The Old Dead Tree

The Old Dead Tree est un groupe qui a laissé une trace indélébile sur la scène metal française, ayant évolué dans un créneau unique mêlant metal extrême, dark, doom, gothique et envolées pop avec une justesse et une émotion bouleversantes. Plus de dix ans après son split, le groupe possède toujours une fan base importante qui ne rêve que d’une chose : une reformation et un quatrième album. Cela faisait déjà quelques années que Manuel Munoz, chanteur et principal compositeur de la formation, avait annoncé la sortie de The End, EP final qui viendrait nous présenter les ultimes morceaux de The Old Dead Tree, élégante manière de rendre un dernier hommage au public qui les suit si fidèlement depuis leurs débuts et de définitivement tourner la page…

A l’occasion de la parution de l’EP sur Season of Mist, l’occasion était trop belle pour ne pas s’entretenir une dernière fois avec les quatre qui reviennent sur la genèse de ces morceaux ainsi que sur le split du groupe et leur vision de l’avenir…
 


1. Bonjour à vous quatre ! Pouvez-vous revenir sur les raisons qui ont conduit le groupe à se séparer en 2008 ? Quelles étaient alors les dissensions au sein du groupe ?

Entre 2003 et 2008, nous avons enchaîné 3 enregistrements d'album et les 3 tournées qui allaient avec, ce qui représente une grosse centaine de concerts dans toute l'Europe. Parallèlement à ça, nous répétions 2 à 3 fois par semaine tout en ayant un travail à plein temps. Ajoute à cela que nous avons eu des enfants et tu auras une petite idée de l'état d'épuisement dans lequel nous nous trouvions.

A la suite de la tournée de The Water Fields, cette usure ne s'est pas manifestée de la même façon chez tous les membres du groupe. Raphaël qui nous avait rejoint un an plus tôt n'était pas encore touché, mais Gilles et Vincent ont demandé à ce que l'on s'arrête 6 mois voire un an alors que de mon côté, je voulais que l'on jette nos dernières forces dans la bataille en sortant un quatrième album qui marque un cap par rapport à nos productions précédentes. Je voulais qu'on s'affranchisse du carcan metal pur, que l'on enregistre en live, que l'on essaie de développer plus de finesse dans les arrangements en n'ayant pas peur de ne pas avoir une grosse distorsion sur tous les riffs. Gilles et Vincent souhaitaient, eux, que l'on garde plus de marqueurs de nos origines. Vincent notamment  avait très peur qu'on devienne un groupe de rock.

 

2. Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir présenter plus de 10 ans après la fin du groupe ces inédits composés en 2008 ?

C'est en 2013, à la suite de la tournée fêtant les 10 ans de The Nameless Disease, notre premier album que j'ai proposé aux gars de donner vie aux 4 titres composés en 2008. Par la suite nous nous sommes décidés à reprendre celui qui allait devenir The End... Again. Il s'agissait de la toute dernière chanson sur laquelle nous ayons travaillé avec Frédéric Guillemot avant qu'il ne mette fin à ses jours en 1999. Le poids qui entourait ce titre nous avait jusque là retenu d'y toucher, mais nous nous sommes dit que c'était la dernière chance pour ce morceau de voir le jour.

 

3. Pourquoi tant de temps justement ? Depuis votre séparation, il y a eu plusieurs signes et annonces qui montraient votre volonté de revenir (un concert en 2013 au Hellfest pour les 10 ans du premier album, la création de We Cry as One avec le premier concert en 2017…), alors pourquoi avoir attendu si longtemps pour nous présenter ces titres, qui, si je ne m’abuse, étaient déjà composés depuis des années ?

Les titres ont effectivement été enregistrés il y a 5 ans, dans la foulée de la tournée anniversaire de The Nameless Disease.

En 2015, alors que nous finalisions avec Season of Mist les conditions de sortie du disque, Julien Metternich, qui s'est occupé de toutes les vidéos du groupe est venu me voir avec un projet de film documentaire. Il m'a dit " j'ai des centaines d'heures de rushes de The Old Dead Tree. Je vous ai filmé pendant des années sur la route, en répétition, en concert... Je voudrais utiliser ces images pour raconter à la fois votre histoire et à la fois la réalité de ce que traverse un groupe semi professionnel." Je lui ai dit que nous attendrions qu'il ait terminé pour pouvoir joindre ce film au EP que nous venions d'enregistrer. Je n'avais simplement pas imaginé que cela prendrait si longtemps...

 

4. A ce sujet, avez-vous prévu une ultime tournée ou quelques concerts pour défendre ces « nouveaux » titres sur scène ?

Nous nous produirons à Paris le 11 avril pour un concert exceptionnel de 2 heures. Pour le reste, nous ne nous engageons sur rien. Nos vies sont bien compliquées, et même si l'envie est là, le fait que nous résidions à des centaines de kilomètres les uns des autres rend tout compliqué. Il est donc peu probable que nous puissions repartir en tournée comme nous avons pu le faire auparavant. Nous aviserons donc en fonction de nos disponibilités.

