Boudika

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Nom du groupe Boudika
Nom de l'album Boudika
Type Album
Date de parution 14 Décembre 2015
Style MusicalMetal Symphonique
Membres possèdant cet album4

Tracklist

1. Forgotten Hope 04:32
2. Dark Side 04:52
3. Mother of Dragons 05:15
4. Fire with Fire 03:52
5. Mystic River 02:57
6. Winter Wolves 03:29
7. Lady of the Lake 04:20
8. Dark Waters 04:32
9. The End of Sorrow 04:54
10. Fallen Angel 04:10
Total playing time 42:53

Chronique @ ericb4

24 Janvier 2016

L'envol tant espéré s'amorce pour le combo argentin...

De l'eau a coulé sous les ponts depuis les débuts titubants du combo argentin. Suite au fragile EP « Dark Waters » (2013) et au prometteur DVD/CD « The Dark Side » (2014), le collectif, issu de Villa Constitucion (Santa Fe), n'a pas attendu bien longtemps pour revenir dans la course. Il le fait avec élégance et détermination, tout en ayant élevé le niveau de technicité de ses compositions, densifié son assise orchestrale, diversifié ses ambiances et affiné ses lignes mélodiques, un an à peine après sa dernière production. Toutefois, le sextet n'a pas tourné le dos à son passé, ayant intégré quatre titres revisités de son EP, quatre autres du DVD, dans ce premier album full length éponyme, auto-production qui, ce faisant, en compte une dizaine se succédant sur un ruban auditif de près de trois-quarts d'heure. Tel est l'alléchant programme metal symphonique gothique auquel nous convient la mezzo soprano Eve Guisti et l'émérite guitariste et growler Mariano "Chizzo" Colle, membres fondateurs du groupe, suivis du fin claviériste Leo "Mago" Moore, du guitariste Mauro "Hijo" Sollier, du bassiste Fede "Gari" Moore et du batteur Julio (aka Gura), ce dernier ayant succédé, il y a deux ans, à Carlos "El Colo" Mandon.

Tout comme ses compatriotes, Abrasantia, Daemon Lost ou Elessär, le combo a été influencé par Nightwish, Epica et Within Temptation, sur le plan de la technique vocale, avec un zeste de Stream Of Passion ou d'After Forever, dans le juste positionnement des inflexions. Sur l'axe instrumental, on y retrouve la patte de Sonata Arctica, notamment sur les soli de guitare, mais aussi celle de Dream Theater ou encore Rhapsody Of Fire, tant sur l'offre rythmique que sur les riffs ou encore eu égard aux arpèges et aux harmonisations du champ orchestral. Avec leurs moyens propres, nos acolytes se sont tapis, à leurs débuts, dans l'ombre de leurs sources d'influence, qu'ils ont pris le temps de digérer pour faire rayonner leurs gammes propres au creux de compositions bien inspirées, aux textes finement écrits et parfaitement restitués. Mais, là où les progrès ont été plus probants encore concerne la logistique de la production, la qualité d'enregistrement ne souffrant plus de défauts de jeunesse, ne laissant transparaître que peu de notes résiduelles, le mixage ajustant plus volontiers les parties vocales et instrumentales. Toutefois, subsistent encore quelques carences relatives aux enchaînements inter pistes et certaines finitions semblent ne pas vouloir s'extirper d'un ensemble qui, néanmoins, a gagné en maturité et témoigné d'une cohésion groupale indéfectible.

Pour mémoire et pour mieux mesurer l'ampleur de la marge d'évolution de l'oeuvre du combo, rappelons brièvement ce que recelait son premier effort, que le groupe a cru opportun d'inclure dans cette présente livraison. Toutefois, ces plages ayant dû répondre à des attentes plus exigeantes ont subi quelques retouches formelles, les rendant alors plus abouties que dans leur version d'origine. Ces titres ont pour points communs de se montrer rythmiquement dynamiques, incluant parfois le schéma caricatural de la belle et la bête. Commençons par « Mystic River », vivifiant titre metal symphonique usant d'un tapping fouettant et d'une rythmique enjouée, et dispensant un fulgurant solo de guitare dans la veine de Sonata Arctica. Mais, malgré les impulsions de la belle, non sans rappeler Simone Simons (Epica), à ses débuts, la sauce ne prend que partiellement, en raison de refrains et de couplets peu sécurisant dans leur tracé mélodique. Quant à « Lady of the Lake », nous abordons là un morceau offensif aux riffs sauvages, dans la ligne de mire de Rhapsody, reposant à l'origine sur un duo vocal mixte, faisant se côtoyer la douce et des screams inquiétants. Cette fois, les claires inflexions de la diva sont mises en relief. Accessoirisée de choeurs, Eve y a gagné en aura et le morceau en impact auditif. Une fougue qui, dès lors, est canalisée dans un cheminement harmonique plus probant, rendant couplets et refrains plutôt aptes à recueillir l'adhésion. C'est dire que Boudika semble manifestement avoir appris de ses erreurs, nous ralliant plus aisément à sa cause. Sinon, le groupe aura eu raison d'inclure « Fallen Angel », titre énergique où un clavier enjoué couplé à des riffs rebelles apparaissent et où l'empreinte vocale rappellera souvent Floor Jansen (Revamp, Nightwish), voire Tarja, par moments. Aussi, une belle amplitude vocale s'observe et nous magnétise jusqu'au bout. Refrains captateurs et couplets enjoués se parcourent sans difficultés, au fil d'une ligne mélodique nuancée. Enfin, le quatrième mousquetaire n'est autre que le titre éponyme de l'EP. Ainsi, « Dark Waters » est un mid tempo gothique progressif aux riffs colériques et aux accords déroutants, qui, grâce aux patines vocales de l'interprète et à un solo de guitare à l'alerte délié, parvient de justesse à sauver la mise, notamment ses refrains. Mais, la superposition inopinée des screams interloque, n'apporte pas l'effet escompté et fait penser qu'on aurait pu s'en affranchir pour appréhender plus sereinement la piste. On aurait également souhaité une chute en fin de plage moins abrupte. Mais, nos acolytes nous ont réservé bien d'autres surprises, et non des moindres, dans ce nouveau propos.

