Chadhel

Deux ans après son premier album, Chadhel revient sous la forme d'un Ep avec Assiduous Assault, une ogive qui ne laissera aucun survivant. Nous en avons profité pour poser quelques questions au groupe afin de pouvoir mieux les connaitre car, il est vrai que Chadhel reste très anonyme dans notre contrée.

 

1.Salut Chadhel, d’abord, pouvez-vous vous présenter et nous conter la genèse du groupe ?

Bonjour, Je me nomme GT je suis à la guitare et au chant (Growl, Grave.). Dans le groupe il y a aussi JP au chant (High, Aigu.), Fredo à la batterie et JR à la basse et au chant (Entre Aigu et grave.). Le groupe a commencé ses activités en 2014 en tant que projet studio avec seulement GT et JP comme membres actifs. Sous cette forme, nous avons lancé 3 démos et un split (The First Demo en 2014, The second stone démo en 2015, Occult Daily Grind démo en 2016 et le 1222 3-way split avec Deadcold et Défaillance en fin 2016). C’est pour le lancement de ce dit 3 split que JP et moi-même, avons décidé d’essayer de recruter des membres afin de pouvoir faire le spectacle. À partir de ce moment, Fredo et JR ont rejoint le groupe et ne sont plus jamais repartis. C’est à ce moment que Chadhel est devenu le groupe qu’il est aujourd’hui. Nous avons, depuis, sorti 3 split et un album (avec In Exile en 2017, le split «The Daily Grind» avec KickxAssxViolence sur le label Québecois PRC music en 2018, l’album «Controversial Echoes Of Nihilism», toujours sur PRC music, en 2019) et dernièrement, le split vinyl 10 pouces avec Assiduous Assault (2020 digital/début 2021 format vinyl) produit par GT et JP et distribué par Give Praise Records aux États-Unis et Terrain Vague en France). Nous avons fait depuis beaucoup de concerts et participé en décembre 2020 au festival «Global Grindcore Alliance 1.0» présenté sur internet et produit par l’étiquette/maison de production «Gurkha commando blast team», administré par notre bon ami Kshitiz Moktan, guitariste du groupe Chepang. Nous travaillons en ce moment sur un nouvel album prévu pour 2021 sur l’étiquette Give Praise Records des États-Unis.

 

2. Comment ça se passe chez vous ? Cette période est-elle aussi compliquée ? Etes-vous toujours sous le coup de restrictions sanitaires ?

Oui, au Québec les choses sont très compliquées. Nous sommes toujours sur le coup de restrictions sanitaires. Le problème est que la plupart de ses restrictions sont très oppressives et inutiles. Notre gouvernement n’est pas à la hauteur de la situation et se confond en décisions débiles qui n’ont d’impact que sur le moral des gens et n’arrangent en rien le problème du virus lui-même, ce qui devient à la longue très frustrant. Surtout pour les gens comme nous qui suivent les règles et qui veulent que les choses s’améliorent et qui agissent en conséquence. Par contre nous sommes chanceux, car nous avons réussis à trouver un moyen pour pratiquer et enfin finir de nouveaux morceaux. Du même coup, le moral va pouvoir revenir un peu, car jouer de la musique pour nous revient presque à respirer. En plus, nous sommes de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est une région éloignée de quelques heures des grands centres urbain du Québec, donc nous avons plus d’espace pour vivre et prendre l’air en cas de besoin ainsi que moins de cas d’infection que dans les grandes villes. Les choses pourraient être pire j’imagine, l’important est de rester debout et de tenir le coup.

 

 

3. Le split avec Assiduous Assault est votre quatrième publication sous ce format, affectionnez-vous particulièrement ce format ? Pourquoi un split avec ce groupe ?

En fait, le format du split est une tradition très répandue au sein de la scène grind, crust, powerviolence, punk et hardcore. C’est aussi une façon plutôt rapide de se faire connaitre et de se faire entendre par des gens qui proviennent d’un autre endroit que de ta région ou de ton pays d’origine. C’est aussi une façon de partager les frais de production et de s’en sortir avec un risque financier beaucoup moindre tout en faisant la promotion de ta musique par l’entremise de l’autre groupe et de ses contacts. Le format split permet aussi, pour certains groupes, d’essayer ou même de tester des trucs qu’ils n’auraient pas osé mettre sur leur album. Pour ce qui est de notre split avec Assiduous Assault, au départ, nous étions supposés réaliser le projet avec l’autre groupe du bassiste et du chanteur (Orphic Eye), mais le groupe a perdu son batteur en cours de route ce qui nous a forcé à considérer d’autres options. Vu les délais, le second groupe des deux membres restant de Orphic Eye se révéla rapidement de lui-même comme étant la meilleure option pour tous les gens impliqués dans le projet.

 

4. Quels sont les thèmes abordés sur ce split ?

Je ne peux par parler pour l’autre groupe, mais pour ce qui est de Chadhel, nous nous sommes encore un peu plus approchés de la réalité et éloignés de la science-fiction et de l’horreur. En fait, GT et JP, qui écrivent les textes, ont traité encore une fois de la folie, de la dépression, de la peur, de la détresse psychologique, du désespoir et de la perte de santé mentale causée par les épreuves et les traumatismes vécus par certaines personnes. La différence cette fois-ci est que le filtre Lovecraftien qui orientait grandement  le ton des paroles et le style d’écriture a été mis plus en arrière-plan. Cela nous a permis de laisser beaucoup plus d’espace à notre propre perception du monde et de ses problèmes,  ainsi qu’à nos propres émotions. Notre écriture a été, cette fois, beaucoup plus stimulée par nos expériences et nos vécus personnels que par la science-fiction et l’horreur.

 

5. Comment définiriez-vous votre style ? Quelles sont vos influences principales ?

Nous jouons définitivement du Grindcore. Bien sûr, notre musique est teintée ici et là d’un petit peu de « death meta »l et de « hardcore ». Cependant, ces influences restent seulement présentes d’une façon subtile n’affectant en rien la principale identité musicale du groupe. Mais étant tous des gens qui écoutent beaucoup de musique autant en quantité qu’en variété, il y va de soit que la musique que nous composons ensemble ne soit pas uniforme et linéaire. Pour ce qui est des influences plus spécifiques au Grindcore, je pourrais sans trop me tromper nommer des groupes comme Napalm Death, Noisear, Gridlink, Pig Destroyer, Nasum, Rotten Sound, The Kill, P.L.F, Blockhead, Kill The Client, Discordance Axis, Brutal Thruth et plus encore. Nous écoutons aussi beaucoup de groupes de la nouvelle vague, si je peux l’exprimer ainsi. Des groupes comme XChienX, Whorenation, Feastem, Warfuck, Bandit, Chepang, Teething, etc...

 

 

6. Comment se déroule le processus d’écriture ?

Généralement, GT (Guitariste/chant) apporte ce que l’on pourrait appeler des blocs d’idées. Ce sont en fait plusieurs riffs de guitare, montés sous forme de chansons destinés à être remaniés, restructurés, reconstruits ou tout simplement jetés. Parfois, aussi, Fredo arrive avec une idée rythmique structurée bien précise, qui finit par donner vie  à une chanson complètement inattendue et nourrit de riffs improvisés ou prévus pour autre chose. Donc, dans la majorité des cas, tout fini par passer par ce que l’on s’amuse à nommer « Le filtre Chadhel». Les chansons se finalisent et prennent forme au local lors des pratiques du groupe, chacun apportant des idées et son opinion face aux idées suggérées. Pour ce qui est des textes, comme je l’ai dit plus haut, GT et JP écrivent tous les textes. Les deux écrivent beaucoup de textes chacun de leur côté pour ensuite se réunir et compiler le tout dans un ensemble cohérent et cohésif.

 

7. Comment se déroule le processus d’enregistrement ?

Pour les premiers enregistrements de Chadhel, avant de devenir un groupe, GT et JP allaient chez leur ami Frank du groupe Punk Défaillance au studio 1222. Quand Fredo et JR ont finalement joint le groupe, JR s’est occupé des enregistrements suivants. Ceci a permis d’augmenter la qualité du son et de prendre plus de temps pour corriger et finaliser l’enregistrement. Dernièrement, pour l’enregistrement du dernier split, nous sommes allés au studio que possède notre bon ami Remy Verreault, le studio Danger à Ville de la Baie au Saguenay. Ceci a permis d’alléger la charge de travail de JR ainsi que l’ambiance de travail générale pour tout le groupe. Nous avons aussi, par le fait même, augmenté la qualité du produit final, puisque nous n’avions pas à gérer le son et l’enregistrement. Nous n’avions qu’à penser aux chansons elles-mêmes et à leur efficacité.

 

8. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’artwork ?

Le «Artwork» à été fait par un artiste de l’Indonésie qui travaille sous le pseudonyme «HMNCLS», diminutif pour «Homonculus». L’œuvre est supposée représenter l’asservissement de la conscience face aux inimaginables terreurs que la vie le pousse à affronter. Cette image représente aussi le moment tragique où vous décidez de vous agenouiller plutôt que de continuer le combat, le moment où la folie prend le pas sur la raison, où la résilience laisse la place à l’abandon et où le mal l’emporte sur le bien. C’est une œuvre qui représente bien l’état d’instabilité psychologique de l’humanité moderne.

