Porcupine Tree

A l'occasion de leur passage en France afin de défendre The Incident sur la scène de l'Olympia, nous avons pu nous entretenir avec Colin Edwin, bassiste du groupe Porcupine Tree.

interview Porcupine TreeJ'aimerais commencer avec votre nouvel album, The Incident. Pourriez-vous nous décrire le fonctionnement du groupe, comment il compose et comment êtes-vous venus à cet album ?
Pour cet album, nous voulions un ensemble uni composé de cinq parties initialement distinctes - les musiciens. C'est la première chose à laquelle nous avons travaillé, avant même de penser à cette longue pièce qu'est le disque un. Nous nous sommes rassemblés dans notre studio perdu dans la campagne anglaise après avoir chacun travaillé seul de notre côté. De ce fait, The Incident a été construit en deux étapes ; d'une part en studio, et d'autre part chacun chez soi. Et le résultat final peut parfois être très différent de l'idée de base.
Pour moi, ça a été la meilleure façon de procéder. Personnellement, les meilleures idées viennent dans les premières cinq secondes, ou des semaines plus tard. J'ai eu l'opportunité de travailler et de jouer seul dans mon propre studio. Certaines chansons m'ont demandées des essais sur trois ou quatre basses différentes, avec des effets variant à chaque fois et qui parfois marchaient, parfois non ; mais, au moins, j'avais la possibilité de tout essayer. Puis, lors du travail de groupe en session studio, il m'arrivait de changer certains passages, parce que ce premier m'amenait à d'autres possibilités, bien que la majeure partie du travail soit restée identique à la fin. Mais le but était vraiment d'arriver à un résultat très homogène, sans distinction des cinq parties, comme si elles formaient un tout.
Travailler seul est vraiment différent de travailler en groupe. Et le travail de groupe nous aide à mixer toutes ces approches différentes ; on s'assoie et essayons de trouver ce que nous pourrions faire de mieux et nous le jouons tous ensemble. Et je suis très satisfait du résultat.


Il ne s'agit donc pas d'une dictature musicale sous le chef de Steven Wilson, comme on peut régulièrement l'entendre ?
Eh bien, cela dépend. Parfois, nous nous donnons une totale liberté et faisons ce que nous voulons. Et parfois, Steven est très pointilleux sur des choses en particulier. Bien sur, il lui arrive d'écouter nos suggestions et dit 'j'aime bien cette idée' mais il arrive aussi qu'il ne les aime pas et nous devons alors argumenter. Il a souvent été décrit comme un dictateur et il y a un peu de ça. Mais j'apprécie travailler avec lui, mon but n'étant pas de gagner dans le jeu de l'argumentation, mais de jouer ce que j'aime et de permettre aux autres membres du groupe de faire leur 'boulot'. A côté de ça, Steven a aussi de très bonnes idées et c'est important qu'il puisse s'autoriser à les faire exister.


Pourquoi avoir associé un second album à The Incident et, bien sur, pourquoi autant de pistes pour le premier ?!
Steven est venu nous voir avec une idée basée en trois morceaux, reliés par un tout, pour que cela donne un sentimet de continuité. Pour le disque un, on pourrait d'ailleurs le diviser uniquement en trois pistes, mais si quelqu'un prenait le temps d'étudier les thèmes et les variations, il verrait apparaître les différentes chansons d'elles-mêmes. Le plus dur a 
interview Porcupine Tree3;té de procéder aux arrangements des morceaux pour garder cette idée de fluidité et de cohérence.
Au final, Il faut voir cet album comme un voyage : l'intérêt est de l'écouter dans un certain ordre pour comprendre où l'on veut en venir. C'est comme pour un film : on ne peut pas le mettre en lecture aléatoire où l'on n'y comprendrait rien. Les différentes pistes marquent les différents événements de l'histoire. Cependant, je ne pensais pas qu'il serait faisable de jouer le disque un en intégralité pendant les concerts. Et c'est pourtant ce qu'on fait depuis le début de la tournée et je suis content d'avoir eu tort ! On a l'impression que 55 minutes de musique in-interrompue risque de faire trop, mais finalement ça passe à merveille et le public semble beaucoup aimer.


Parlons maintenant de la tournée. Nous connaissons l'opinion de Wilson quant à votre première partie, Robert Fripp (King Crimson), mais quelle est la vôtre ?
Robert Fripp est un artiste fantastique et je suis un grand fan de cet artiste, comme de la soul des années 70 d'ailleurs. Sans parler des morceaux de King Crimson qui sont tout bonnement monstrueux ! Robert Fripp est une légende, un musicien incroyable. On a eu l'occasion de jouer avec lui il y a quelques années lors de dates au Japon, et depuis, nous avons appris à mieux le connaître, ce qui a permis de nombreuses collaborations ; par exemple, il a joué en guest sur des morceaux de Fear of a Blank Planet. C'est quelqu'un de très surprenant, il apporte toujours des idées nouvelles, et souvent là où l'on s'y attend le moins. Il participe à tout un tas de projets et expérimente sans cesse, même au cours des différentes dates de Porcupine Tree. Tout ce qu'il propose est digne d'être soigneusement écouté.


