Dagoba

Cinquième album pour les marseillais qui entendent bien battre le fer tant qu’il est chaud avec « Post Mortem Nihil Est », successeur attendu d’un « Poseidon » artistiquement en demi-teinte mais qui a permis à Dagoba de passer un cap supplémentaire.
C’est encore une fois Shawter qui se fait porte-parole du groupe, toujours aussi fier et sûr de lui, à la limite d’une certaine arrogance, mais surtout de la certitude absolue de son art et de sa musique. Le chanteur nous explique donc la gestation de ce cinquième opus évoquant la fin du monde, adressant un léger retour aux sources sans pour autant trahir ses productions plus récentes.

[Par Eternalis]

interview Dagoba1 – Salut Shawter ! Comment vas-tu ?
Très bien. L’album vient de sortir et nous n’avons que des bons retours. Je vais très bien.

2 – Juste avant de parler de l’album, est-ce que tu peux présenter « Z » ? Dans quelles conditions est-il arriver dans le groupe et est-ce qu’il a participé à la conception du disque ?
Z en fait est un ami du groupe. On se connait depuis qu’on a quinze ans et pour la petite histoire, il aurait dû être le guitariste originel de Dagoba. Cependant, à l’époque, il avait un autre groupe et il avait préféré faire ses choses de son côté.

Néanmoins, ce n’est pas pour ça qu’on s’est éloigné, bien au contraire puisqu’on a toujours gardé le contact et dès qu’on a eu l’occasion, personne n’a hésité pour que l’on puisse travailler ensemble. Malheureusement, il n’a pas pu participer à la conception de l’album qui était déjà terminée pendant la tournée de « Poséidon » ; il n’a donc fait « que » apprendre les nouvelles compositions composées en septembre 2011.



3 – Venons-en à Post Mortem Nihil Est. Je trouve déjà que la production revient à quelque chose de bien plus massif et brutal que sur « Poséidon ». Etais-ce le but initial ?
Oui, le but initial, quand tu changes un membre du groupe, est toujours de faire quelque chose de mieux. Nous n’avions pas pu obtenir, depuis quelques albums, le son que nous voulions réellement, surtout au niveau de la guitare et bien entendu nous voulions quelque chose de plus massif et globalement mieux.

Je suis donc content que tu notes ce détail là car c’était très important pour nous. Ceci explique cela, il n’y a pas de magie car nous avons été dans un environnement serein, avec un groupe allant dans le même sens et je suis en tout cas très content que cela se ressente à l’écoute de notre nouvel album.







4 – Les compositions restent très orchestrées avec un retour à des éléments indus plus rares sur l’opus précédent. Comme un retour à Face the Colossus mais dans une dominante plus agressive…qu’en penses-tu ?


Je ne sais pas trop, je ne suis pas vraiment d’accord avec le sens de ces orchestrations. Elles ne servent vraiment qu’à embellir les riffs…je ne les considère pas comme un élément d’agressivité ou de puissance dans Dagoba. Elles peuvent apporter des éléments plus sombres certes mais comparé à la double grosse caisse, aux riffs ou à ma façon de crier, ce n’est pas ça qui apporte de l’agressivité.

Les orchestrations ajoutent au côté cinématographique de notre son et j’ai très à cœur de les développer toujours plus loin. Je dirais que, album après album, elles servent à la coloration d’un album mais l’élément principal à juger reste selon moi les riffs, le groupe « acoustique » guitare/basse/batterie/voix.



5 – "Nevada" possède justement un petit côté western inattendu chez Dagoba…comment est-venu l’idée d’intégrer ce genre d’ambiances ?
C’est un peu une marque de fabrique de Dagoba de couper les albums en deux en proposant des petits interludes instrumentaux. J’essaie toujours de proposer quelque chose de nouveau et cette fois, j’étais déjà en Californie, j’étais à Las Vegas et je me demandais simplement comment nous avions réussi à en arriver là.

Je me suis donc documenté et j’ai appris que le Nevada était le théâtre de l’un des plus gros carnages indiens ayant eu lieu sur le sol des Etats-Unis donc c’était plus dans le but d’un hommage à ce peuple. C’est un album qui parle de la fin des temps et dans le Nevada, c’était la fin d’une époque pour eux.



6 – Tu parles également des textes de l’album. Que peux-tu me dire dessus et dans quel état d’esprit étais-tu lorsque tu les as écris ?
Pour cet album, j’ai voulu condenser les périodes de composition. D’habitude, il m’arrivait d’écrire un titre en janvier, deux en février, un autre en mars…là, j’avais envie de condenser la composition pour un rendu plus cohérent.

