Allied Forces

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Nom du groupe Triumph (CAN)
Nom de l'album Allied Forces
Type Album
Date de parution 1981
Labels RCA
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album65

Tracklist

1. Fool for Your Love 04:32
2. Magic Power 04:55
3. Air Raid 01:20
4. Allied Forces 05:04
5. Hot Time (in This City Tonight) 03:24
6. Fight the Good Fight 06:31
7. Ordinary Man 07:17
8. Petite Etude 01:16
9. Say Goodbye 04:34
Total playing time 38:53

Chronique @ samolice

21 Fevrier 2016

Echec Emmett

"I'm young now,
I'm wild now,
I want to be free,
I got the Magic Power of the music in me"

Que ce soit en concert, chez des potes ou bien encore seul dans la metal room de son home sweet home, je suis certain que tout membre de SOM a forcément déjà éprouvé ce « Magic Power » à un moment donné de son adolescence boutonneuse - ou pas boutonneuse d’ailleurs, ça ne change rien a priori au ressenti -.
Oui ou non ?
Ce sentiment d’être invincible, portés que nous sommes par la puissance destructrice qui se dégage de nos riffs préférés. Même si nous savons bien qu’il nous faudra revenir plus ou moins vite les pieds sur terre, par exemple quand papa ou maman nous invitent gentiment à venir à table sous peine d’être privé de dessert - ben quoi, n’importe quel super héros a ses faiblesses, y’en a c’est la Kryptonite, moi c’est le ventre -, ces moments-là sont gravés à jamais en chacun d’entre nous. Et c’est trop bon ! (les desserts aussi).

Formé en 1975 à Mississauga, dans l’Ontario, Triumph prend dés le départ sa forme « définitive » avec Mike Levine (basse, claviers à petites doses), Gil Moore (batterie) et Rik Emmett (guitare). Un Rik qui, pour l’anecdote, se prénomme en réalité Rick. Le label ayant mal orthographié son prénom sur la pochette du premier album, le guitariste décida de ne plus rien y changer de peur … de perturber ensuite les fans.

???? Comme si un C en plus pouvait nous perturber ! Il nous prend pour des neuneus ou quoi le gars ?

Passons. Un trio, ça commence bien ! Et avec deux chanteurs s’il vous plait, Gil et Rik se partageant le chant. Un Gil Moore qui détestera chanter, trouvant sa voix minable, et qui ne commencera à apprécier cela que vers la fin des 80’s avec l’album « Sport of Kings », suite à des rencontres avec Elaine Overholt, une choriste, et un chanteur d’opéra, Ed Johnson. Dommage, le groupe arrêtera peu après, c’est ballot.
Mais pourquoi chanter si tu n’aimes pas ça me direz-vous ? Parce que le groupe avait une vision très théâtrale de ses shows et qu’il ne souhaitait pas voir Rik planté derrière son pied de micro afin, d’une part, de pouvoir présenter des jeux de lumières et de lasers plus élaborés, et d’autre part, pour que Rik ne cherche pas sa respiration au bout de deux titres du fait de sa voix somme toute haut perchée et que les titres puissent s’enchaîner sans temps morts. So Gil’s voice was a means to an end…

En 1979, l’album « Just a Game » offre au groupe sa première heure de gloire aux US avec une certification or. L’année suivante, c’est le splendide « Progressions of Power » qui fait également son petit effet, porté par les singles “I Can Survive” et “I live for the weekend”, ce dernier s’exportant triumphalement vers l’Angleterre. Le moment est venu de frapper un grand coup avec leur cinquième album studio, « Allied Forces ».

Pari réussi ! Nous tenons là un magnifique album, tout simplement. Du hard rock franchement énergique aux teintes bluesy, des titres aux frontières de l’AOR et des morceaux plus progressifs. Un mix (presque) parfait. Attention, nous sommes en 1981, et le qualificatif « progressif » doit être entendu en fonction de cette époque et non pas au regard des canons actuels du style.

Ce qui (me) frappe d’entrée lors de l’écoute, c’est la combinaison réussie entre riffs électriques bien heavy et nombreux passages acoustiques, notamment lors des intros. Commençant souvent comme des ballades, plusieurs titres changent de braquet à mi-parcours pour accélérer sérieusement la fréquence de pédalage (“Magic Power”, imparable, voyez donc la vidéo ci-dessous, “Fight the good fight”, une tuerie, qui fait un peu penser à la rencontre entre Led Zeppelin et Rush, “Ordinary man”). Pour les non initiés, l’album peut être facilement décrit comme possédant une face A plutôt rock n roll et une face B plus « prog » avec deux titres sur trois dépassant les 6’30, le quatrième étant un (court) instrumental, “Petite étude”.



