Asphodèle

Asphodèle est un groupe atypique, né de la collaboration artistique entre Florian Lecomte (Aorlhac) et Audrey Sylvain (Amesoeurs, Malenuit) et présentant un mélange unique de black metal et de sonorités plus pop et gothiques qui oscille perpétuellement entre noirceur, décadence et recherche désespérée d’une fragile lumière et d’une évasion salvatrice. Trois mois après la sortie de Jours Pâles, il était plus que temps de s’entretenir avec Florian afin de se pencher plus sérieusement sur la genèse du projet, le futur de la formation ainsi que les arcanes de ce premier album qui n’a laissé personne indifférent...

 

 

1) Florian, Asphodèle est une entité musicale à l’identité prononcée, assez loin des codes du black metal dits classiques, et bien différente des groupes dans lesquels tu évolues ou as pu évolué jusqu’à présent. Peux-tu nous expliquer comment l’idée d’Asphodèle a germé dans ton esprit et nous retracer la genèse de ce beau projet musical ?

Salutations Arnaud et merci pour ton intérêt envers Asphodèle ! En fait le projet est né de la rencontre entre Audrey Sylvain au chant et textes, et moi-même (chant, texte, composition, claviers). Nous étions sur la même longueur d’onde et je crois pouvoir dire que nous avions des failles qu’il nous fallait exprimer à ce moment-là, et tout est parti de ça à l’époque. C’est tombé au bon moment et ça m’a permis de gérer le travail de fond, de composition musicale, en plus des textes et du chant. En ça, ça complète bien mon activité en tant que vocaliste au sein d’Aorlhac et c’est donc un équilibre qui me va parfaitement. Ce n’est qu’une fois l’étape de maquettage/démo et l’aval du label (LADLO) que nous avons commencé à intégrer le reste du line-up.

 

2) Etait-il clair dès le début qu’il y aurait une voix féminine dans Asphodèle ? Si oui, as-tu directement pensé à Audrey Sylvain? Comment a-t-elle réagi quand tu lui as parlé de ton projet ? Que penses-tu par ailleurs des autres formations dans lesquelles elle évolue, Amesoeurs et Malenuit ?

Encore une fois, il s’agit bel et bien d’un projet commun à la base, même si les implications sont diverses, l’impulsion a été créée suite à la rencontre entre Audrey et moi. Il était prévu dès le départ qu’elle s’occupe d’une partie des voix et des textes sur l’album, et j’ai donc composé également en ce sens, c’est pourquoi tu retrouves pas mal de variations, de rythmes et d’intentions différentes tout au long de l’album : Les passages plus calmes/éthérés sont généralement réservés à Audrey, lorsque les passages plus crus sont axés sur mes parties vocales, même si ce n’est pas nécessairement une constante sur le global de l’album. La dualité (ou complémentarité, c’est selon) des voix féminines/masculines étaient donc le centre d’Asphodèle. Concernant les projets d’Audrey oui j’ai toujours bien apprécié sa voix et ses projets, le cas contraire ça n’aurait pas eu de sens de travailler ensemble.

 

3) Comment s’est passée la collaboration entre vous deux ? Comment avez-vous réussi à concilier vos deux univers si distants pour créer celui d’Asphodèle ? Comment êtes-vous parvenus à définir qui devait chanter quoi, la répartition de vos parties vocales s’est-elle faite de façon naturelle ou résulte-t-elle d’une réflexion et d’une démarche précises ?

Tout s’est plus ou moins opéré avec les moyens de communication que nous connaissons tous : réseaux sociaux, téléphone, échanges, mails. Nos univers sont distants mais ont un socle commun qui est celui d’un goût prononcé pour la musique, sous toutes ses formes, sans compter également nos expériences et notre passif dans le milieu, qui je suppose, ont pas mal facilité la chose. La répartition s’est faite assez naturellement selon l’ossature et les structures de mes compositions. Nous avions vite su à l’époque sur quels riffs devaient se positionner telles ou telles de nos voix bien que parfois il aura fallu communiquer plus précisément sur tel ou tel passage, tout ne pouvant être fait de manière instinctive, cela amenait alors à des débats et des concessions inhérentes à ce type de projet.

 

4) Les Jours Pâles nous présente une musique sombre et délicate à la fois, un univers où ombres négatives, fragrances dépressives et timides rayons de lumière entremêlent constamment leurs spectres, tout en nuances. Quelles sont les émotions et les humeurs que vous vouliez évoquer chez l’auditeur et le message que vous vouliez faire passer, si message il y a ?

Cet album représente notre état d’esprit du moment et caractérise le besoin vital de s’échapper d’un monde qui ne nous convient pas. Ces jours pâles sont les nôtres et il paraissait urgent de les exprimer en musique. Je pense que la lecture des paroles, même si elles restent la plupart du temps à une interprétation assez libre, pourra permettre  de cerner assez facilement l’univers et ce que nous souhaitions exprimer. Egalement, la recherche de l’aspect mélodique s’oppose à la laideur cacophonique du monde actuel duquel nous voulons nous échapper coûte que coûte. Pour moi et dans tous les cas, il est nécessaire d’imaginer une échappatoire, une porte de sortie, une lueur même lointaine, quelque chose de nitescent au travers de toute cette crasse ambiante, et qui permettrait de s’accrocher malgré l’effarant constat. Je pense que c’est ce que devrait ressentir l’auditeur : Une démarche froide, mélancolique et colérique, autant qu’une recherche de meilleurs lendemains…

 

5) D’ailleurs, pourquoi ce titre, Jours Pâles, que représente-t-il pour vous ? Plus largement, pouvez-vous un peu expliciter votre univers lyrique et nous dévoiler les thématiques de vos textes ?

