva pas un accueil très enthousiaste à “Dangerous Curves”, dont la seule courbe dangereuse fut celle des ventes : 132e place au Billboard, amère déception pour celle qui, trois ans auparavant, caracolait dans le Top 30 et arrivait même à placer ses singles dans le Top 10.

Avec de meilleures compositions ou une évolution plus audacieuse de son style, Lita Ford aurait-elle pu réussir son coup et regagner sa place dans le haut des classements ? Pas sûr… Le 12 novembre 1991, jour de la sortie de “Dangerous Curves”, un séisme venait de se produire dans le paysage musical mondial : ce séisme, c’était le single “Smells Like Teen Spirit” d’un certain Nirvana, sorti deux mois plus tôt et annonciateur du tsunami Grunge. En quelques mois, celui-ci allait durablement réinitialiser toute l’industrie du Rock, condamnant le Hard FM et ses représentants à plus d’une décennie de traversée du désert, dont beaucoup ne se relèveront pas. Sorti à contre-temps et mal armé pour se défendre, “Dangerous Curves” n’avait tout simplement pas ses chances.

Passé cet album, l’auteur de ces lignes lâchera la carrière de la guitariste aux cheveux de feu, du moins jusqu’à un jour lointain de 2012 où elle opérera un come-back réussi avec l’album “Living Like a Runaway”. De la période obscure survenue entretemps et qui effacera de la carte nombre de vedettes des glorieuses eighties, il ne sera donc pas question ici, et nous laissons à d’autres le soin de s’en faire les témoins.

Falling in and Out of Love, Lita.

14/20

4 Commentaires

10 J'aime

Partager
frozenheart - 04 Novembre 2020:

Excellente chronique qui reflète très bien mon ressenti vis-à-vis de cet album que je trouve tout de même meilleurs que Stiletto, mais pas aussi bon que le Lita de 1988. Bref le télétravail à ce niveau-là (5 albums d'un coup) devrait être interdit.

Encore merci pour le texte l'ami.

ZazPanzer - 05 Novembre 2020:

Merci Phiphi pour cette instructive et jubilatoire anthologie de la belle Lita. Plutôt d'accord avec toi dans l'ensemble bien qu'ayant débuté avec ce DANGEROUS CURVES acheté totalement au pif au défunt Master Of Rock dans le 17ème, je lui garde un attachement tout particulier. Pour moi c'est l'équivalent du Trash de Cooper et cela reste l'album que je préfère, Lita 88 arrivant évidemment juste derrière. Les deux premiers sont anecdotiques mais bien dans leur époque et donc sympas; par contre je n'ai jamais réussi à accrocher à Stiletto au point que je l'avais même revendu. Je n'ai jamais écouté le 2012 dont tu parles, tu as aiguisé ma curiosité !

adrien86fr - 07 Novembre 2020:

Suberbe Grand Chelem, merci Phiphi pour ce Cinq à la suite absolument passionnant articulé autour d'une prose pleine d'esprit sur les albums classiques de la blonde fatale à la BC Rich.  Je ne possède que le très convaincant Lita et les autres devraient suivre à l'avenir, avec une curiosité personnelle particulière pour le Out For Blood et son visuel indéniablement Waspien. Si je peux me permettre un commentaire digressif people sur la grande et sensuelle native de Londres justifié par ma surprise, je suis bluffé après recherches quant au nombre de boyfriends renommés qu'elle a eu dans le Milieu. (merci au site ô combien existentiel et spirituel www.whosdatedwho.com) 

darkstef - 07 Novembre 2020:

Certes moins bon que les 2 précédents, mais je l'apprécie quand même, notamment black widow, contrairement à toi.

merci pour la chro.

    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire