Mortis Mutilati

Mortis Mutilati n’est pas encore un groupe extrêmement connu, mais la sortie de son quatrième album pourrait bien changer la donne. Présentant un black de qualité aussi raffiné que nauséabond porté par des riffs lancinants, des mélodies très marquées et une ambiance au romantisme noir délétère, le combo français ne vous laissera probablement pas indifférent. Entretien avec Macabre, gardien de l’ossuaire, qui ouvre pour nous le portail rouillé du cimetière et accepte de nous dévoiler les secrets macabres de son dernier mort-né, The Stench of Death…

 

 

Salut !  Première question de rigueur pour commencer cette interview : Mortis Mutilati n’étant pas encore un groupe très reconnu sur la scène française, peux-tu stp nous présenter la formation ?

Salut, j'ai d'abord commencé le projet seul en 2011 enregistrant quelques demos. J'ai ensuite cherché des musiciens de session pour faire des concerts tandis que j'enregistrais les deux premiers albums Nameless Here For Evermore et Mélopée Funèbre et nous venons de sortir cette année notre dernier album The Stench Of Death.

 

Petit exercice de rhétorique à présent : essaye de décrire la musique de Stench of Death en trois mots seulement afin d’attiser la curiosité du lecteur !

Sale, perverse, vicieuse.

 

Quelles sont tes influences principales musicalement parlant ? Y a-t-il certains groupes de la scène française que tu considères comme de grandes références ?

Je n'ai pas vraiment d'influence, je n'essaye pas de ressembler à tel ou tel groupe. Je compose au fur et à mesure que les idées viennent et je choisis les meilleures une fois que j'en ai assez pour faire un morceau.
En ce qui concerne le black français, je pourrais citer en référence les groupes des Légions Noires. J'adore l'ambiance qu'ils dégagent. Ce sont les seuls à donner du charme à une production pourrie.

 

La musique de Mortis Mutilati s’éloigne pas mal des standards du black metal dit true, mettant très en avant les mélodies de guitares servies par un son très clair et n’hésitant pas à utiliser du clavier, du piano, du chant féminin, des rythmes lents et lancinants... Quelles limites te fixes-tu musicalement parlant, et comment décides-tu quels éléments doivent participer ou non de l’identité sonore de Mortis Mutilati ?

C'est très instinctif, je sens quand je dois en incorporer ou non. En général les éléments additionnels arrivent en dernier quand j'ai fini de composer le morceau, voire à la fin de l'album. Je ne me fixe pas de limite, du moment que la musique est bonne, je suis satisfait.

 

De par les mélanges musicaux que tu instigues, tu sembles avoir une conception assez ouverte de l’art black metal, contrairement à certains « puristes » qui n’acceptent pas l’incursion de claviers, de chant féminin ou de mélodies accrocheuses. Quelle est ta propre conception du black metal, aussi bien musicalement que spirituellement ?

A vrai dire, j'écoute de moins en moins de black metal. Du moins, je ne m'intéresse plus aux nouveaux groupes, ni aux nouvelles sorties qui ne m'apportent plus rien. Le black a été selon moi souillé par ces fameux puristes qui sont toujours très fiers de leur fermeture d'esprit. Même si j'aime composer du black metal, je préfère m'en éloigner pour découvrir d'autres styles musicaux qui n'ont souvent rien à voir avec le metal même.

 

Quelles émotions cherches-tu à exprimer et quels sentiments veux-tu véhiculer via ton art ?

Ce sont les sentiments que j'éprouve sur le moment quand je compose. J'emmagasine un certain nombre de choses jusqu'à ce que les idées arrivent comme une envie de pisser. C'est souvent de la colère ou de la haine mais ça peut aussi être de l'art pour la beauté de l'art.

 

Malgré cet aspect mélodique marqué, tu parviens à créer un univers aussi sombre et sulfureux qu’envoûtant, et la mort semble omniprésente dans l’univers de Mortis Mutilati, tant dans la musique, l’artwork, les textes et jusqu’au patronyme du groupe. D’où te vient cette fascination pour l’au-delà ? Peux-tu expliciter tes croyances en la matière ?

Je travaille dans un cimetière, je suis donc confronté à la mort tous les jours aussi bien moralement que physiquement. C'est une excellente source d'inspiration, je trouve fascinant ce que devient le corps une fois que la vie s'en est échappée, c'est à dire une sorte de bouillie noire et puante. La mort est pour moi la fin de tout, je pense qu'il n'y a rien après, juste la fin.

 

A ce propos, pour ce qu’ai pu en comprendre, les textes semblent très travaillés et écrits dans une langue assez précieuse. Peux-tu nous dévoiler les thématiques traitées dans The Stench of Death ? D’une manière générale, qu’est-ce qui t’inspire pour écrire tes textes ?

The Stench Of Death est un album sur la mort pure et dure, la plupart des morceaux parlent de la maladie, de l'alcool et de tout ce qui est néfaste pour la vie. Il y a également un morceau, Homicidal Conscience, en hommage aux tueurs en séries que je trouve également fascinants. Je m'inspire beaucoup de mon travail, de mon vécu et aussi de la littérature pour écrire mes textes.

 

Comment choisis-tu entre textes en français et lyrics en anglais ? Est-ce plutôt la musique, la thématique ou l’état d’esprit au moment de la composition du morceau qui va dicter la langue ?

Je dirais que c'est surtout la musique qui fait en sorte que les paroles soient en français ou en anglais. Tout n'est qu'une question de sonorité.

 

Ta musique porte le sceau maudit de la décrépitude et de la décadence, ce qui me pousse à faire un parallèle avec le triste état de notre monde quotidien. En quelques mots, que t’inspires le monde dans lequel nous nous débattons aujourd’hui, et que penses-tu de la politique qui en dicte les règles du jeu ?

Le monde d'aujourd'hui m'inspire un profond dégoût, je déteste la mentalité des gens d'aujourd'hui qui s'offensent pour un oui ou pour un non, j'habite au-dessus d'un PMU ou des beaufs bourrés passent leur temps à gueuler sous ma fenêtre. On passe notre temps à payer pour tout et n'importe quoi... Je pourrais continuer des heures comme ça... Pratiquement tout va mal aujourd'hui et ça n'est pas sur la bonne voie pour s'arranger...

 

Tu es seul maître à bord chez Mortis Mutilati. Est-ce une volonté, le désir de pouvoir tout contrôler et de n’avoir aucun compte à rendre à personne, ou est-ce seulement que tu n’as pas encore trouvé les bons partenaires ?

Pour les deux premiers albums, j'étais complètement fermé à toute suggestion ou toute intervention d'un tiers dans Mortis Mutilati. Je me suis un peu démocratisé pour The Stench Of Death où j'ai eu l'aide de mes musiciens de session pour les arrangements finaux et l'enregistrement avec Rokdhan en guitare rythmique et Asphodel aux choeurs.

 

A ce propos, Mortis Mutilati est-il uniquement un projet studio ou est-ce aussi un groupe de scène ? Dans le second cas, qui t’accompagne lorsque vous vous produisez live ? Peux-tu brièvement nous présenter les musiciens qui jouent avec toi et nous dire en quoi ils ont une influence ou non sur la musique de Mortis Mutilati ?

Nous faisons beaucoup de concerts, surtout à l'étranger. Nous avons joué au Mexique, en Russie, en Angleterre, en Lettonie et encore pas mal d'autres pays... Nous avons donc Rokdhan à la guitare, Umbre à la guitare lead, Scalde pour la batterie, Asphodel pour les choeurs et les artworks et moi (Macabre) à la basse et aux voix. Ils n'ont jamais eu d'influence avant The Stench Of Death mais les choses ont changé. Je pense que nous avons le meilleur line-up que nous ayons jamais eu tant humainement que techniquement, et j´espère ne pas devoir en changer de sitôt !

 

Cette interview touche à sa fin, je te laisse les derniers mots pour conclure !

The Stench Of Death est toujours dispo, on est en autoproduction, soutenez l'artiste : www.mortismutilati.com

interview réalisée par Icare

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