Addictions

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Nom du groupe Satan Jokers
Nom de l'album Addictions
Type Album
Date de parution 21 Octobre 2011
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album37

Tracklist

1. Reine Cocaïne
2. Dealer (Docteur Vice)
3. Substance Récompense
4. Euphorie
5. Appétit pour l'Autodestruction
6. Une Semaine en Enfer
7. Effet Parano
8. Detox
9. Lune de Miel
10. Mephedrone
11. Puzzle Cérébral
12. Chute, Rechute
13. Ma Vie Sans

Chronique @ Eternalis

24 Octobre 2011

Satan Jokers tient enfin son album référence depuis son retour...

« La drogue est le nomadisme de l’exclu »
Jacques Attali


L’exclusion. L’isolement. Le mal-être... puis la chute. Inéluctable et profonde.
Les principales étapes de la vie d’un drogué, profond ou léger, passent invariablement par des sensations similaires liées à cette perte de contrôle, cette dépendance faisant un esclave baveux l’utilisateur de ces substances.
L’envie, le manque, briser les interdits... la dépendance, la déchéance, la paranoïa, la solitude... les uns entrainant les autres... un seul dénominateur commun.

Si les groupes de rock ou de metal ont usé et abusé de cette tare et l’ont souvent pris dans tous les sens, le sujet fut autant traité avec respect, pudeur et profondeur que vaguement effleuré dans une illusion rock 'n' roll bien vaine.
Satan Jokers, pour son troisième album depuis leur come-back en 2009, ont décidé d’aborder le sujet d’une manière distincte et originale, comme probablement personne ne l’a encore fait. Effectivement, relativement proche dans la sphère personnelle de ce monde (le fameux « sex, drugs & rock n’roll » des années 80’ ayant tout de même emporté Laurent Bernat, l’ancien bassiste, en 2004), le groupe a décidé de confier ses textes à l’ancien psychiatre de Renaud Hantson, Laurent Karila, dont l’écriture n’est plus une première (il est l’auteur de plusieurs livres sur la drogue notamment).
Dans l’ensemble des mots écrits par le psychiatre, Renaud en a ensuite tiré la substantielle moelle afin d’en rédiger les 13 scripts servant de support aux nouvelles compositions d’un groupe qui, en seulement deux ans, est revenu au premier plan de la scène heavy hard de la scène française. Et si "SJ2009" et "FetishX" étaient d’excellents opus techniques (euphémisme quand tu nous tiens...), rock n’roll et catchy, ils n’étaient que de modestes hors-d’œuvre en comparaison de ce "Addictions" qui les surpassent dans tous les compartiments, que ce soient dans le son, la composition, l’interprétation, la justesse de l’ensemble et des textes et surtout l’équilibre, parfois douteux sur les deux précédents, sur la totalité de l’album. Car une chose est certaine ; tout le long de ce concept reprenant l’ensemble des étapes du drogué, de la découverte de la substance puis du dealer, à l’addiction complète en passant par les doutes, la désintoxication, la rechute, la paranoïa et la pure déchéance, la bande à Hantson n’oublie rien et, sans langue de bois, évoque un sujet dur avec une certaine classe et une émotion palpable.

Débutant sur le très furieux "Reine Cocaïne", Satan Jokers regroupe les éléments bien connus, à savoir une armada technique impressionnante, entre une ligne de basse de Pascal Mulot absolument insaisissable, des riffs techniques et rentre-dedans et surtout les soli agressifs et extrêmement techniques d’un Michael Zurita une nouvelle fois en très grande forme (la partie solo/break de ce morceau est juste monstrueuse). Renaud chante de façon rugueuse et agressive comme nous l’aimons, très fidèle à lui-même, tout comme dans le destructeur "Appétit", tout aussi technique et speed, rapprochant le groupe d’un speed ravageur assez unique.
"Dealer" évoque plus facilement le long "L’enfer c’est Ici" du disque précédent, toujours avec cette ligne de basse incroyable et très audible, mais laisse flirter un riff plus rock n’roll, laissant plus de place au chant de Renaud, prenant une aura plus conséquente sur ce disque. Il n’y a qu’à écouter son cri final sur ce morceau pour se convaincre que le chanteur a encore fait d’énormes progrès depuis le retour sur les routes de France et d’Europe.

