Entre les néons de Tokyo et la rudesse des pavés parisiens,
Rise Of The Northstar a bâti un univers unique, là où le hardcore rencontre le manga, où la rage occidentale dialogue avec l’imaginaire nippon. Chez eux, le Japon n’est pas un simple décor exotique mais une véritable colonne vertébrale artistique : entre des codes visuels hérités du shōnen et des références au bushidō, symbolique des guerriers modernes, tout concourt à forger une identité immédiatement reconnaissable.
Plus qu’un groupe, ROTNS est une passerelle entre deux mondes, une collision culturelle où l’énergie brute du hardcore et de la fusion se nourrit autant de riffs massifs que d’honneurs, de détermination et d’esthétique urbaine japonaise, une formation qui ne se contente pas d'être agressive mais qui raconte aussi un imaginaire, un combat, une vision.
Les premiers pas discographiques du quintet parisien restent indissociables de l’impact provoqué par
Welcame. Avec ce premier long format, le groupe déboule sans détour armé d’un hardcore frontal, nourri de beatdown, de rap et d’une imagerie japonaise déjà omniprésente. L’album frappe fort, impose une identité immédiatement reconnaissable et installe nos musiciens comme une formation à part sur la scène hexagonale, capable de faire cohabiter puissance brute et culture manga avec une étonnante évidence.
La suite sera plus contrastée.
The Legacy of Shi marque une volonté d’élargir l’horizon, avec une production plus ambitieuse et une approche parfois plus hybride, mais aussi plus hésitante. Si l’intention est louable et certaines compositions gagnent en ampleur, l’équilibre entre hardcore, metal et influences urbaines se montre parfois fragile au point de diluer l’impact qui faisait la force des débuts.
Showdown prolongera cette dynamique en cherchant à affiner la formule, entre maturité sonore et fidélité aux racines, sans jamais totalement retrouver l’urgence viscérale de
Welcame.
Avec Chapter 04 :
Red Falcon Super Battle !
Neo Paris War !!, notre collectif amorce un virage stylistique bien plus net que sur ses précédentes productions. Dès les premières écoutes, la direction artistique s’oriente clairement vers une fusion plus assumée entre metalcore et rap metal/neo metal. Ce choix n’est aucunement le fruit du hasard puisque la production a été confiée à Florent Salfati (
Landmvrks) dont l’influence se ressent aussi bien dans l’approche rythmique que dans la dynamique générale des compositions. Là où nos artistes pouvaient auparavant osciller entre plusieurs esthétiques sans toujours réussir à les faire cohabiter naturellement, ce nouvel opus affiche une ligne directrice beaucoup plus lisible, plus compacte, presque calibrée pour l’impact immédiat.
Cette orientation se matérialise notamment par une accentuation des grooves, un travail plus appuyé sur les syncopes et une place plus franche accordée aux influences urbaines. Les riffs gagnent en efficacité, souvent moins complexes mais plus percutants, tandis que le mixage met en avant une lourdeur très moderne, compressée, massive, assez typique des standards actuels du metalcore. Les inspirations rap/neo metal, longtemps restées dans l’
ADN du groupe sans toujours dominer le propos, deviennent ici des piliers à part entière de l’identité sonore de l’album.
Le morceau
Back 2 Basics, sur lequel Florent Salfati apparaît également en tant qu’invité, agit presque comme un manifeste de cette nouvelle ère. Tout y est pensé pour le choc frontal grâce à un riffing simple mais contagieux, un flow vocal plus marqué ainsi qu’une alternance permanente entre véhémence et accroche mélodique. Le titre pourrait résumer à lui seul l’intention du disque, à savoir un retour à une forme primaire de violence, le tout sous une impulsion contemporaine, ultra-saturée et globalement maîtrisée. Cette métamorphose retentit comme une manière pour notre troupe de moderniser son crossover sans renier ses fondations.
