Æstivation

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16/20
Nom du groupe Cult Of Erinyes
Nom de l'album Æstivation
Type Album
Date de parution 21 Décembre 2019
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1.
 Death As Reward
 
2.
 Corruption
 
3.
 Broken Conclave
 
4.
 Healer / Fever
 
5.
 Nothing Is Owed to the Void
 
6.
 Nihil Sacrum Est
 

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Cult Of Erinyes


Chronique @ Icare

28 Janvier 2020

Une ode au néant ritualiste et abrasive qui synthétise admirablement le meilleur du black moderne, froid et orthodoxe.

Cult of Erinyes est un groupe désormais bien connu des amateurs de black metal : dès leur prometteur premier album A Place to Call My Unknown sorti en 2011 sur Les Acteurs de l’Ombre, les Belges n’ont cessé de progresser et de décliner leur art noir dissonant, angoissant et délétère. En 2017, Tiberivs proposait une vision plus esthétique, atmosphérique et nuancée de son black qui nous entraînait dans un voyage riche en émotions de 55 minutes et voilà que deux ans plus tard le groupe nous revient avec un line-up remanié, Corvus étant désormais entouré de Déhà au chant et Ahephaïm à la batterie pour nous présenter un quatrième méfait longue durée avec le soutien d’Amor Fati Productions.

Death as Reward s’esquisse sur une intro bourdonnante à la mélodie sombre et angoissante qui se mue rapidement en un black moderne puissant, insidieux et froid, volontairement dépouillé dans son riffing et très porté sur les ambiances, balançant une flopée de notes abrasives qui nous pénètrent sournoisement le cortex comme pour mieux nous hypnotiser. Les rythmes sont variés, alternant entre passages furieux aux blasts tonitruants (le passage central de Corruption qui nous saute à la jugulaire, la fin de Healer/Fever aux assauts hystériques menés par les vocaux fêlés de Déhà, la fin de Nothing is Owed to the Void) et variations plus intimistes et calmes toujours à moitié dissimulées dans la moiteur de ces vapeurs acides derrière lesquelles on devine des ombres innommables se mouvoir sans bruit (le long break de Death as Reward presque jazzy avant l'assaut final, le long passage ambiant totalement anxiogène achevant Broken Conclave qui nous aspire des kilomètres sous terre dans les ténèbres les plus totales, le passage central de Nihil Sacrum Est, tout en langueur mélancolique). On a aussi ces plages rampantes et tortueuses flirtant avec le doom et le death, longues parties souvent instrumentales où les notes aigres et distordues s’agitent, se cognent et s’affolent contre ce mur vibrant de basse et de double pédale (le début de Nothing is Owed to the Void).
Pour accentuer l’immersion dans ce malaise musical, les Belges jouent volontiers avec les effets, affichant une maîtrise parfaite de la dissonance mélodique (le début de Broken Conclave) et de la trituration sonore, organisant leur propre chaos bruitiste de manière esthétique pour nous attirer toujours plus avant dans les ténèbres avec une cohérence qui force le respect, faisant de Æstivation un album finalement assez direct et facile d’accès. Le son est plus ample et moins sec que sur l’effort précédent, les expériences musicales plus libres, et on trouve de nombreux passages lourds et distordus dégageant cette froideur metallique propre à l’indus (ce court passage dès 5,20 minutes de Death as Reward avec ce bruit de sonar et cette basse qui claque), ceci dit, l’ensemble de ces 43 minutes baigne toujours dans cette aura noire, sacrée et ésotérique typique du black metal, rappelant parfois quelques groupes Islandais comme Carpe Noctem, même si la musique des Belges reste moins schizophrène et tiraillée dans les contrastes, plus palpable, organique et homogène.

Déhà, qui remplace désormais Mastema au micro, livre comme souvent une prestation incroyable, crachant un chant vibrant d’intensité où s’entrechoquent folie, haine et fureur. Variés, profonds et très expressifs, parfois graves, chuchotés et incantatoires ou plus purement agressifs et black, les vocaux du nouveau hurleur sont impressionnants, pouvant monter en de vraies pointes hystériques qui font se dresser les cheveux sur la tête (les deux premières minutes complètement possédées de Nihil Sacrum Est). La basse aussi est très présente, une fois n’est pas coutume, nous faisant encore descendre d’un degré sous terre via ses saccades graves et froides (le passage indus sus-cité sur Death as Reward, la fin de Healer/Feler), et ces 42 minutes sonnent comme une lente descente dans les abysses, un voyage intérieur à la poursuite de ses démons les plus redoutables ou une cérémonie crépusculaire en l’honneur de je ne sais quelle divinité sanguinaire oubliée.
Loin du satanisme de pacotille et du culte parfois folklorique et un brin puéril au grand cornu, ces six titres, s’affichant comme une suite logique de Tiberivs, dégagent quelque chose d’intemporel, de transcendant et de spirituel et parviennent à nous entraîner totalement dans leurs méandres obscurs.

Certes, Æstivation n’est pas d’une grande originalité musicalement parlant, mais constitue un manifeste extrêmement prenant, une ode au néant ritualiste et abrasive qui synthétise admirablement le meilleur du black moderne, froid et orthodoxe. Sans sombrer dans le piège de la violence continue et répétitive – même si, objectivement ce nouvel album comporte certainement les passages les plus brutaux du groupe - et sachant ménager quelques moments plus atmosphériques et mélodiques (ce passage presque post rock à partir de 1,56 minutes sur Healer/ Fever), ce quatrième album de Cult of Erinyes offre à la fois intensité, ambiance et noirceur et devrait séduire tous les amateurs de combos de black metal souterrains et ésotériques à l'aura religieuse. L’un des grands albums du genre de 2019, à n’en pas douter, à ne réserver qu’à ceux qui recherchent la Lumière mais qui n’ont pas peur de se perdre dans les Ténèbres.

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