Pour les paroles en particulier, je me suis enfermé chez ma belle-famille qui a une maison près de Fontainebleau et j’avais envie de rester vraiment focaliser sur l’écriture des textes, sans m’éparpiller ou m’inspirer de trop de choses. Du coup, cela m’a permis de rester
interview Dagobafocus sur mon calepin et mon crayon et c’est surement la première fois depuis les débuts de Dagoba que je prends autant de plaisir à écrire des paroles. Elles sont peut-être moins lyriques et poétiques qu’auparavant mais j’en suis vraiment content.



7 – C’est peut-être également plus conceptuel du fait que tout ait été écrit dans une durée courte ?
J’étais déjà parti pour écrire la description de l’Armageddon mais vécu à travers les yeux de dix personnes différentes. Je savais donc dès le début de quoi j’allais traiter.

8 – Il y a des morceaux vraiment violent dans l’album mais aussi certains des plus mélodiques comme "Kiss Me Kraken" ou "Yes, We Die"…comment est-ce que tu places tes vocaux clairs par rapport aux extrêmes ?
C’est quelque chose qui est précise dès l’écriture des riffs en fait. Je conçois mes riffs selon la façon dont je vais chanter dessus. Parfois, tu pourras placer des vocaux clairs sur des riffs endiablés ou même l’inverse. Je préfère concevoir ça dès l’écriture des riffs pour savoir dès le début où je vais dans la conception du titre.

Pour revenir à cet album, j’ai voulu remettre en question ma façon de placer ma voix. Je suis donc descendu beaucoup plus bas et grave dans les growls death metal, notamment pour rendre hommage à cette scène death américaine, pour au contraire aller sur ma voix strictement claire sur les passages mélodiques. J’avais envie des contrastes maximum sur un album de Dagoba depuis longtemps et c’était enfin le moment venu pour le faire.





9 – J’ai cru comprendre que Logan Mader vous avait offert le mixage car il avait testé de nouvelles méthodes d’enregistrement…est-ce que tu peux m’en dire plus ?
Alors ce n’est que le mastering, pas le mix. C’est une nouvelle technologie qu’il met au point avec un de ses amis proches et il voulait la tester sur notre disque. C’est un mastering qui n’utilise pas la compression et c’est assez révolutionnaire car c’est flagrant quand tu écoutes avant et après car le résultat ne baisse pas en intensité. D’habitude, après la moulinette, tu perds une certaine agressivité alors que là, on est extrêmement content du résultat.

10 – L’artwork a été dessiné par Seth Siro Anton et cela se reconnait dès la première vue. Est-ce que vous lui avez donné des directives ou alors il a confectionné ça seul ?


Non on lui a donné beaucoup de directives. On l’a conçu sur un trimestre en communiquant presque tous les jours. Il envoyait des esquisses, on demandait divers changements çà et là pour arriver au résultat que nous avions à l’esprit. Nous ne voulions pas faire comme la plupart des artistes faisant appel à lui, c’est-à-dire acheter un artwork tout fait. Il était très content de travailler avec nous, partir d’une photographie initiale pour lui donner finalement un code couleur qu’il n’a pas l’habitude d’utiliser avec du bleu, du blanc et le sortir finalement un peu de ses travaux traditionnels. Et ça, ça lui a beaucoup plu car c’est un artiste abouti qui est toujours à la recherche de nouvelles idées et de nouveaux défis. C’est un artwork fort et marquant qui sied vraiment à merveille l’ambiance de cet album.

11 – Francky et toi apparaissez comme les deux leaders du groupe. Qui fait quoi exactement dans la gestion et la création de Dagoba ?
Ecoutes, tu sais que c’est compliqué d’avoir plusieurs chef d’orchestre dans un orchestre. Ça peut rapidement devenir une cacophonie avec des conflits d’égaux impossible à gérer. Je sais de quoi je parle avec les évènements récents dans le groupe mais nous avons toujours fonctionné comme ça. Par bonheur, ce que je propose plait au groupe et ce n’est, en plus, pas faute d’étudier les compos de chacun. Tout le monde apporte des riffs mais l’osmose ne se fait pas à chaque fois.

Francky a amené une grosse base rythmique de plans de batterie sur cet album ou avec des morceaux presque complets comme "Oblivion for the Living" ou "Kiss Me, Kraken", que tu parlais tout à l’heure. Toutes les idées sont étudiés mais effectivement, c’est assez compliqué de gérer tout le monde même si chacun dans le groupe a un droit de veto, de refuser des plans s’il ne le sent pas.

