Portée par son puissant second album studio, «
Arakhne », la formation athénienne ne reviendra finalement dans les rangs que sept longues années plus tard. Le temps pour le collectif hellénique de procéder à un remaniement de son line up comme de son équipe de production, mais aussi de changer de label et de faire évoluer quelque peu son art. Aussi, nous octroie-t-il un troisième effort de même acabit, dénommé «
Where Truth May Lie », signé, lui, chez le label grec Vinylstore.gr. ; une galette à la fois tonique, épique et intrigante où 11 pistes s'égrainent sur un ruban auditif de 44 minutes. Et s'il continue d'oeuvrer dans un metal mélodico-symphonique opératique et progressif, dans la mouvance de
Nightwish,
Amberian Dawn,
Therion,
Meden Agan,
Xandria et
Tristania, le combo grec y adjoint dorénavant une petite touche folk, alors venue judicieusement compléter le tableau. Cela étant, ce troisième méfait serait-il à même de le propulser parmi les valeurs confirmées du si couru espace metal symphonique à chant féminin ?
Dans ce périple, nous accueillent aujourd'hui à bord du navire : la mezzo-soprano Iliana Tsakiraki (ex-
Meden Agan), le guitariste Steelianos Amoiridis (ex-Keado Mores), le bassiste Thanos et le batteur Philip
Stone (ex-
Meden Agan) ; le claviériste Leonidas Diamantopoulos (Neperia), quant à lui, ne participe plus à l'aventure. Seront requis, pour l'occasion, les talents de Kosmidis Dimitris, à la lyre pontique, de Giorgos Skordalos, à la lyre crétoise, et de Antonis Ktenas, à l'aulos (instrument à vent ainsi dénommé dans la Grèce antique), non sans apporter la coloration folk sus-mentionnée. Produit par le claviériste et producteur de
Jaded Star, Angelos Vafeiadis, enregistré et mixé par Michalis Skarakis (
Rage Of Romance,
Jaded Star,
Nightstalker...) et mastérisé au VU Productions Mastering Studio, en Grèce, par son propriétaire, Nasos Nomikos (
Bob Katsionis,
Outloud, Rhodium,
Validor,
Warrior Path...), le méfait ne concède que peu de sonorités résiduelles tout en offrant une belle profondeur de champ acoustique. Il ne nous reste plus qu'à larguer les amarres pour une traversée en eaux tumultueuses...
Dans la lignée de son aîné, c'est sans ambages que cet opus parvient à nous happer à la lumière de ses passages symphonico-progressifs. Aussi, passée la brève mais graduelle et pénétrante entame instrumentale, «
Final Prayer », le groupe ne tardera-t-il pas à varier ses phases rythmiques à l'envi. Ainsi, son voisin de bobine, « Downfall », un ''nightwishien'' mid/up tempo aux riffs acérés et à l'enivrante touche orientalisante, nous gratifie d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les troublantes inflexions de la sirène et d'un vibrant solo de guitare. Dans cette énergie, on retiendra non moins le mid/up tempo syncopé « The Vineyard Song » pour son empreinte folk comme pour ses enchaînements intra-pistes ultra-sécurisés. Dans une visée plus groovy, « Baptised in
Fire » imposera d'un battement de cils ses enivrants harmoniques tout comme ses fulgurantes accélérations. Enfin, sous le joug d'une frondeuse rythmique tout en se calant sur sente mélodique des plus enveloppantes, le polyrythmique et ''therionien'' «
Deliverance » use non moins d'armes efficaces pour aspirer le tympan. Mais le magicien aurait encore d'autres tours dans sa manche, et des meilleurs...
Quand le rythme de leurs frappes se fait un tantinet moins véloce, nos compères trouvent à nouveau matière à encenser le pavillon. Ce que prouve, en premier lieu, l'entraînant mid tempo folk symphonique « At the Edge of Madness », eu égard à son seyant paysage de notes et à son refrain catchy mis en habits de lumière par les poignantes oscillations de la princesse. Investi du son envoûtant des lyres traditionnelles et calé sur une mélodicité toute de fines nuances cousue et déployant un flamboyant solo de guitare, l'élégant mid tempo «
Serenade of Death » ne saurait davantage être éludé. Difficile également de se soustraire à l'infiltrant cheminement d'harmoniques emprunté par « Goat-Legged
Deceiver », ''xandrien'' mid tempo aux orientalisantes senteurs, magnifié par les magnétiques envolées lyriques de la diva. Et ce n'est pas le fringant solo de guitare que pourrait envier
Lanvall (
Edenbridge) qui nous déboutera de cette gemme, tant s'en faut.
Si le propos apparaît parfois plus ténébreux, il ne sera pas moins apte à nous retenir, un peu malgré nous. Ce qu'illustre «
Ever Lusting », intrigant mid tempo opératique aux relents dark gothique, à la croisée des chemins entre
Tristania et
Meden Agan. Dans cette atmosphère crépusculaire, se meuvent les poignantes ondulations de la belle, alors aux prises avec les growls caverneux d'une créature revêche. En outre, un bel effet de contraste s'observe entre des couplets emplis de mystère et un refrain éminemment lumineux. Et la magie opère, in fine.
En dépit de ses mérites, l'un ou l'autre bémol vient cependant émailler la surface de la galette. Ainsi, en dépit d'un refrain des plus avenants et d'arrangements finement esquissés, le classieux mid tempo « Tears of
Echo » laisse entrevoir des couplets peu incitatifs à l'adhésion en raison de schèmes d'accords tendant à se répéter et d'une mélodicité en proie à de tenaces linéarités.
Plus déconcertant encore, le ''nightwishien'' mid/up tempo « Long
Forgotten » emprunte, lui, moult chemins de traverse, au risque de nous égarer d'un cheminement mélodique un poil mal dégrossi. On passera donc son chemin, une fois encore.
Résultat des courses : à la fois frondeur, rayonnant et énigmatique, ce troisième effort comblera assurément les attentes du fan de la première heure comme celles d'amateurs de metal symphonique à chant féminin lyrique. Diversifiant davantage ses atmosphères que son aîné, le cadet, en revanche, varie bien moins ses lignes de chant, la belle monopolisant le micro le plus clair de la traversée durant. Si les ballades sont encore aux abonnés absents et les sources d'influence toujours difficiles à esquiver, le combo a compensé ces carences par une vibrante touche folk et une ingénierie du son affûtée. Jouissant lui aussi de lignes mélodiques finement sculptées et d'une technicité instrumentale et vocale éprouvée, mais concédant cette fois deux bémols, cet opus se placerait dès lors en-deçà de son illustre devancier. A l'aune de son troisième effort, soit dix ans après sa sortie de terre, le quartet grec aurait néanmoins une belle carte à jouer pour espérer rejoindre les valeurs confirmées de ce registre metal. Affaire à suivre, donc...
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