Gil s’occupe des titres les plus rock, c’est sa came (“Fool for your love”, que l’on imagine assez bien chez le Whitesnake de la période bluesy, “Allied Forces”, qui permettra de comprendre, pour ceux qui en doutent, que Triumph est bien à sa place sur SOM, avec ce final mammouth-écrase-les-prix), tandis qu’Emmett prend en charge les morceaux plus softs (“Magic Power”, ou le catchy et Journeyien “Say goodbye”). Seule exception, un “Hot time (in the city tonight)”, hommage à peine voilé au rock de Chuck Berry, et ce jusque dans le solo qui est le trait d’union parfait entre Chuck et le chasseur-sachant-chasser Ted Nugent, chanté par Emmett.
Si je peux me permettre de dégager un titre, ce sera sans aucune hésitation “Ordinary man”. Il représente parfaitement Triumph. Ne serait-ce que pour les harmonies vocales superbes et partagées entre Emmett et Moore, seul morceau en duo de l’opus. On débute (pervers) pépère comme une ballade acoustique et on avance crescendo pour aboutir à mi- chanson à un riff heavy et à une rythmique puissante. Un homme ordinaire, peut être, aux paroles réussis - en gros, le fait que nous mentons tous, surtout à nous même -, mais surement pas un titre anecdotique. Magnifique. A placer quelque part entre le Rush de la fin des 70 et le Foreigner des débuts.
Dommage tout de même que le groupe ait jugé indispensable la présence de “Air red”. 1’30 à entendre une sirène cracher ses watts, mouais, c’est pas trippant. Même si je peux comprendre le lien qui unit ce court instrumental avec le titre suivant (“Allied Forces”), je ne suis pas persuadé de sa pertinence.


Dès les débuts du groupe, les jeux de lumière présents lors des concerts, que j’ai évoqué précédemment, ainsi que la teinte prog’ de certains de ses titres le firent inévitablement comparer à leurs compatriotes de Rush, un mastodonte dont l’influence ne peut être complètement remise en cause à l’écoute de ce disque. Il est vrai que la voix haut perchée de Rik, qui pourra laisser sur la touche certains parmi vous, rend la comparaison quasiment inévitable.

Gil Moore se révèle être un batteur au jeu impressionnant, un autre point commun avec l’incroyable Neil Peart. Pour poursuivre la comparaison, on regrettera que contrairement à Rush, le jeu du bassiste Michael Levine ne soit pas suffisamment mis en avant. Pour autant, c’est Emmett qui s’affirme comme la véritable star du disque. A la guitare solo, monsieur est un seigneur (“Fool for your love”, “Allied Forces” et surtout “Fight the good fight” avec son solo Blackmorien énormissime). En acoustique, il se balade tout autant (“Petite étude” avec, une nouvelle fois, l’influence évidente à mes oreilles de Blackmore). Echec Emmett !

En France, voire en Europe, à l’exception de quelques succès en Angleterre, Triumph n’a jamais véritablement décollé. La faute à quoi ?
Une musique assimilée, à tort, à une copie prog’ moyenne de Rush ? Un nom de groupe trop ambitieux, pour ne pas dire un brin mégalo ? Une réputation de businessmans occupés à compter leurs dollars plus que de musiciens ? Ma langue au chat - saloperie de chat -.

Dès 1981, Triumph créa son propre studio d’enregistrement, le fameux Metalworks, à Mississauga. D’où la réputation de businessmans. C’est d’ailleurs là bas, entre avril et août 81, que le groupe assura lui même la prod’ d’« Allied Forces », cette dernière étant par ailleurs vraiment réussie, encore aujourd’hui. Depuis sa création, le studio a vu passer du beau monde, notamment Bruce Springsteen, Prince, Guns ‘n Roses et … Rush.

L’album s’offrira rapidement un statut platine aux US, à ma connaissance le seul opus du groupe à atteindre ce score, et 2,5 millions de ventes dans le monde, mais principalement sur le continent nord américain. Ca en fait de la rondelle trouée !
Même si le groupe continuera un temps avec un nouveau guitariste, rien ne sera plus jamais pareil pour Triumph après le départ de Rik Emmett, suite à un dernier concert donné le 3 septembre 1988 au Kingswood Music Theatre de Maple (Ontario). A la maison quoi. Home sweet home. La boucle est bouclée.
Triumph recevra l’hommage qu’il mérite de la part de l’industrie – qu’il est laid ce mot quand on parle de création - musicale avec son introduction au Hall of Fame en 2007.

N’hésitez à rejoindre les forces alliées, vous ne le regretterez pas.

12 Commentaires

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frozenheart - 25 Fevrier 2016: Un grand merci pour cette chronique de ce groupe Canadien, que peu de personnes mentionnent sur les forums. Cet album demeure à mes yeux le meilleur album de Triumph. J'ai suivi le groupe jusqu'à "Thunder Seven" et ses influences Led Zep, après ça se dégrade vers du mauvais Hard FM, dommage!
MarkoFromMars - 26 Fevrier 2016: Je ne te remercierai jamais assez Amigo pour tes textes qui me permettent de découvrir des groupes que je ne trouvais pas à l'époque dans les bacs de mon petit disquaire de campagne, où encore pour des raisons un peu obtuses, je situais ce Hard-Rock parfumé AOR en dehors de mon confort d'écoute.
Je prends un pied infini à écouter et découvrir ces nombreux titres avec une oreille autrement plus attentive et ça... c'est bon.
ZazPanzer - 16 Avril 2016: Je m'étais gardé ce texte sous le coude en attendant de recevoir le skeud mais je crois que je peux arrêter d'espérer, encore une putain de commande perdue ! La joie d'Internet... Thanx pour la chronique mate, je la relirai attentivement après une nouvelle commande. J'ai vaguement vu sur le mur que Christian en avait dégoté un encore mieux ? C'est lequel que je fasse un doublé ?
samolice - 16 Avril 2016: Si je dis pas de bêtises, Christian parlait de "just a Game" (79) que j'ai commandé il y a quelques jours. Pour ma part, de ceux que je connais, je peux te conseiller le prédécesseur de "Allied Forces", "Progression of Power" (81) que je trouve également superbe. Peu de risques que tu sois déçu je pense.
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