Cette volonté de transformation se manifeste de façon encore plus éclatante sur
Falcon qui est sans nul doute l’un des morceaux les plus révélateurs de cette nouvelle ère. Pour la première fois dans la discographie du groupe, le chant clair s’invite de manière frontale dans le refrain et apporte une dimension harmonieuse inédite à leur univers. Loin d’être un simple artifice, cette ouverture vocale s’intègre avec une étonnante fluidité dans la structure du morceau et renforce même son potentiel fédérateur sans en atténuer l’impact.
Sur le plan instrumental, la composition puise ouvertement dans les codes du metalcore le plus traditionnel. Le breakdown, lourd, appuyé, presque scolaire dans sa conception, s’inscrit dans une logique d’efficacité immédiate, pensée pour les prestations lives. Et comme un clin d’œil assumé à cette filiation, le groupe ose même glisser un “BLEGH” aussi attendu qu’inattendu dans son propre univers, symbole fort de cette hybridation entre héritage hardcore, metalcore et nouvelles aspirations élégantes.
Dans un registre différent, le combo s’aventure également dans un rap plus posé avec Under et 75 Outro, deux titres issus de la collaboration avec Florent Salfati. Portés par des instrumentaux aux sonorités volontairement rétro, presque old-school, ces morceaux offrent une respiration plus citadine, moins frontale, qui tranche avec la violence globale de l’album.
Mais à force de vouloir embrasser des codes plus actuels,
Rise Of The Northstar se heurte parfois aux écueils d’une écriture trop formatée.
Nemesis illustre parfaitement cette limite. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour en faire un titre percutant entre une montée en tension progressive, un refrain accrocheur et un breakdown pensé pour frapper fort. Pourtant, la structure du morceau demeure excessivement quadrillée, presque scolaire dans son déroulement. La panne souffre de cette surenchère car là où il devrait apporter une libération de la colère accumulée, il paraît cette fois-ci trop appuyé, trop démonstratif au point d’en devenir presque caricatural dans son intention. Heureusement, le morceau est en grande partie sauvé par la prestation vocale d’Aaron Matts (ten56.), dont l’intervention se révèle tout simplement ébouriffante.
Quant à des titres tels que Solitary Homeboy, nos parisiens semblent malheureusement renouer avec certains travers qui l’accompagnent depuis ses tout débuts. En premier lieu, l’accent français très marqué de Vithia, qui peut faire partie du charme pour certains, peine ici à servir la crédibilité et la portée émotionnelle du titre. Couplé à un lyrisme particulièrement limité, presque rudimentaire, le propos s’en trouve appauvri et donne l’impression d’un discours figé dans le temps, incapable de se renouveler pleinement.
Dans le cadre précis de cette composition, l’intégration du shamisen est un choix instrumental audacieux mais discutable. Sur le papier, l’idée est séduisante et s’inscrit parfaitement dans l’amour revendiqué du groupe pour la culture japonaise. L’intention est noble, presque symbolique. Pourtant, dans le contexte très urbain du morceau, ces sonorités nippones paraissent maladroitement greffées, comme plaquées sur l’instrumental sans réelle cohérence avec l’atmosphère générale. Le contraste entre cette touche traditionnelle et l’esthétique street du titre crée un décalage qui rompt d’une certaine manière l’immersion plutôt qu’il ne l’enrichit.
Chapter 04 :
Red Falcon Super Battle !
Neo Paris War !! confirme l’identité singulière de
Rise Of The Northstar, cette fois-ci entre hardcore, metalcore, rap metal et culture japonaise. Ce quatrième album se distingue notamment par une production massive et une énergie constante. Malheureusement, ses idées restent parfois trop cadrées et certains choix artistiques peinent à convaincre. Le quintet parisien signe un nouveau disque inégal qui propose des pistes intéressantes et quelques réussites notables mais qui parvient qu’à de rares moments à exploiter tout son potentiel. L’œuvre montre tout de même que le groupe conserve sa personnalité mais laisse percevoir qu’un véritable cap comme sur
Welcame reste à franchir.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire