A Distant (Dark) Source

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Nom du groupe Hypno5e
Nom de l'album A Distant (Dark) Source
Type Album
Date de parution 22 Novembre 2019
Style MusicalMetal Expérimental
Membres possèdant cet album5

Tracklist

1.
 On the Dry Lake
 12:27
2.
 In the Blue Glow of Dawn
 16:06
3.
 A Distant Dark Source
 18:09
4.
 On Our Bed of Soil
 15:51
5.
 Tauca Part II - Nowhere
 07:37

Durée totale : 01:10:10


Chronique @ Eternalis

29 Novembre 2019

"A Distant (Dark) Source" dévoile le visage le plus sombre et humainement viscéral de ses membres

La particularité d’un groupe ne faisant presque jamais rien comme les autres, c’est d’être, un peu cyniquement, toujours attendu pour sa différence, pour ses choix, et potentiellement de décevoir quand les choses tendent à devenir un tant soi peu traditionnelles, répétitives ou moins expérimentales que par le passé.
Cette exigence de toujours être à part fini par devenir pesante et n’est parfois que partiellement atteinte.

Si l’on prend le cas d’Hypno5e, il est certain que depuis "Des Deux l’Une est l’Autre", les montpelliérains ont été habitué aux louanges de l’anticonformisme et d’un son résolument novateur et différent, même si les principaux créateurs se défendent d’être original pour l’être. Mais le fait est que ce metal cinématographique et coloré de multiples influences est unique, probablement aussi dans le fait que le metal est plus un exutoire et un moyen de n’avoir aucune limite plutôt qu’un style primaire recherché. Il est le moyen plus que le but déterminant.
Après un "Acid Mist Tomorrow" traumatisant et toujours dans les mémoires (2012), le groupe avait proposé un "Shores of the Abstract Line" dans la droite lignée, bien que toujours excellent, et un désarçonnant "Alba, Les Ombres Errantes", bande sonore acoustique d’un film créé par Emmanuel Jessua lui-même. Si Alba a déçu certains, enchanté d’autres, c’est encore une fois dans la culture de la différence, bien que l’exercice acoustique eût déjà été révélé, avec énormément de brio, avec le projet très sombre (composé des mêmes musiciens) "A Backward Glance to a Travel Road".

Revenant désormais avec le quatrième opus dans sa forme plus « traditionnelle » (si l’on peut dire, avec des guitares et une base rythmique dirons-nous), Hypno5e reste toujours attendu pour nous coller une claque et sortir des sentiers battus. Premièrement, d’une façon conceptuelle, ce nouvel opus, "A Distant (Dark) Source" est celui qui viendra en second dans le diptyque que prépare le quatuor, le prochain étant scénaristiquement une ouverture et une explication de ce qui se passe dans cet album (vous suivez ?). Ensuite, avant même l’écoute, Emmanuel avait prévenu vouloir aller dans une direction plus brute et viscérale, plus violente dans les parties agressives et plus aériennes sur les parties calmes, afin de renforcer encore les contrastes et les émotions de l’album. Dans l’esprit, ce n’est pas un mal tant "Shores of the Abstract Line" souffrait du syndrome « pt II » d’un album précédent magnifique et semblant déjà indétrônable dans une discographie.
Puis vient l’écoute de l’album.
Dès les premiers instants, impossible de ne pas reconnaitre la patte unique de composition du montpelliérain. Lorsque "On the Dry Lake" débute, les samples typiques du combo ainsi que les extraits audios de films ou de documentaire, parfois même extrait de la poésie, empreigne l’atmosphère. Cette première citation, très noire et violente, instaurée par des samples angoissants, se veut courte et laisse exploser les riffs après un peu plus d’une minute. Un riff en rupture, devenu marque de fabrique du combo, syncopée et brutale, qui lance directement les hostilités. On sent une voix encore plus crue et désespérée qu’avant dans les parties violentes, tandis que la mélancolie est exacerbée sur les ambiances claires. Un côté vicieux se dégage de la mélodie principale du morceau, puisque, presque pernicieusement, elle s’insinue partout, parfois en retrait des riffs, parfois plus en avant ou aux claviers derrière les parties acoustiques.