La tournée répond-elle à vos attentes, que ce soit scéniquement ou musicalement ?
Pour le moment, on a tourné deux semaines aux États-Unis et fait quelques dates en Angleterre. Nous avons eu besoin de beaucoup répéter en raison du très grand nombre de chansons différentes interprétées, de la fréquence des changements d'instruments et de styles, qui n'autorisent que quelques très courtes pauses. Le premier concert de la tournée, à Seattle, était seulement deux jours après la sortie de The Incident. J'imagine que la plupart des personnes présentes n'était pas vraiment familiarisée avec l'album, mais ils écoutaient respectueusement et l'on a eu un très bon accueil. Cela dit, on avait déjà poussé l'expérience plus loin dans le passé : avec Fear of the Blank Planet, nous avions joué les morceaux en live avant de les enregistrer. Le public reste toujours partagé entre deux désirs ; celui d'écouter quelque chose qu'il connait déjà, et celui de découvrir des nouveautés. En un sens, c'est que nous essayons de faire sur cette tournée.


Pourquoi le choix de cette salle, encore (l'Olympia, ndl) ?
Lors de notre dernier passage en France, lorsque nous avons joué dans cette salle, on a vraiment trouvé ce lieu formidable. Alors, lorsqu'ils nous ont proposé de revenir, nous n'avons pas voulu décliner l'invitation (sourire). C'est une belle salle e
interview Porcupine Treet le quartier est magnifique. Nous avions joué à d'autres endroits par le passé, comme l'Elysée Montmartre, et une autre salle dont je me souviens pas le nom, mais l'Olympia, c'est le mieux qu'on ait trouvé à Paris. Certaines salles n'ont pas de vrais backstage, on se retrouve à quatre dans une même pièce et il n'y a pas de douches (rires)... Alors, quand on tombe sur un endroit comme celui-ci, on n'a pas envie de changer !


Pour finir, j'aimerais parler un peu de votre carrière personnelle, de vos projets en dehors de Porcupine Tree.
Je travaille principalement sur deux projets. D'un côté, il y a mon projet solo sur lequel j'ai passé beaucoup de temps. La musique tourne beaucoup autour de l'impro' et de la musique africaine. On y trouve du saxo, avec beaucoup de programmation ; on fait venir des guests, des trompettes, un guitariste indo-britannique avec un style très particulier. En gros, cet album solo c'est un mélange de musique avec quelques paroles parlées, un peu comme de la poésie. Ca fait prétentieux (rires) ! En fait, ce sont des histoires racontées qui semblent bizarres au premier abord mais qui sont conçues pour aider à comprendre des choses plus profondes et complexes, tout comme la poésie. Je pensais que ce serait intéressant de mêler certaines de ces histoires à la musique. Le reste est instrumental. J'ai mis tout ce mélange ensemble et le retour fut plutôt positif. Je continuerai peut-être dans cette optique. Et puis, j'ai deux autres projets encore un peu secrets que je ferai de mon côté et où je ferai intervenir encore d'autres musiciens, mais je manque de temps avec tout ce qu'il se passe en ce moment pour Porcupine Tree.
Le second projet officiel sur lequel je travaille est un projet Heavy metal, Random Noise Generator, avec un jeu de guitare très lent et un rythme différent de ce que j'ai l'habitude de faire. C'est très particulier et j'espère que les deux autres musiciens vont se secouer un peu et finir leurs parties (rires) ! Ce projet me prend beaucoup de temps également, mais j'aime me maintenir occupé.

Enfin, pouvez-vous me raconter votre meilleur souvenir en tant que musicien ?
C'est une question très difficile (il réfléchit). Quand on y pense, lorsque la tournée sera terminée, on aura joué plus d'une cinquantaine de fois certaines des morceaux du répertoire, et, dit comme ça, cela peut paraître très ennuyant ou répétitif. Mais pour moi, ce n'est jamais le cas, je ne m'ennuie jamais. Chaque fois, l'on joue les morceaux différemment... On peut vivre un même événement de façon différente à chaque fois. Et c'est comme ça que je vois nos concerts. Par exemple, le concert de la veille était vraiment super, une très bonne salle, une scène parfaite, nous avons bien joué et je pense que tout le monde s'est beaucoup amusé. Je n'oublierai jamais ce concert. Mais il y a eu beaucoup d'autres concerts comme celui-là où les circonstances furent également mémorables. Mon but est de créer une belle atmosphère, et ce que j'aime vraiment c'est lorsqu'on s'y laisse prendre : là, c'est une nuit mémorable. Hier était une de ces soirées et j'espère que le concert de ce soir sera identique. Vous y serez, j'espère ?

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interview réalisée par Elisa

1 Commentaire

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Eternalis - 13 Novembre 2009: Intéressante et complète...merci.
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