Trois années soufflées déjà depuis leur encourageant EP «
Helena de Troya »... Ce qui ne signifie nullement que le collectif vénézuélien soir resté terré dans l'ombre ce laps de temps durant, loin s'en faut ! Créé par l'auteur-compositeur, pluri-instrumentiste et vocaliste Sting Weiss (The
Wizard,
Dragon Blanco, Sulgogar), avec le concours de la batteuse Ana Alvarez, il y a maintenant 13 ans, le combo est précisément connu pour se laisser le temps nécessaire à la maturité de ses gammes avant de se (re)lancer dans l'arène. Ce faisant, ce dernier réalisera deux singles («
Pandora », en 2023, suivi de «
Final Light », fin 2024), soit deux des huit pistes que compte «
Clitemnestra », une auto-production n'affichant guère plus de 30 minutes au compteur ; une œuvre consacrée à Clytemnestre, l'un des personnages de la mythologie grecque, qui était la demi-sœur d'Hélène de Troie et l'épouse du roi Agamemnon.
Dans cette perspective, l'équipage du dernier opus a subi quelque remaniement. Aux côtés de Sting Weiss évoluent désormais : Gina Bafile (
Darkyra Black), en remplacement d' Ysis Vivas, en qualité de frontwoman ;
Islander Boza, en lieu et place de TJ Richardson, aux guitares ; José Mendoza (Jihad,
Raza Sur) à la basse. De cette collaboration émane un propos rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, atmosphérique et opératique à chant féminin lyrique, soit à quelques encâblures du précédent effort, ayant, lui, reposé sur le schéma oratoire de la Belle et la Bête. Dès lors, ce serait davantage dans le patrimoine compositionnel de
Nightwish,
Xandria,
Sirenia,
Dark Sarah,
Theatre Of Tragedy et
Delain que dans celui de
Draconian ou
Tristania que la troupe puise aujourd'hui les sources de son inspiration. A la lumière d'un élan jouissant d'une production de bonne facture, d'arrangements orchestraux finement esquissés, d'une technicité instrumentale et vocale bien huilée et de mélodies aussi enivrantes que délicatement accouchées, il semble que le combo place désormais plus haut la barre de ses exigences propres. De quoi nous intimer de le suivre dans ses pérégrinations...
C'est à l'aune de ses passages les plus enfiévrés que le combo marquera ses premiers points, et non des moindres. Ce qu'atteste, en premier lieu, « Clytemnestra », aérien et entraînant up tempo pop metal symphonique aux riffs effilés et voguant sur d'ondoyantes rampes synthétiques ; à mi-chemin entre
Xandria et
Delain, le grisant effort recèle un refrain immersif à souhait mis en exergue par les angéliques inflexions de la sirène ainsi qu'un vibrant solo de guitare. Bref, une ''tubesque'' offrande que l'on ne quittera que pour mieux y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité. Générant une énergie aisément communicative, octroyant de nombreuses péripéties ainsi qu'un seyant et substantiel solo de guitare avant la chute finale, le théâtralisant et ''sirénien'' «
Pegasus » pourra, à son tour et sans ambages, se jouer de toute tentative de résistance à son assimilation. Dans cette mouvance, l'opératique « Achilles », quant à lui, dissémine son léger mais martelant tapping. S'il concède une tenace répétibilité de ses complexes arpèges d'accords, l'énigmatique propos se voir investi des poignantes oscillations de la déesse. Et la sauce prend, in fine. Difficile, enfin, de se soustraire au seyant paysage de notes comme des puissants coups d'olives nourrissant « The Golden Goose » ; recelant d'insoupçonnées accélérations tout en sauvegardant une mélodicité toute de fines nuances cousues, l'échevelant up tempo dans la veine de
Theatre Of Tragedy poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée.
Quand il ralentit un tantinet le rythme de ses frappes, l'inspiré quartet parvient non moins à nous retenir plus que de raison. Ce à quoi nous sensibilise, tout d'abord, «
Pandora », mid tempo rock'n'metal symphonique et opératique aux riffs crochetés, ''nightwishien'' en l'âme ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les saisissantes envolées lyriques de la mezzo-soprano tout en évoluant sur d'oscillantes nappes de claviers, ce hit en puissance ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait davantage éluder « The
Paris Trial », chavirant et ''symphonisant'' mid tempo dans le sillage coalisé de
Dark Sarah et
Nightwish, et ce, tant au regard de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre qu'en ce qui a trait à la qualité de ses arrangements orchestraux. On pourra encore se laisser happer à la fois par les soubresauts percussifs, des portées finement sculptées et des plus enveloppantes, et par le caractère enjoué du ''nightwishien'' «
Final Light ». Et comment, enfin, ne pas se sentir porté par les vibes enchanteresses insufflées par «
Jadis - The Queen of Charn » ? Instillé de délicats et mélodieux clapotis synthétiques et reposant sur des enchaînements intra piste ultra sécurisés, ce sensuel mid tempo la croisée des chemins entre
Theatre Of Tragedy et
Dark Sarah laissera à n'en pas douter quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon.
Résultat des courses : à l'instar d'une œuvre aussi engageante que pulsionnelle, bénéficiant d'une ingénierie du son de bonne facture, et se savourant à chaque fois davantage au fil des écoutes, le quartet vénézuélien détiendrait quelques atouts pour faire de lui un outsider avec lequel la concurrence devra composer. Ce faisant, le combo sud-américain confirme le potentiel technique pressenti à la lecture de ses premiers mouvements, affine encore un peu plus le trait mélodique tout en faisant montre de lignes de chant et d'arrangements difficiles à prendre en défaut.
D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré des exercices de style plus variés qu'ils n'apparaissent, ballades, fresques, instrumentaux et autres duos manquant à l'appel. De plus, des sources d'influence encore insuffisamment digérées et des prises de risques encore timides sont des carences déjà observées naguère, à dépasser dorénavant pour espérer voir nos belligérants guerroyer plus sereinement encore dans cette arène. N'accusant pas l'once d'un bémol harmonique ni une quelconque zone de remplissage, et au regard des qualités sus-mentionnées, ce rayonnant opus réserve cependant de bien agréables mesures. Bref, changement de cap pour de plus radieuses contrées...
Note:14,5/20
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