Cinq titres. Plus d’une heure de musique. Quatre morceaux entre douze et dix-huit minutes. Les premières écoutent nécessitent, à l’instar des précédents, pas mal d’efforts pour entrer dans le disque, dans son atmosphère et son concept fantomatique évoquant le retour des âmes autour d’un lac bolivien à la nuit tombée. Ces démons qui ressurgissent, provenant du passé, sont le fil rouge émotionnel d’un disque résolument triste et mélancolique, même dans sa violence. Car si violence il y a, elle n’est pas dévastatrice mais plutôt le symbole de cette tristesse extrême, presque suicidaire, qui se cache derrière les compositions.
Impossible de faire un track by track, ce serait de toute façon inutile avec un tel disque. On retrouve un Hypno5e en terrain connu (certains diront dans une zone de confort passéiste, même si le terme me semble bien trop fort concernant le groupe) sur le titre éponyme. Sa première partie, lointaine et cinématographique (l’image des landes désolées et désertiques est très claire à l’esprit), évoque les deux premiers albums avant que le premier riff (la part II) ne surgisse pour installer cette lourdeur caractéristique. Des plans techniques et syncopés s’installent au fur et à mesure, rendant l’atmosphère plus hostile encore, constamment ambiancé avec des parties parfois électroniques, parfois acoustiques ou ambiantes.
"On Our Bed of Soil" se veut encore plus violent dans ses parties agressives, toujours grâce à cet Emmanuel en transe, plus noir que jamais, cru et à nu, comme crachant ses tripes et ses cauchemars au micro. Cela ne fait que renforcer l’émotion qui échappe ensuite des parties claires, paraissant encore plus charnelles et humaines après les infusions de violence. Certes, Hypno5e prend son temps mais il reste dans une méthode de composition qu’on lui connait déjà et il faut de toute façon prendre le temps de disséquer toutes les informations que nous donne le disque.
Puis vint le final, "Tauca - pt II - Nowhere", assez inattendu, titre le plus court (sept minutes), s’ouvrant sur une narration apocalyptique et une progression qui laisse envisager un dernier titre entièrement acoustique. La voix d’Emmanuel est en retrait, la mélodie très claire...puis une flute, des percussions, une inspiration presque shamanique...pour terminer le disque sous forme de spiritualité et d’appel au voyage. Un voyage qui va basculer dans l’horreur puisque de nulle part surgi un blast effréné et extrême, les guitares se saturent et l’ensemble devient bruitiste (la version live pour terminer un concert risque d’être terrible). Puis la voix ne devient que souffrance, évoquant pour certains les instants de My Own Private Alaska dans sa crudité, sa nudité et son instant primaire. La chose fut immortalisée en une prise, sans retouches, et aurait pu ne jamais voir le jour. C’est dans cette urgence que le disque tire sa révérence...impériale pour certain, ennuyeuse pour d’autres mais, toujours différente. Si certaines voix s’élèvent face à un certain manque de renouveau d’Hypno5e, d’autres y répondront que l’identité du groupe est si forte, ainsi que la sincérité qu’ils dégagent dans leur musique, que cela importe peu.
Une seule chose est certaine, "A Distant (Dark) Source" est un nouveau point important de l’évolution d’Hypno5e, et dévoile le visage le plus sombre et humainement viscéral de ses membres. Une expérience à vivre...transcender ou non par vos émotions.

2 Commentaires

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Solahtar - 29 Novembre 2019:

Pour l'instant je n'en suis qu'à une écoute de l'album (y a trop d'albums à écouter ce mois-ci c'est fou), il m'a paru bien efficace, avec cette noirceur qui permet de distinguer l'opus des précédents tout en gardant la patte "Hypno5e". On aura vraiment été bien servis cette année niveau prog ^^

Merci pour la chronique, bien écrite comme toujours.

Il me tarde de revoir le groupe en live, j'avais pas pu les voir sur la tournée Alba. Par contre j'ai pas trop suivi cette histoire de deuxième partie de l'histoire qui sort avant la première, mais ça ne m'étonne pas tant que ça venant d'Hypno5e xD.

Molick - 29 Novembre 2019:

Merci pour la chronique !

Une écoute également. Assez dur à digérer comme tu l'indiques. Pour le moment, mon ressenti est plutôt positif. J'avais trouvé Shore moins prenant que Acid Mist, moins "viscéral" (l'exemple principal est la chant, moins écorché et plus saturé "classique"), et pour ceui là la première éoute me plaît plus que pour Shore, mais pas au niveau de Acid Mist (celui-ci m'ayant accroché direct).

Donc à voir, mais vu ce que ça donne à la première écoute, et que l'album va certainement se dévoiler bien plus par la suite, ça part plutôt bien.

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