Encore peu popularisé dans nos contrées, cet expérimenté combo ukrainien originaire de Donetsk, désormais installé à Kiev, n'a eu pourtant de cesse de fouler les planches de la scène metal locale, et ce, depuis sa sortie de terre, en 2005. Déjà à la tête de deux plantureux albums full length, «
Break the Silence » (2011) et «
The Silver Lining » (2015), sans pour autant chercher à brûler les étapes, le quintet est-européen souhaite désormais porter l'estocade. S'étant précisément laissé le temps nécessaire à la maturité compositionnelle d'opérer, ce n'est que quatre ans plus tard qu'il accouche de son troisième et présent opus répondant au nom de «
Vortex » ; une galette généreuse de ses 11 pistes égrainées sur un ruban auditif de 46 optimales minutes, sortie chez le puissant label italien Rockshots Records. Ainsi pourvue, cette nouvelle offrande sera-t-elle de nature à venir inquiéter la féroce concurrence continuant d'agiter leur registre metal d'affiliation ?
Après moult remaniements de son line-up qui en ont redéfini le contenu, la troupe s'est stabilisée autour des talents du guitariste et producteur Viktor Morozov et ses acolytes, à savoir : la frontwoman Ekaterina Kapshuk, en remplacement d'Irina Makukha ; Yana Kovalskaya, en lieu et place d'Anastasia Dmitireva et Vladimir Ischuk, aux claviers ; Igor Chumak, substitué à Max
Morton (
Morton), à la basse ; Philipp Kharouk, remplaçant de Dmitry Smotrov, à la batterie. Pour l'occasion, ont été sollicités : Ruud Jolie (
Within Temptation), en qualité de guitariste soliste sur l'une des pistes, Zoltan Forkosh aux growls et Max
Morton aux choeurs, ce dernier ayant d'ailleurs assuré le mixage et la mastérisation de la galette. En émane une production d'ensemble rutilante, témoignant d'enregistrements de bonne facture et une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. Ce faisant, on effeuille une œuvre power mélodico-symphonique aux relents gothique, progressif et folk, dans la lignée d'
Epica,
Ancient Bards,
After Forever et consorts. Mais entrons plutôt dans la cale du navire en quête de pépites profondément enfouies...
C'est sur des charbons ardents que s'effectue le plus clair de la traversée, le combo trouvant là matière à nous retenir plus que de raison. Ainsi, dotés d'une sidérante force de frappe, pourvus de riffs acérés et d'une enveloppante couverture synthétique, le pimpant up tempo « Feel the Heat » tout comme le mordant « Break the Chains » ne lâcheront pas leur proie d'un iota. A la manière d'
After Forever, ces tubesques méfaits glissent parallèlement sur une sente mélodique apte à procurer quelques frissons. Dans cette énergie, on ne sera guère moins bringuebalé et même plutôt séduit par l'infiltrant cheminement d'harmoniques exhalant de « Be What You Are », pulsionnelle et efficace offrande enjolivée par les troublantes modulations de la déesse. Enfin, magnifié par un magnétique solo de guitare signé Ruud Jolie, sous-tendu par une basse résolument vrombissante, un tapping flottant et un piano en liesse, le trépident «
Pain Is My Name » prend ses lettres de noblesse.
Moins directement orientés vers les charts, d'autres passages non moins enfiévrés sauront faire plier l'échine à plus d'un tympan récalcitrant. Ce qu'illustre, d'une part, «
No Return », ''delainien'' mid/up tempo aux riffs épais, à la grisante coloration metal moderne, mis en exergue par les puissantes et sinueuses inflexions de la sirène, réservant d'insoupçonnées montées en puissance du corps orchestral et de délicats arpèges au piano. D'autre part, pourtant calé sur un linéaire filet mélodique, mais délivrant une énergie aisément communicative, l'offensif «
Guardian Angel » s'avérera propice à un headbang bien senti et ininterrompu. Et comment éluder « Final Curtain », échevelant effort dans l'ombre d'
Epica, décochant des riffs pachydermiques, offrant de galvanisantes variations atmosphériques et paré des siréniennes patines de la maîtresse de cérémonie ?
Ayant judicieusement panaché son offre sur le plan stylistique, le collectif opte alors pour un regard progressif plus insistant et pluriel, autre corde, et non des moindres, ajoutée à son arc. Ainsi, difficile de se soustraire à l'enivrant refrain jaillissant des entrailles de «
No More Letters », ''evanescent'' mid tempo progressif aux soudaines et vibrantes accélérations et recelant un bref mais seyant solo de guitare. Mis en habits de lumière par les félins médiums de la belle, le propos ne se quittera qu'à regret. Dans un tout autre climat, lorsque le ciel s'assombrit et que l'atmosphère se fait lourde, les sangs en viennent à se glacer. Ce qu'atteste «
Escape from Your Embrace », fresque symphonico-progressive doublée d'une touche dark gothique, à la confluence entre
Epica et
Draconian. Par effet de contraste, de sensibles gammes au piano répondent en écho aux riffs rageurs et à la sanguine rythmique de l'intrigant manifeste, les claires impulsions de la belle, de leur côté, donnant le change aux growls ombrageux d'une bête revêche. A la fois volontiers tonique et éminemment mystérieux, abondant en coups de théâtre, le ténébreux effort jamais ne nous égare, et même trouve les clés mélodiques pour nous happer sans sourciller.
Soucieux de varier leurs ambiances, nos compères nous invitent à flirter avec un univers folk des plus hétérogènes et complémentaires, et éminemment envoûtant. Aussi, à mi-chemin entre
Epica et
Xandria (première mouture), au son d'un troublant et omniprésent sitar, le chatoyant mid tempo « Passion » nous propulse au cœur d'un océan dunaire que l'on croirait tout droit échappé d'une suffocante et ensorcelante terre moyen-orientale. Et, là encore, la sauce prend sans tarder. Par ailleurs, nous plongeant au sein d'un climat celtique doublé d'une captatrice touche slave, entonné en ukrainien et avec une infinie délicatesse par une interprète bien habitée et recelant un fin legato à la lead guitare, le low tempo progressif « Остання зоря » est une véritable invitation au voyage en d'oniriques contrées.
Le combo ukrainien signe là une œuvre à la fois frondeuse, parfois énigmatique, un brin romanesque, pétrie d'élégance, non dépourvue d'originalité et, surtout, considérablement chargée en émotion. Ce faisant, la troupe a consenti de louables efforts sur les plans logistique, technique, stylistique et compositionnel, sculptant avec finesse et justesse chaque portée de son riche set de partitions. A cela s'ajoutent une ingénierie du son aux petits oignons, une féconde inspiration mélodique dont chacune des pistes du manifeste s'en fait l'écho, et une prégnante empreinte vocale, alors en phase avec la nouvelle orientation du projet, contribuant de fait à rendre le propos artistiquement plus identifiable aujourd'hui qu'hier.
Cependant, on aurait souhaité une mise à distance plus franche de leurs maîtres inspirateurs, espéré l'octroi de l'une ou l'autre prise de risque et/ou plage instrumentale, et/ou joute oratoire supplémentaire pour nous sustenter. Etat de fait qui n'empêchera nullement nos gladiateurs de brandir haut le glaive pour venir affronter leurs nombreux homologues sur leurs propres terres, avec pour effet probable de faire tomber quelques têtes. C'est dire que le quintet est-européen serait dès lors entré dans une tout autre dimension, à deux lieues de se muer en valeur confirmée de son registre metal. Bref, un groupe qui a le vent en poupe...
Très bonne chronique qui reflète parfaitement cet excellent album !!
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