Il est parfois des concours de circonstances des plus improbables pour que naisse un projet musical, à l'instar de celui de ce trio fino-colombien. Créé en 2015 sous l'impulsion de la chanteuse chilienne Caterina Nix (
Aghonya), le-dit projet vit cependant le jour grâce à un certain
Timo Tolkki, compositeur, pluri-instrumentiste et vocaliste chez
Timo Tolkki's Avalon,
Allen-Lande,
Ring Of Fire, ex-
Stratovarius, ex-
Revolution Renaissance, entre autres. Séduit par les prouesses vocales de la sensible et charismatique vocaliste lors de l'une de ses tournées en Amérique du Sud, Timo décida d'écrire et produire leur premier et présent album studio, «
Chaos Magic », une galette généreuse de ses 51 minutes sortie chez le puissant label italien Frontiers Music l'année même de sa fondation. Et ce, un an à peine suite à la réalisation de « Angels of the
Apocalypse », second album full length de
Timo Tolkki's Avalon, où la frontwoman y fit déjà une apparition remarquée.
Dans ce dessein, aux côtés de Timo et Caterina, évolue l'expérimenté batteur Jami Huovinen (
Ring Of Fire,
Sentiment, ex-
Allen-Lande). De cette étroite collaboration naît un propos metal mélodico-symphonique aux relents heavy, progressif et alternatif, non sans rappeler
Delain,
Sirenia,
The Murder Of My Sweet,
Diabulus In Musica,
Bare Infinity,
Within Temptation, entre autres. Co-produit par Timo et Serafino Perugino, co-géniteur avec son propre père, Fernando, de Frontiers Music, en 1996, l'album jouit d'une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut et d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. Quant à l'artwork d'inspiration néo-romantique de la cover, la troupe l'a confié au graphiste italien Nello Dell'Omo, connu pour avoir oeuvré à cet effet pour
Sunstorm,
Mind Key,
Soul Secret,
Stryper parmi tant d'autres. Il semblerait que le trio a d'entrée de jeu placé haut la barre de ses exigences propres. Aussi, suivons-le sans plus attendre dans ses pérégrinations...
Le combo ne tarde pas à dévoiler de sémillants arpèges d'accords, à commencer par ses passages les plus enfiévrés. Ce qu'attestent, tout d'abord, « I' Alive » et « One Drop of
Blood », entraînants et ''delainiens'' efforts metal symphonique tous deux dotés d'un refrain catchy qu'encensent les puissantes et claires inflexions de la belle. On ira également poser une oreille attentive sur « The Point of
No Return », un vivifiant manifeste dans le sillage de
Lunatica, pourvu de riffs crochetés et greffé sur une sente mélodique des plus enivrantes. Dans cette énergie, on retiendra encore le ''sirénien'' «
Dangerous Game » comme le ''xandrien'' « A Little Too Late » tant pour la qualité de leurs enchaînements intra-piste qu'au regard de leurs couplets des plus magnétiques. Mais le magicien aurait encore quelques tours dans sa manche, et des meilleurs...
Quand il ralentit un tantinet le rythme de ses frappes, le trio trouve à nouveau matière à nous assigner à résidence. Ce qu'illustre, d'une part, «
Seraphim », mid tempo metal symphonico-atmosphérique dans la lignée d'un
Within Temptation de la première période. Mis en habits de lumière par les limpides volutes de la sirène, couplets finement ciselés et refrains immersifs à souhait glissent avec célérité dans nos tympans alanguis. On s'orientera, d'autre part, vers «
Dead Memories », un engageant et ''sirénien'' mid tempo aux délicats arpèges au piano, ou encore vers « Passionflow », un orientalisant low/mid tempo dans la lignée coalisée de
Delain et d'un
Epica des premiers émois, et ce, en dépit d'une tenace répétibilité relative aux accords dont se nourrit un refrain résolument linéarisé. Et comment ne pas se sentir porté par les vives enchanteresses jaillissant des entrailles de « Right Now », tubesque mid tempo apparenté, quant à lui, à
Bare Infinity?
Lorsque les éclairages se font tamisés, nos acolytes nous adressent par là même leurs mots bleus les plus sensibles, avec, pour effet, de générer cette petite larme au coin de l'oeil que l'on tenterait bien d'esquiver, en vain. Ainsi, l'émotion sera-t-elle au rendez-vous de nos attentes sous le joug de « From the Stars », une ballade romantique jusqu'au bout des ongles, glissant le long d'une radieuse rivière mélodique et mise en habits de soie par les angéliques modulations de la maîtresse de cérémonie ; un instant privilégié que n'auraient nullement reniée ni
Delain, ni
Xandria. Pétrie d'élégance et d'une sensibilité à fleur de peau, « Please Don't Tell Me », elle, se pose telle une subtile ballade atmosphérique dans la veine de
Diabulus In Musica, dont les caressantes oscillations oratoires et les ondulations d'une flûte gracile se joueront de toute tentative de résistance à son assimilation.
En définitive, l'inspiré trio nous plonge au cœur d'un réjouissant paysage de notes sans pour autant avoir cédé aux chimères d'une outrageuse accessibilité de ses gammes. Nous livrant une œuvre à la fois volontiers vitaminée, solaire, empreinte de subtilités et un brin romantique, diversifiée sur le plan rythmique, ne concédant pas l'once d'un bémol harmonique qui en ternirait le propos, jouissant en prime d'une production d'ensemble rutilante, le groupe envoie dores et déjà un message fort à la concurrence. Ce dernier devra toutefois digérer suffisamment ses sources d'influence pour rendre son message musical artistiquement et conceptuellement moins emprunté qu'il ne l'est, et consentir à l'une ou l'autre prise de risque pour impacter plus largement un auditorat déjà acquis à la cause de ses maîtres inspirateurs. Mais la troupe a encore bien le temps de peaufiner ses arpèges, d'ouvrir plus large le champ des possibles stylistiques et de venir nous surprendre. Quoi qu'il en soit, elle nous octroie dès lors un fringant et sensible mouvement en guise de message introductif, synonyme de débuts prometteurs. S'agit-il là d'un préalable à une aventure au long cours ? L'avenir seul nous le dira...
Note : 14,5/20
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