Birthday Eve

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Nom du groupe Loudness
Nom de l'album Birthday Eve
Type Album
Date de parution 1981
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album39

Tracklist

1. Loudness
2. Sexy Woman
3. Open Your Eyes
4. Street Woman
5. To Be Demon
6. I'm on Fire
7. High Try
8. Rock Shock (More and More)
Bonustracks (Japanese Release)
9. Burning Love
10. Bad News

Chronique @ largod

11 Avril 2014

Feu du soleil

L’univers Marvel représentait un refuge idéal pour un gamin des années 70 dont les motifs de distraction n’avaient pas encore l’instantanéité des medias modernes. Scruter avec attention vers le 5 de chaque mois le rayonnage du marchand de journaux du quartier procurait soit angoisse ou émerveillement. Dans l’esprit des fameuses colonnes Morris, le kiosque de celui situé entre le bas des Gobelins (et oui, avec un « e ») et de la rue Monge aimantait mes pas au moment des commissions de fin de journée ou du week-end avec ma mère comme l’effet du chant des sirènes sur un équipage de matelots abreuvés de rhum. Sourire parfois complice ou désintérêt complet, « ma » marchande de journaux participait à ce rituel sans en avoir conscience.

Le destin de Shiro Yoshida porte la marque indélébile des radiations de la bombe atomique d’Hiroshima. Devenu mutant, le jeune japonais ne ressent plus que de la haine envers les Etats-Unis qu’il tient responsable des souffrances de son peuple et notamment de sa mère et de sa sœur. Héros volant, ionisant la matière en la transformant en rafales de plasma brûlant, Feu du Soleil, identité qu’il prit sous l’inspiration de son oncle, se lance alors à l’assaut du Capitole de Washington et fit la rencontre des fameux X-Men. Dans cet univers de super-héros et de super-vilains imaginé par l’instinctif Stan Lee, il incarnera la fierté nippone mais aussi la lutte paradoxale entre respect des traditions immuables et nécessité vitale d’adaptation.

Loudness, quant à lui, restera le pionnier du Heavy-metal au Japon.
Bâti sur les cendres de leur précédent groupe Lazy, Akira Takasaki, virtuose de la six-cordes, et Munetaka Higuchi, digne descendant de l’équivalent du dieu Vulcain aux yeux bridés, fondèrent Loudness en 1981. Hiroyuki Tanaka, bassiste de Lazy, ne continua pas très longtemps l’aventure proposée par ses anciens complices et se vit remplacer par Masayoshi Yamashita, un ami d’enfance d’Akira. Après une série d’auditions, le groupe recruta Minoru Nihara, ex-chanteur d’Earthshaker.
Quittant résolument l’espace variéto-rock hyper conventionnel de Lazy, Loudness propose en 1981 sur le label Columbia un premier album Birthday Eve, dont le style infuse avec gourmandise les influences de Deep Purple et de Van Halen. Fini les costumes trois pièces et les chansons mièvres, le groupe renait avec un heavy-metal aux facettes diverses.

Les gaillards n’hésitent d’ailleurs pas à être déroutants comme sur « Street Woman » au riff tourbillonnant, à la mélodie chaloupée et à la rengaine vocale envoutante. Un squelette de chanson qui repose en permanence sur la guitare qui parait accordée un ton en-dessous et sur la ligne de basse métronomique. Le grand écart facial, familier des adeptes de Jean-Claude Van Damme, est atteint avec le dernier titre de la seconde face « Rock Shock », speed des familles dont la musicalité vous perfore les tympans, au même titre que la section diabolique basse/batterie de Munetaka et Masayoshi. Akira, sur ces deux titres, fait déjà étalage de tout son talent créatif et de son bagage technique à la guitare, autant en lead riff qu’en solo.