 

5. A présent, petit exercice rhétorique : pourriez-vous résumer l’univers de The Old Dead Tree pour les lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore ?

The Old Dead Tree est un groupe de metal qui va mêler des influences allant de Paradise Lost à Jeff Buckley en passant par des passages de metal extrême ou de folk. Le ciment qui tient cet ensemble hétéroclite c'est l'émotion brute. Nous ne nous sommes jamais rien interdit tant que la musique restait cohérente et que l'émotion que nous voulions faire passer était bien présente.

 

6. Venons-en maintenant à la musique en elle-même : pouvez-vous nous décrire brièvement chacun de ces cinq titres inédits ? D’après vous, musicalement, qu’est-ce qui distingue ces nouveaux morceaux de ceux de The Water Fields ?

Le plus gros virage s'est fait, je pense, sur la production. Pour cet EP, nous avons chercher à nous démarquer des productions formatées "metal" que nous avions eu jusqu'ici. La section rythmique a été enregistrée en live pour amener plus de groove. Nous avons aussi demandé à François-Maxime Boutault qui s'est occupé du mix de limiter au maximum l'usage du trigg sur la batterie de manière à ce que celle-ci sonne le plus naturellement possible. François-Maxime était le producteur idéal pour nous. Il a travaillé avec Behemoth et  Dagoba mais aussi avec Julien Doré ou David Halliday. Il a un savoir faire qui dépasse les carcans habituels et c'est exactement ce dont nous avions besoin.

En ce qui concerne les 5 titres à proprement parler, on y retrouve aussi bien les racines doom de nos débuts sur l'intro de Sorry ou sur The End... Again qu'un couplet de Brit pop sur Kids ou un passage purement folk en fin de Someone Should Know (The Truth).

Durant la phase d'arrangement des titres de The Water Fields, j'ai voulu rassurer Vincent et Foued (notre batteur à l'époque) qui avaient peur que The Old Dead Tree devienne un groupe de pop. J'ai aussi voulu rassurer les fans sur le fait que le groupe n'allait pas changer du tout au tout après le départ de Nicolas Chevrollier qui tenait un rôle important dans la composition. Cette situation m'a amené à faire des choix qui ont sûrement restreint l'évolution artistique naturelle qu'aurait pu avoir The Water Fields.

 

7. Lorsque l’on écoute votre discographie, on constate une évolution assez notable, allant d’une musique plus doom et lourde vers quelque chose de plus « pop » et aérien, moins brut, plus subtil et travaillé, davantage porté sur les arrangements et les contrastes. Es-tu d’accord avec cette analyse ? En ce qui me concerne, ces nouveaux morceaux semblent parfaitement épouser cette direction musicale, est-ce une volonté consciente de la part du groupe ou une évolution spontanée et naturelle ?

Pour The End, je me suis effectivement affranchi des considérations qui m'habitaient en 2007. Mes camarades ont évolué avec le temps. Et de mon côté, j'ai fini par comprendre que ce que le public attendait de The Old Dead Tree ce n'était pas la répétition d'un style immuable, mais simplement de la musique jouée avec âme et engagement. Le choix de production joue par ailleurs beaucoup dans la perception que l'auditeur va avoir de notre musique. Ici il y a de l'espace partout. En n'utilisant pas de murs de guitare tout au long du disque nous avons aménagé une énorme amplitude dynamique qui permet à la musique de respirer et de passer de manière encore plus forte d'un sentiment à un autre. C'est ce que j'avais en tête en 2008 au moment du split mais je n'avais, alors, pas réussi à convaincre les autres membres du groupe de faire ce choix.

 

8. Parlez-nous des conditions d’enregistrement de ces nouveaux titres : quand, avec qui et dans quelles conditions ont-ils été mis en boîte ? Quelle était l’ambiance lors de votre passage en studio ? J’imagine que c’était un moment riche en émotions, car ce n’est probablement pas tous les jours que vous vous retrouvez avec vos vieux copains !

François-Maxime nous a conseillé de confier l'enregistrement des instruments à Olivier Servrancx qui est un type adorable et qui a tout de suite compris l'esprit que le groupe cherchait à avoir pour cet EP.

En ce qui concerne l'ambiance, elle est à relativiser car les emplois du temps de chacun ont empêché une réunion complète du groupe en studio. Les lignes de basse ont été jouées par Brice Guilllon (Melted Space) car ni Vincent ni Gilles Moinet, qui jouent tous deux de cet instrument, n'a eu la possibilité de s'investir dans le projet durant la période de production du disque. Nicolas m'a rejoint après l'enregistrement de la section rythmique pour les prises de guitares et j'étais seul avec François-Maxime lors des prises de voix. Nous n'avons même pas pu nous réunir pour écouter tous ensemble le résultat de notre travail. C'est extrêmement frustrant mais on ne peut rien y faire et cela explique pourquoi il n'y aura probablement jamais de reforrmation réelle de The Old Dead Tree.