Très directe, la première partie d’Addictions pourrait trouver comme point d’orgue le sublime "Effet Parano", plus mélancolique, aux textes collant des frissons (« Plus de trois ans maintenant, que je suis vraiment dedans... ») interprétés brillamment par un grand chanteur. Relativement traditionnelle, la première partie du morceau se veut très rock et minimaliste, avant de sombrer dans un univers plus schizophrénique et sombre dans une seconde partie plus hachée et syncopée, très nouveau pour Satan Jokers. "Euphorie" surprend également dans son approche très moderne et saccadée, notamment grâce à un riff omniprésent et d’une lourdeur implacable. Un morceau dur et sans concession, aux textes marqués au fer rouge pour coller une tatane en pleine tronche de l’auditeur, entre un refrain mélodique et une reprise après le solo démentiel (« Je recherche ce putain de premier flash... »), accompagnés par des leads ponctuels d’un Zurita qui sonne plus guitar hero que jamais.

Mais nous évoquions une seconde partie du disque, particulièrement avec le morceau charnière "Detox" (ce qui, conceptuellement, tient parfaitement la route puisque cela marque inéluctablement un important changement), partagé entre des couplets noirs et cybernétiques mais un refrain très mélodique et beau, presque optimiste. "Lune de Miel" se veut ensuite plus mélancolique, évoquant la vie après « elle », la rupture et les premiers instants où tout semble si limpide et clair. L’émotion est palpable, viscérale... Renaud chante avec ses tripes et ça s’entend plus que jamais. "Puzzle Cérébral" sème le doute de manière presque ésotérique, Démontrant une fois de plus que Satan Jokers ne s’est absolument rien refusé pour ce véritable cinquième album, repoussant très loin les barrières que nous pouvions imaginer dans un tel groupe. Une ambiance malsaine plane sur cette composition, à l’instar d’un serpent prêt à mordre, comme cette drogue, plus dure que jamais, venant de frapper de nouveau sa victime sans défense. "Chute ma Rechute" continu de célébrer cette douce mélancolie, se rapprochant de la catatonie, pour peindre le parcours d’un homme sombrant dans une spirale infernale dont il ne peut plus sortir. Musicalement moins techniques et flamboyantes, ces compositions prennent aux tripes grâce à un chanteur Démontrant toute l’étendue de son talent, et surtout une qualité musicale d’ensemble qui manquait aux deux précédents albums, très disparates en terme de qualité, et allant de l’excellent au franchement dispensable.

L’album tire sa révérence sur un "Ma Vie sans" retrouvant la fibre virulente des premiers morceaux, plus rapide et technique et possédant une (enfin) note d’espérance dans le chaos conté sur l’album. Le riff, hypnotique, est constamment poursuivi par un Pascal Mulot signant une performance à la basse ahurissante, qui risque de faire des étincelles en live.
Satan Jokers tient enfin son album référence depuis son retour, et prouve à tout le monde qu’ils sont là pour de bon et qu’ils ne risquent pas de redonner le trône qui est le leur dans la hiérarchie du hard français.
Technique, créatif, viscéral, produit d’une main de maitre, sans carences ni temps morts, "Addictions" est l’une des plus grosses tueries heavy hard de l’année... et c’est en France, et en français, que cela se passe. Ne passer pas à côté de l’évènement, vous risqueriez de le regretter dans quelques temps...

23 Commentaires

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judasblade - 23 Septembre 2012: Pour l'aspect historique, il faut quand même savoir que le groupe était la risée des groupes français début 80's.
Tout les mois quasi, dans Enfer Magazine, album le plus détesté : Satan Jokers.
Injuste ? certainement, à force de taper dessus, SJ en a certainement pati.
Je vais aller réécouter tout ça...
Chriscatcher - 06 Décembre 2013: Ce disque est d'un sérieux... Où est passé l'humour et l'insousiance des débuts ?
dark_omens - 20 Fevrier 2014: Remplacé par l'égo d'Hantson...
 
David_Bordg - 15 Décembre 2014: tres tres bon
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Chronique @ dark_omens

20 Mai 2014

Etat des lieux d'une dépendance...

"Dans la vie, j'ai eu le choix entre l'amour, la drogue et la mort. J'ai choisi les deux premières et c'est la troisième qui m'a choisi..."

Jim Morrisson.
Poète et chanteur du groupe The Doors.

1. La drogue:

Fléau s'il en est, cette substance avilissante et addictive, détruit l'esprit de ceux qui en deviennent esclaves. Touchant tous les milieux, tous les sexes, tous les âges et toutes les conditions sociales, elle asservit, dépersonnalise et rends paranoïaques ceux qui en dépendent avant, le plus souvent, de dévaster leurs vies et de ravager celles de ceux qui les entourent.

Les moins néophytes concernant un sujet aussi complexe et douloureux ont pourtant l'esprit empli de fausses convictions. Nul ne sait réellement ce qu'est la drogue tant qu'il n'a pas vécu la drogue.

Contre ces nombreuses idées reçues, le docteur Laurent Karila, psychiatre-addictologue, se bat et tente de dénoncer les croyances liées aux Addictions en tout genre. Pour se faire il a publié de nombreux ouvrages dont un, notamment, sur les méfaits de la cocaïne (Poudre aux Yeux éditions Flammarion).



"La musique rachète l'homme..."

Marc Gendron.
Ecrivain.

2. La musique:

Satan Jokers, après une longue période de silence, a sorti deux excellents albums (SJ2009 (2009) et Fetish X (2009). Le groupe y Démontrait d'admirables capacités dans la composition d'un Heavy Metal efficace aux mélodies adroitement travaillés et parfaites. On y découvrait, entre autres, la superbe technicité de musiciens aguerris. On y découvrait aussi les travaux vocaux d'un chanteur au caractère fort mais aux talents indéniables.



"Toute vie véritable est rencontre..."
Martin Buber.
Philosophe.

3. La rencontre:

Laurent Karila et Renaud Hatson se rencontrent par le biais de ces nouvelles technologies (qui, elle aussi, suscite une certaine dépendance. Mais c'est un autre débat). Le chanteur de Satan Jokers vient d'y annoncer publiquement qu'il va suivre une thérapie liée à ses Addictions. Le praticien lui suggère alors d'en faire une œuvre dans laquelle il pourra exprimer tout ses états d'âmes. Un tel procédé artistico-thérapeutique pouvant s'apparenter à celui dont Nikki Sixx (Motley Crüe) use avec Sixx: AM.

Peu enclin face à l'ampleur de la tâche et certains du refus de celui-ci, Renaud propose à Laurent d'écrire les paroles de ce plaidoyer contre la drogue. Ce dernier va produire des textes obligeant le chanteur et ses musiciens à se lancer dans l'aventure.

4. Le résultat:

Addictions, nouvel effort des Français de Satan Jokers, est l'aboutissement de l'association de ces trois éléments déterminants : la drogue, la musique et la rencontre entre deux personnages aux convictions fortes. Par ailleurs, il est surtout l'incarnation d'un projet mature derrière lequel ont œuvré de grands hommes et de grands artistes.

Mais détaillons donc plus minutieusement le contenu de ce manifeste.

S'agissant du fond et des mots employés pour retracer les répits, les espoirs, la servitude et les souffrances endurés, les treize textes des treize titres de ce manifeste, élaborés en treize jours par Laurent Karila, sont de nature à décrire avec justesse et intelligence les certaines des étapes de ce long chemin dont l'issue est incertaine. Menant parfois à la guérison, parfois à la mort, la vie de ceux qui sont sous le joug de ces soumissions traverse toujours par les ruelles sombres et destructrices de ces angoisses et de ces douleurs les plus vives.

Concernant la forme plus strictement musicale de l'œuvre, notons qu'elle est également très aboutie. Toujours encore mû par cette volonté de défendre, principalement, un Heavy Metal dans lequel l'élément mélodique est soigneusement ciselé au creux, notamment, de refrains superbes, Satan Jokers y excelle. Les chants y sont délicieusement rugueux et pertinents, les guitares y sont techniques et appropriés, les rythmes y sont variées et adéquates. Autant d'éléments épousant à la perfection tous les interstices des sensations développés par des textes justes. Tantôt speed et euphorique (Reine Cocaïne, Appétit pour l'autodestruction...), tantôt plus pesante et construite (Dealer (Dokteur Vice), Substance Récompense, Euphorie...), tantôt plus apaisée et reconstructrice (Lune de Miel...) et tantôt plus hagard et insidieuse (Puzzle Cérébral) les pistes de ce Addictions nous raconte donc son histoire avec une authenticité délicieusement déconcertante. Bien évidemment cette Démonstration, agrémentée par une liste exhaustive de titres choisis, n'est qu'une illustration partielle de l'intérêt de ce disque. Il va sans dire que ce Addictions est une œuvre à prendre dans son ensemble et qu'on ne peut la déflorer en aussi peu de mots, de place et de temps.

Quoiqu'il en soit l'opus développe donc, en un concept album ambitieux, fort d'une musique séduisante et de textes subtils, les différentes phases de ce parcours chaotique et infernal qui parfois, fort heureusement, se conclue dans l'heureux dénouement d'un réjouissant salut. Un salut qui ne doit jamais faire oublier que le mal, malheureusement, demeure toujours sournoisement présent, tapi dans l'ombre. La drogue laisse, en effet, une trace indélébile, tenace, insidieuse, impérissable...

En outre de tous ces éléments déjà convaincants, il nous faudra aussi dire que ce disque est éminemment innovant puisqu'il est accompagné d’un e-book de 13 chapitres destinés à servir de support préventif contre les drogues.

5. La conclusion:

Que dire encore, si ce n'est que ce Addictions, nouvel effort né de la réflexion conjointe de Satan Jokers et du docteur Laurent Karila, est une réussite ? Que dire de plus? Rien...

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