Loudness avec son titre éponyme impose dès la première piste la distorsion de Van Halen et le mid-tempo massif aux fondations Purpleiennes. Tel un hymne intemporel, le chant pourtant en japonais sauf sur quelques phrases du refrain rebondit avec délice sur un riff de tueur, aiguisé comme la lame d’un samouraï, et l’attaque de fûts claire et sèche de Munetaka Higuchi. Véritable poumon au souffle de marathonien, Masayoshi Yamashita illumine de sa basse le morceau et délivre un break de mammouth avec son compère batteur, annonçant un solo incandescent du jeune guitar-hero. Loudness hausse le rythme avec « Sexy Woman », heavy-rock up-tempo sur lequel le jeu de basse rivaliserait presque avec un solo ébouriffant. Munetaka frappe toujours aussi fort et sa nouvelle démonstration sur « Open your Eyes » finira par convaincre les plus réticents de son statut de meilleur cogneur de l’ile. Les influences de Ian Paice se font réellement sentir sur cette chanson servie par un riff sec et court et dont le solo déchire à nouveau l’air avec une intensité gorgée de feeling et de toucher.

Les bonnes surprises continuent sur ce premier album.
Dans la tradition de Rainbow, Loudness nous offre un heavy-rock « I’m on Fire » au riff bien gras. La chanson oscille en permanence entre heavy-speed musclé à la basse sur-vitaminée et up-tempo barré sorti tout droit des 70s, transcendé par un solo mi-shred mi-tapping très moderne. « High Try » repose sur une recette millénaire qui fait taper du pied, tant les assises de bucheron de ce morceau tissent un terrain propice : frappe de mule, basse lourde et riff en acier. Minoru dispose d’autant de place pour ses vocaux de Japan lover qu’Akira pour fureter sur toute la palette de son art, y compris lors d’une accélération en cœur de titre qui l’oxygène avec un culot notable. Malgré son entame conquérante, « To be Demon » retrouvera son calme de power-ballade sur laquelle le chant plaintif de Minoru en Japonais ne parvient pas à retranscrire pleinement l’émotion pour un Européen moyen. Le feeling d’Akira transpire à chaque seconde et l’accélération qu’il nous plante avec ses copains est carrément jouissive autant que son magistral solo.

Première copie d’excellente facture qui vieillit plutôt bien. Les fondamentaux de la musique de Loudness sont déjà perceptibles et la technicité de chacun des musiciens laisse dubitatif quant à leur potentiel futur.

Singulière coïncidence entre Loudness et Feu du Soleil, donc.
Le Japon aura toujours vécu avec un profond désir hégémonique. Cela se traduisit d’abord par une soif d’agrandir un territoire considéré comme trop petit pour la civilisation Nippone et qui lui coûta de si nombreuses pertes au gré de conflits avec ses proches voisins du continent asiatique. N’oublions pas non plus ce sentiment de supériorité malsaine au point de vouloir s’ériger en premier de la classe notamment dans son duel avec l’anti modèle et ennemi juré que représentaient dans les temps modernes les Etats-Unis d’Amérique.
Le rêve Américain ou l’identité insulaire ? Rien de simple pour un super-héros ou un groupe de heavy-metal aux qualités exceptionnelles mais qui n’aura eu comme seul tort d’avoir suivi un courant ou un style sans l’avoir créer lui-même. Loudness représente l’élève parfait, celui à qui tout peut réussir. Loudness porte fidèlement le gêne de l’orgueil et de la fierté du pays du soleil levant. Mais comment réussir sans franchir ses propres frontières et trahir en quelque sorte ses origines ?
Cruel dilemme de la vie. Et pourtant…


Didier – Mars 2014

7 Commentaires

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judasblade - 11 Avril 2014: Merci pour la superbe chro d'un super groupe trop méconnu.
swit35 - 12 Avril 2014: Excellente intro Didier avec cette mise en contexte 70's. Loudness fait partie de ces groupes mythiques.
MarkoFromMars - 13 Avril 2014: Merci Didier, je me suis de suite reconnu à l'intro de ton texte, dans cette part d'évasion propre à notre génération, nous faisant rêver tout en stimulant notre imagination.
Je ne connais pas les débuts de Loudness n'ayant pour point d'ancrage que la triplette Thunder in the East, Lightning Strikes et Hurricane Eyes aux similitudes colorimétriques troublantes.
A creuser donc pour ma part, parmi d'autres découvertes, aurai-je assez de ma vie entière pour le faire?
ZazPanzer - 13 Avril 2014: Merci Didier. Il faut vraiment que je réécoute ces premiers albums, mais à l'époque j'ai eu beaucoup de mal avec le chant en japonais. J'avais flashé direct sur Disillusion. Pour l'influence VH c'est flagrant !
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