 

9. D’ailleurs, à ce propos, désolé de vous poser la question que tout le monde a déjà dû vous poser, mais elle me semble inévitable : lorsque l’on se réunit après de nombreuses années pour enregistrer de vieux titres, il arrive souvent que l’on retrouve la vieille alchimie d’autrefois et que la fameuse étincelle des débuts indispensable à toute création se rallume… Est-il donc envisageable que The Old Dead Tree reprenne du service ou le vieil arbre est-il définitivement bien mort et enterré ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, on se réunit toujours une à deux fois par an pour jouer ensemble avant de retrouver notre équipe technique dans un bon restaurant. On appelle ça les "restold". Malgré la distance et nos vies bien remplies, nous avons gardé contact et avons même donné un concert pour le fun sou le nom We Cry As One en 2017.

Il est évident que la séparation du groupe est un crève cœur pour chacun d'entre nous, mais il faut savoir être réaliste. L'unique manière de garder le groupe en vie serait que je m'occupe de tout. Mais, dans ce cas, nous ne formerions plus un groupe. Cela irait à l'encontre de tout ce qu'a représenté The Old Dead Tree pour nous au cours de ces années.

 

10. Manuel, ton chant est toujours aussi impressionnant et varié, tant émotionnellement que techniquement. Peux-tu nous dire comment tu travailles tes vocalises et comment tu décides quelle partie de chant correspond à quelle partie musicale ?
Lorsque tu enregistres tes parties vocales, te laisses-tu uniquement guider par l’émotion ou au contraire as-tu besoin de nombreuses heures de travail et d’innombrables prises pour enfin être satisfait du résultat final ?

J'ai beaucoup progressé techniquement en travaillant sur le projet Melted Space de Pierre Lepape, qui joue d'ailleurs les claviers de notre EP. Mais, je pense que cette sensation vient aussi beaucoup des prises effectuées par François-Maxime Boutault. Il a été très exigeant et j'ai dû reprendre chaque phrase une dizaine de fois pour arriver à ce résultat. C'était très intéressant de changer de producteur, car Andy Classen qui s'est occupé de nos 3 albums précédents, préférait lui garder systématiquement la spontanéité de la deuxième ou troisième prise quitte à ce qu'elle ne soit pas parfaite. Enfin, à titre personnel je suis très rarement satisfait du résultat après avoir enregistré. Il me faut souvent quelques jours pour m'habituer à ce que j'ai chanté.

 

11. Que doit-on, que peut-on souhaiter à The Old Dead Tree pour l’avenir, si avenir il y a ?

On peut souhaiter à The Old Dead Tree de rester humain et soudé et de continuer à jouer de temps en temps pour le plaisir. Ce n'est pas la fin la plus grandiose, mais c'est sûrement la plus en lien avec ce que nous avons été.

 

12. Quoi qu’il en soit, pour avancer, il faut aussi et surtout savoir regarder devant soi plutôt que toujours derrière ! Pouvez-vous donc également faire un rapide tour d’horizon de tous les projets musicaux qui occupent actuellement les différents membres du groupe ? Y a-t-il des sorties de prévues pour vous prochainement, en dehors de ce nouvel EP de The Old Dead Tree ?

Après avoir sorti 2 albums avec Ommatidia, Nicolas Chevrollier et Vincent Danhier se sont mis en retrait de la musique. Gilles Moinet a réactivé son projet doom Lux Incerta et Raphael Antheaume est toujours batteur dans Penumbra. De mon côté, j'ai intégré Arkan, le groupe de Foued Moukid en 2016 et après Kelem, sorti la même année, nous avons enregistré un autre album en Suède chez Fredrik Nordstrom qui devrait sortir cette année. J'ai aussi monté un projet pop-rock en français avec Nicolas Cornolo de Dustbowl et nous allons sortir un EP en 2020 sous le nom de nuit/carmin.

 

13. Merci beaucoup à vous pour cette interview ! Je vous laisse le mot de la fin…

Un grand merci à toi pour tes questions et ton soutien. On vous donne rendez-vous le 11 avril à Paris pour un concert exceptionnel !

interview réalisée par Icare

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Eternalis - 26 Janvier 2020:

Merci pour l'entretien et cette interview qui sera très probablement la dernière.

Un moment sympa. J'ai souvenir du show du Hellfest 2013 qui avait rassemblé une tente pleine en plein milieu d'après midi et de la ferveur qui s'en dégageait. C'est là qu'on mesure le temps et l'investissement d'un groupe que beaucoup d'auditeurs ne comprennent pas. La passion, la flamme, l'art c'est une chose...Mais il y a aussi des réalités humaines et économiques qui parfois prennent le dessus. C'est triste mais ils ont au moins l'honnêteté d'être complètement transparent sur le sujet.

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