 

 

9. Qu’est-ce qu’une prestation scénique de Chadhel ?

Pour l’instant, nous n’avons eu que des commentaires très positifs à ce sujet. À chaque fois, nous finissons tous détruits physiquement et complètement exténués. Chacun des membres du groupe donne son 100% en concert, pour le public bien sûr, mais aussi pour nous. Car il est très gratifiant pour un musicien de sortir de scène complètement épuisé, sachant que vous avez joué vos chansons de façon impeccable et que vous avez tout donné afin de rendre votre prestation stimulante et divertissante pour le public présent. Ces gens ont payé pour vous voir, il ne faut pas l’oublier.

 

10.Vous commencez à avoir une multitude d’enregistrements, quel regard portez-vous sur votre carrière et quelles sont vos souhaits ou aspirations pour l’avenir ?

Si nous devons vraiment regardé en arrière, je crois sincèrement que nous pouvons sans gêne être fiers de notre parcours. Nous avons enregistré un nombre incroyable de chansons, autant à l’époque où nous étions deux, que depuis que nous sommes un quatuor. Nous avons joué ensemble un grand nombre de spectacles, dans toutes sortes d’endroits et avec des groupes géniaux. Nous avons surmonté bon nombre d’épreuves et avons trouvé le moyen de s’en sortir malgré tout. J’espère que nous allons toujours trouver le moyen de rester soudés afin de continuer à produire des albums démentiellement brutaux et dévastateurs. J’espère que nous allons encore trouver le moyen d’évoluer tout en étant capable de rester nous-même.

 

11. Vous qui êtes au Québec, quel regard portez-vous sur la scène extrême française ? Son écho et sa richesse ont-elles traversé l’Atlantique ?

En ce moment, pour ce qui est de la scène Grindcore et extrême de France, il y a un nombre impressionnant de groupe de qualité et d’une brutalité sans précédent. Il y a, entre autre chose, Whores Nation, Blockhead, Ghetto, xchienx, Pilori, Bain de Sang, LMDA (Le mal des Ardènes), Warfuck et plus encore. En général, l’échange culturel musical entre le Québec et la France se fait de façon plutôt naturelle et amicale. Les groupes se parlent, s’échangent leurs albums, s’entraident pour les tournées au besoin. Les Québécois et les Français sont quand même cousins, voire presque frères, il y va de soit de s’aider et de se tenir au courant de ce qui se passe chez l’un comme chez l’autre.

 

 

12. Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ? Quelle formation de votre pays pouvez-vous nous conseiller ? En dehors de vous, bien sûr.

Au Québec, en ce moment, il y a énormément de talent à l’œuvre. Les groupes québécois que je conseillerais fortement aux gens de la France sont Aulnes, Spirit of rebellion, Soil of ignorance, I See You, Deadcold, Discrust, Kosovo, Cruel Fate, Nervous Impulse, Défaillance et Apes. Nous pourrions y passer la nuit, car le Québec regorge de talents et de groupes de musique talentueux qui savent comment vous faire lever de votre siège et vous faire sauter partout.

 

13. Pouvons-nous espérer un long format dans un futur proche ?

Oui, en fait nous sommes en plein processus d’écriture. Nous essayons de terminer l’album aussitôt que possible, mais la situation due au covid nous a beaucoup ralenti. Au départ, l’album était prévu pour août 2021. Maintenant, nous serons chanceux si nous pouvons le sortir d’ici la fin de l’année. Par contre, les gens de Give Praise Records sont très compréhensifs. Cette situation aura eu quand même un point positif. Nous avons eu beaucoup plus de temps pour écrire, réviser les textes et peaufiner l’ensemble des éléments constituant l’album. Ce qui est en soit une forme de bénédiction. En fait, nous avons essayé de tirer le meilleur d’une situation plutôt médiocre. L’album qui en naitra sera des plus explosif et surprenant.

 

14. Je vous laisse la parole, si vous voulez vous adresser aux lecteurs de Spirit Of Metal, c’est le moment.

Bonjour chers frères et chères sœurs de la France. Nous vous disons merci de nous avoir lus, de nous avoir écoutés, bref de nous avoir ouverts vos portes et de nous avoir donnés une chance de nous faire connaitre dans votre beau pays. Nous espérons grandement pouvoir venir vous rendre visite quand la situation se sera améliorée et que nous évoluerons tous enfin sous un ciel meilleur. Aller faire des concerts sur le sol de la mère patrie serait un plaisir et un honneur incroyable pour les Québécois que nous sommes. D’autant plus que cela nous permettrait enfin de pouvoir boire une bonne bière froide avec nos amis du groupe de Rouen, Pilori. D’enfin serrer la pince à Raf de Blockhead et d’enfin visiter la crypte du docteur gore. En bref, merci les ami(e)s votre intérêt et votre support pour nous signifie énormément et nous va droit au cœur. Prenez bien garde à vous, restez vigilants et surtout n’oubliez pas, rien de mieux pour le moral qu’une bonne dose de Grindcore Québécois.

Depuis le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec. Nous vous disons merci et à la prochaine.

 

interview réalisée par odrodzenie

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