Comme expliqué juste au-dessus, il s’agit de nos ressentis, questionnements, vécus personnels, d’un besoin de contrer les mauvais penchants au travers de la seule chose qui m’apparait réellement transcendant : L’art, la musique, l’écriture. Les textes quoi que très intimes ne pourront réellement qu’apparaître évasifs ou pris dans un schéma global pour le lecteur, c’est ce je trouve intéressant aussi et chacun sera libre d’y mettre le sens qui lui convient.

 

6) Le moins que l’on puisse dire, c’est que vous vous êtes entourés de sacrés musiciens pour compléter l’équipe, avec l’intégration de Stéphane Bayle à la guitare (Anorexia Nervosa, au Champ des Morts) Christian Larsson à la basse (ex Shining, Apati et Svart entre autres) et Sébastien Papot à la batterie (Au Champ des Morts, ex Ases). Quel a été le rôle de chacun dans le processus de composition de l’album? Ont-ils contribué à la gestation de Jours Pâles ont-ils été de simples exécutants ?

Oui, je voulais simplement travailler avec tous ces musiciens que je respecte tant de par leurs projets personnels, et je leur suis infiniment reconnaissant de s’être prêté au jeu. C’est vrai que pour un premier album, voir des noms comme Psychonaut 4, Au champ des morts, Anorexia Nervosa, Shining, Apati, Monolithe accolé au notre… C’est une belle aventure. Mais nous sommes tous plus ou moins dans la scène depuis une décennie ou plusieurs décennies selon les cas, et je suppose que ça a pu faciliter certains contacts, même si pour tout t’avouer, j’y suis vraiment allé au culot sans attendre grand-chose au départ. Concernant les rôles de chacun, Christian Larsson s’est occupé de la composition de la plupart des lignes de basse, Sébastien s’est appuyé sur les partitions de batterie existantes tout en apportant son jeu et sa patte, quant aux parties de guitares, elles étaient déjà toutes tablées et Stefan n’a donc pas eu grand-chose à changer, sachant aussi que tout s’est opéré dans une certaine forme d’urgence, vis-à-vis notamment des délais à tenir pour le label LADLO. Il ne faut pas oublier de citer également les autres intervenants ayant permis d’ajouter encore plus de couleur et d’intensité à l’album : Sylvaint Bégot (Monolithe) au solo de guitare et Gérald Milani en guest voix (LADLO) sur Refuge, Graf (Psychonaut 4) en guest vocal sur Réminiscences, et Arvernian (Aorlhac live, Wynter Arvn) aux guitares acoustiques sur le titre éponyme.

 

7) Ces huit titres fleurent bon la décadence, le malaise urbain, la dépression, les lendemains de cuite difficile, et les descentes de substances avec le mal-être plus ou moins violent qui va avec. Y a –t-il une part de vous-mêmes dans ces tranches de vie désabusées et écorchées, la musique est-elle pour vous un moyen d’exorciser ces démons, ou ces textes sombres et désabusés reposent-ils sur des narrations purement fictives ?

Tu te doutes que pour créer un univers comme celui-ci, il faut forcément avoir un côté sombre, avoir besoin d’exprimer certaines choses, de se sentir désaxé… Rien n’a donc été créé de toute pièce où dans une intention fictive. C’est même tout l’inverse. Ce sont nos parcours respectifs, nos erreurs, nos apprentissages de vie qui ont insufflés tout son sens à cet album. Et c’est ce qui fait rentrer une pièce musicale dans le domaine du superflu, ou au contraire de quelque chose de sérieux et profond.

 

8) La prégnance du black metal est très claire sur votre musique, notamment via le jeu de guitare de Stéphane et tes vocaux très arrachés et expressifs Florian. Mais quels sont les groupes qui vous ont le plus influencés pour les parties plus gothiques/new wave/pop qui, peut-être, seront moins familiers à nos lecteurs ?

C’est un peu compliqué dès qu’il s’agit de parler d’influences liées à ce que je fais. La plus grande partie de ce que j’écoute est à chercher du côté du rock / metal dépressif scandinave, mais pas seulement. Beaucoup de choses sombres ne se limitent pas au black metal ou au metal, j’en trouve aussi dans la pop, le hardstyle, le rock, et bien d’autres choses encore. Je pense que c’est toutes ces influences digérées qui auront permis l’aboutissement de cet album et de retrouver justement ce côté « mélange des genres ». Il faut savoir que nous n’avions aucun musicien en vue à l’époque de la composition de Jours Pâles, et que par conséquent, l’éventualité de devoir enregistrer moi-même la plupart des instruments a pas mal joué sur les structures des chansons, l’intention et l     a physionomie de l’album. Pour finir et s’il te faut des noms : Apati, Lifelover, Vanhelga, Ofdrykkja, Intig, Advent Sorrow, Zany, Lice, Mono, Sleep party people, Consider Suicide, Desire, On Thorns I Lay…

 

9) Allez, un peu de culture musicale pour nos lecteurs à présent : pourrais-tu me citer trois albums, tous styles confondus, sans lesquels Asphodèle n’aurait d’après vous jamais pu voir le jour ?

Je ne sais pas si Asphodèle n’aurait pu voir le jour sans ce que je vais te mentionner, et dans tous les cas j’écoute bien trop de choses pour me cantonner à seulement 3 albums, je pense que dans une heure ma réponse pourrait changer mais je vais dire :

Dark Tranquillity – The Gallery : Stanne restant ma référence et ma principale influence en matière de chant extrême, du moins à l’époque où j’ai commencé le chant hurlé, il y a quasiment 15 ans.

Shape of Despair – Monotony Fields : Car cet album pour moi est un condensé de mélancolie, de mélodies ultra puissantes et que je peux encore aujourd’hui m’écouter toute une soirée (le titre « Withdraw » !) en ayant toujours des frissons. J’aime bien sûr énormément l’aspect voix féminine en complément des growls.

Lifelover – Konkurs : Car c’est grâce à ce groupe que j’ai commencé à vouloir prendre une guitare et à vouloir me mettre à la compo.

 

10) Asphodèle est-il un vrai groupe fait pour durer ou Jours Pâles est-il le fruit unique d’une inspiration spontanée et éphémère ? Dans la première optique, avez-vous déjà une idée de la direction musicale et thématique que prendra la formation à l’avenir ? Les grandes lignes de l’identité du groupe sont-elles déjà définies ou Asphodèle est-il plus voué à être le jouet mouvant et polymorphe de l’inspiration et de l’humeur du moment ?

Disons que nous avons probablement fait le tour, du moins sous cette forme-là et nous ne sommes pas amenés à retravailler ensemble Audrey et moi, chacun poursuivant son chemin et son parcours musical. Je continue cependant un projet parallèle avec certains musiciens que tu trouves sur le premier Asphodèle, mais aussi des nouveaux arrivants, bien ancrés dans la scène actuelle et désireux de m’accompagner dans ce que l’on pourra considérer comme une résultante, une suite, sous un autre nom cependant, mais opérant une sorte de continuité.

 

11) Dans un cas comme dans l’autre, avez-vous prévu de jouer live pour défendre ce premier full length ? Si oui, avez-vous déjà des dates d’arrêtées à ce jour ?

De mon côté et avec le nouveau projet dont je te parle, il sera effectivement question de porter le projet sur scène. Il est encore un peu tôt pour donner plus d’informations et non, pas de dates d’arrêtées pour l’instant, mais ça viendra !

 

12) Votre musique est très visuelle et fait surgir des images dans l’inconscient de l’auditeur, bien aidée en cela par la pochette de Joanna Maeyens ainsi que par les différents samples de films ou d’émissions terriblement sombres qui accentuent la dépression ambiante. Avez-vous prévu de travailler sur des vidéos clips pour illustrer de façon complémentaire et encore plus efficace votre art sonore ? Si oui, quel(s) morceau(x) avez-vous retenus, et quand pourront nous avoir la chose de voir le résultat ?

Il n’est pas prévu de travailler sur support vidéo dans l’immédiat, mais il n’est pas impossible que la suite s’y prête !

 

13) Plus de trois mois se sont écoulés depuis la sortie de Jours Pâles. D’une manière générale, quels ont été les retours pour ce premier album, sachant qu’il ne s’inscrit pas dans les canons conventionnels du black pur et dur et que certains amateurs intransigeants du style ne sont pas toujours d’une ouverture d’esprit à toutes épreuves ?

L’album est paru dans certains TOP 2019 alors qu’il n’est sorti qu’en toute fin d’année, j’ai pu compter bon nombre de chroniques positives, dans l’ensemble la portée est très satisfaisante, et comme d’habitude, nous pouvons compter sur le savoir-faire, l’implication et le professionnalisme du label LADLO. Je peux concevoir que le mélange des genres dérange les puristes mais je ne me soucie guère des étiquettes, ça me passe complètement au-dessus, la démarche étant avant tout personnelle. Cependant, quand tu livres un album au public, il faut s’attendre à tout type de réaction, c’est le jeu !

 

14) Que peut-on vous souhaiter pour la suite sous le nom d’Asphodèle?

Le principal que l’on puisse souhaiter à cet album est d’être écouté par le plus grand nombre et qu’il continue de vivre le plus longtemps possible au travers des auditeurs.

 

15) Cette interview touche à sa fin, si vous avez une dernière chose à dire à nos lecteurs, je vous laisse la parole !

Merci pour tes questions pertinentes et ton intérêt envers ce projet, à titre personnel je vous donne rendez-vous dans quelques mois pour du nouveau !

 

interview réalisée par Icare

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