Nous ne pouvons passer outre ses compositions les plus percutantes, recelant un travail en studio des plus minutieux et laissant percevoir une signature toute singulière accolée à leur message musical. Ainsi, des riffs écorchés vif nous étreignent sur le frétillant « Dark Side », titre metal symphonique gothique déjà présent sur le DVD, où des grunts caverneux, par contraste, donnent le change à la sirène. Proche dans ses envolées lyriques de Floor Jansen, Eve distille ses impulsions avec maestria, les modulant à sa guise, évoluant au gré d'une vrombissante rythmique et d'un serpent synthétique venimeux, dans le sillage de Nightwish, première période. Elle contribue ainsi à rendre les refrains forts en émotion. De son côté, l'entraînant « Mother of Dragons », autre pièce metal symphonique gothique également disponible sur la vidéo, rappelant After Forever, déploie une dense et ravageuse instrumentation, offrant dès lors un moment épique, parallèlement au duo mixte. On découvre alors des couplets sculpturaux, sur lesquels les envolées de la déesse font merveille, sans compter les refrains, immersifs à souhait. Exercice relevé de main de maître. Enfin, difficile d'esquiver le vitaminé et inédit « Winter Wolves », titre heavy symphonique à la rythmique massive, offrant de fines variations de tonalité sur des portées de bon aloi sous couvert d'une ligne mélodique nuancée, avec un refrain plutôt invitant, habilement enveloppé par les vibes de la diva.

Quand il propose une rythmique au tempo moins véloce, le combo ne se montre pas moins enjoué. Ainsi, une voix céleste nous parvient sur « Forgotten Hope », inédit et envoûtant mid tempo orientalisant aux riffs graveleux, dans l'esprit d'Epica. On reste sous l'emprise de refrains infiltrants, où la belle, assistée de choeurs, sait se faire enchanteresse, pour un voyage sous les meilleurs auspices, agrémenté d'un beau petit solo de guitare. Dommage que la clôture soit aussi brutale, rompant le fil d'une piste qu'on aurait souhaité quitter plus sereinement.

Mais, le collectif séduit également dans un exercice auquel il ne nous avait pas habitués sur leur première mouture, à l'instar de ses mots bleus, déclinés dans deux variantes complémentaires. D'une part, un sensible piano et une lead guitare en forme nous attirent sur la ravissante ballade « Fire with Fire », délicat instant qui manquait à la palette atmosphérique du groupe jusqu'au DVD. Pas en reste dans le secteur des voluptés, le combo nous livre de chatoyants couplets et des refrains laissant couler une émotion subreptice, magnifiés par une soyeuse instrumentation et une empreinte vocale rock, en retenue, sans y perdre en mélodicité. Mention spéciale pour le saisissant solo de guitare, sur un pont mélodique de fin, aussitôt relayé par la déesse, pour un ultime effort éclaboussant de félicité. D'autre part, de somptueux arpèges au piano nous mènent droit à un jardin des délices, à l'aune de « The End of Sorrow », succulente et émouvante ballade progressive, également incluse dans le format vidéo. Délicat instant où d'angéliques modulations de la sirène nous sont octroyées. Soudain, la séductrice élargissant progressivement son spectre vocal, à la façon de Tarja, corrélativement à une instrumentation qui s'embrase, on se surprend à la suivre dans un compartiment où elle semble tout aussi à son aise.

Au final, ce patchwork de titres conjuguant passé et présent s'avère être une formule gagnante pour le combo, dans la mesure où il nous offre un regard transversal sur l'oeuvre, à partir d'une relecture de certaines partitions et de quelques innovations pleines de charme. Plus efficaces qu'antérieurement, plus impactantes par les lignes mélodiques qu'elles contiennent, ces plages ont gagné en épaisseur artistique et sont désormais aptes à éveiller d'authentiques plaisirs. Pas de doutes, à l'aune de cette offrande, le groupe peut compter parmi les valeurs locales montantes, préalable indispensable avant de venir taquiner les cadors du genre. Autant dire qu'il pourra interpeler tout amateur de metal symphonique à chant féminin déjà sensibilisé aux gammes et aux arpèges de ses illustres modèles identificatoires. Bref, une œuvre qui passe à une autre dimension et qu'il faudra confirmer par un album full length à part entière. Gageons qu'à ce rythme, on ne devrait pas rester dans l'expectative trop longtemps avant de remettre le couvert. En attendant, imprégnons-nous de l'univers enchanteur d'un groupe aussi talentueux qu'attachant.

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