Après, leader charismatique ou pas, on se voit plus comme une entité, avec une grosse stabilité car 13 ans
interview Dagoba avec un même line up, même dans notre entourage, c’est très rare. Cela veut donc dire que ça ne marche pas trop mal pour nous.





12 – Que va changer votre relation avec Verycords comparé aux labels précédents ? Il semble une structure plus confidentielle non ?
En fait, après Season of Mist et XIII Bis, nous avons des ambitions grandissantes. Notre but est de grandir, d’aller toujours plus loin et VeryCords est là pour ça. Quand tu commences à régresser ou voir tes ambitions à la baisse, c’est rarement bon signe. Effectivement, on est avec un label fort en France qui permet d’avoir un contrat important en Europe avec EarMusic et EOne aux Etats-Unis qui gère quand même par exemple Black Label Society ou Chimaira qui sont de grosses pointures là-bas.

Nos ambitions sont toujours les mêmes ; vivre de notre musique et partir plus loin et plus longtemps en tournée à la rencontre de nos fans et avoir la possibilité de s’exprimer en enregistrant des disques. Ce sera déjà pas mal !



13 – Dagoba grandi d’album en album sur le plan international. Quelle est la prochaine étape ? Vous allez tourner plus intensivement aux States désormais ? La collaboration avec Logan Mader semble s’y prêter ?
Oui bien sûr, c’est le but. On a tourné maintes et maintes fois en Europe, jusqu’en Russie. On a aussi été au Canada et la prochaine étape est de continuer en Europe mais d’être aussi plus présent aux Etats-Unis. En Asie et en Europe, il ne se passera pas grand-chose pour nous donc l’Amérique est clairement le prochain continent sur lequel on doit miser un maximum !

14 – Tout le monde sait que le marché du disque s’écroule, les labels sont négatifs…pourtant, Dagoba semble s’en sortir relativement bien. Qu’est-ce que représente le groupe d’un point de vue commercial ? Est-ce que c’est quelque chose que tu prends en compte quand tu composes ?
C’est difficile à dire avec la crise du disque car, en effet, nous aussi on est téléchargé à fond la caisse mais je pense que nous traversons tout ça peut-être un peu mieux que les autres. Cependant, il faut savoir que l’on est aussi sur la route constamment, ce n’est pas toujours évident de rester présent partout mais on essaie également de se renouveler et se remettre en question, ce que tout le monde ne fait pas forcément.

On n’a jamais eu de craintes ou de soucis particuliers pour signer avec Dagoba donc je suppose que ça veut dire, effectivement, qu’on commence à représenter un certain poids commercial.





15 – Quel est le plus gros élément déclencheur pour que Dagoba devienne le groupe qu’il est aujourd’hui ? Le facteur qui a propulsé plus haut ?
Chaque concert, chaque album, chaque tournée ou répétition fut un élément crucial dans ce que nous sommes devenus. On a toujours su qu’il fallait donner le meilleur de nous-même, que ce soit sur scène ou à l’extérieur puisqu’on a parfois été dans des tour-bus avec des groupes énormes que nous respectons. On sait que ce n’est pas un championnat, plutôt comme un match de coupe…si tu te rates une seule fois, on peut facilement se faire prendre notre place ou se faire oublier par un autre combo. On tente déjà se contenter avant tout nous en tant que musicien, on n’a pas succombé aux vagues neo metal ou deathcore en restant nous-même car c’est ça le plus important à mon sens. Nous sommes très perfectionnistes et chaque action pour le groupe fut importante.

16 – Avec qui allez-vous jouer votre prochaine tournée ? Comment définissez-vous vos premières parties ?
Pour la première question, c’est non. Nous n’avons pas encore vu avec qui nous allions tourner mais c’est en cours de préparation. Un agent énorme s’occupe de nous, qui s’occupe de Meshuggah ou Linkin Park, et va nous proposer bientôt un plan de tournée.

Après, je pense aussi que l’on fait partie des seuls groupes en France qui n’acceptons pas l’argent des groupes qui voudraient faire nos premières parties pour avoir de la promo. Je préfère laisser la scène locale se développer, j’aime que ce soit un groupe parisien ou bordelais qui fasse l’ouverture quand on va dans ces villes-là. On verra à l’avenir comment cela évoluera mais je tiens à rester sur ce système car nous n’en sommes pas encore au stade où c’est nous qui choisissons nos premières parties !


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interview réalisée par Eternalis

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hadsonners - 12 Juin 2013: Très bonne interview, c'est vrai qu'il a toujours ce coté très sur de lui le Shawter, après il parle a coeur ouvert et ça c’est vraiment bien je trouve !
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