De l'eau aura coulé sous les ponts pour l'actuel quartet ukrainien originaire de Donetsk depuis son introductif et friable album studio, «
Break the Silence », sorti il y a déjà quatre ans. S'en est suivi une intense activité scénique, la troupe enchaînant à tour de bras les concerts locaux (Vorovskogo Club (Dimitrov), Detroit Club (Donetsk),
Zebra Club (Kremenchuk)... en
2012 ; Bingo Club (Kiev), R-Club (Lougansk), Independence Square (Marioupol)... en 2013 ; Oreshek Club (Donetsk), Nova Sich Club (Gorlovka)... en 2014 ; Route 66 Club (Kiev), Barvy Club (Kiev)... en 2015).
Loin de s'être retiré des studios, le groupe s'est laissé le temps nécessaire à la maturité de ses gammes d'opérer, concoctant dans l'ombre son second opus de longue durée «
The Silver Lining » ; une rondelle sortie en 2015 chez le prolifique label grec The
Leaders, où 9 titres se succèdent sur un ruban auditif de 50 optimales minutes. 10 ans après sa sortie de terre, à l'aune de ce nouveau mouvement, le collectif est-européen serait-il désormais en mesure de se placer parmi les valeurs montantes de ce si concurrentiel registre metal ?
Dans ce dessein, le line-up a subi de profonds remaniements. Le producteur et guitariste Viktor Morozov a requis, cette fois, les talents de : Vladimir Ischuk et Anastasia Dmitireva, en remplacement de Sergey Kovtun, aux claviers; Oksana
Element (Carmilla, ex-Despectus, ex-Firelake) aux growls. Pour l'occasion, s'y sont adjoints : Irina Makukha en qualité de frontwoman ; Max
Morton, substitué à Alexey Belikovà, à la basse ; Dmitry Smotrov, succédant à Sergey Frolov, à la batterie. De cette fraîche collaboration émane une œuvre power mélodico-symphonique aux touches gothique, dark, folk et progressif, dans la lignée d'
Epica,
After Forever,
Ancient Bards,
Dream Theater,
Symphony X,
Evanescence,
Tristania,
Eluveitie et consorts, dorénavant calée sur le schéma de la Belle et la Bête. Tout comme son aîné, l'opus bénéficie d'un mixage parfaitement équilibré entre orchestration et lignes de chant, signé Max
Morton, connu pour oeuvré pour
Bare Infinity,
Meden Agan,
Sanctorium,
Metalwings,
Ignea, parmi tant d'autres. Indices révélateurs d'une sérieuse envie d'en découdre de la part de nos gladiateurs...
Tout comme son prédécesseur, à la lumière de ses pistes les plus offensives, le combo ne manquera pas de nous assigner à résidence. D'une part, disséminant ses riffs épais adossés à une rythmique abrasive et glissant sur une ligne mélodique certes convenue mais efficace, le ''tristanien'' up tempo «
Night of
Lies » recèle, par ailleurs, un duo féminin en voix de contraste des plus saisissants, les cristallines inflexions d'Irina venant en contre-point des growls saillants d'Oksana. Un poil plus échevelant et n'ayant de cesse de faire claquer sa basse, le frondeur « Double Memory », quant à la lui, ne lâchera pas sa proie d'un iota. A mi-chemin entre
Epica et
Ancient Bards, la tonique offrande réserve d'insoupçonnées montées en puissance des corps orchestral et vocal, et de grisantes rampes synthétiques. On retiendra encore «
Voices » et «
Pure Desire », tempétueux méfaits dans la lignée d'
After Forever, pour leur refrain catchy, leurs variations rythmiques et leur indéfectible et communicative énergie.
Dans cette même dynamique, la troupe nous fait également flirter avec l'univers folk. Aussi, non sans rappeler
Eluveitie, le mordant et enjoué « One Short
Life » distille ses riffs crochetés, sa tonique rythmique tout en offrant de sémillantes variations atmosphériques. Au son d'une souriante cornemuse samplée, au fil d'inaliénables coups de boutoir, le parcours se fait à la fois jovial et frissonnant. Réservant un bref mais grisant solo de guitare, octroyant une ligne mélodique d'une confondante fluidité, et enjolivé par le gracile filet de voix de la belle, le joyeux effort jouerait dans la catégorie des hits en puissance.
Quand ils nous embarquent pour de longues traversées symphonico-progressives, nos acolytes trouvent désormais les clés pour nous rallier à leur cause. Ainsi, dans le sillage d'
Epica, l'orientalisant « The
Gates of
Dark Sun » déroule ses 8:05 minutes d'un spectacle ensorcelant et aux multiples rebondissements, fleurant bon les vastes et brûlants espaces dunaires. Mis en exergue par les troublantes volutes de la déesse et sous-tendu par de fins arpèges au piano, le plantureux effort se dote en prime d'un flamboyant solo de guitare et d'un cheminement d'harmoniques des plus infiltrants. Pour sa part, le polyrythmique « Before the
Night Falls » se fait plus classique et techniquement plus complexe sans y perdre pour autant de son charisme mélodique. A la confluence d'
After Forever et
Dream Theater, la petite fresque laisse glisser ses riffs roulants et délivre un subtil legato à la lead guitare. Enfin, au carrefour entre
Epica,
Delain et
Symphony X, l'opulent et efficace «
Last Hope » laisse entrevoir un inattendu corps à corps entre une léonine lead guitare et un inlassable serpent synthétique, moult changements de tonalité et une interprète bien habitée, ici au faîte de son art. Nouvelle corde et non des moindres à mettre à l'arc de nos acolytes...
Lorsque la lumière se fait douce et que s'apaisent les tensions, à l'instar de leur précédente offrande, nos gladiateurs se muent en de redoutables bourreaux des cœurs en bataille. Ainsi, l'aficionado du genre intimiste ne pourra que malaisément esquiver la petite larme au coin de l'oeil sous le joug des enivrantes séquences d'accords dont se pare «
Dying Alone ». Mise en habits de soie par les limpides modulations de la maîtresse de cérémonie, pourvue de gammes sensible au piano et décochant un vibrant solo de guitare, cette ''evanescente'' power ballade ne se quittera qu'à regret.
Désormais, la formation ukrainienne a élevé le niveau de ses exigences techniques et esthétiques d'un cran, nous octroyant une rondelle à la fois invitante, un brin complexe, un zeste romantique, propice à une rapide assimilation et réservant moult surprises. Diversifiant ses ambiances et ses phases rythmiques, proposant dorénavant l'une ou l'autre joute oratoire, le groupe a également davantage joué sur la fibre émotionnelle et soigné ses sentes mélodiques. Par ailleurs, encore proche de ses sources d'inspiration, le combo tend cependant à s'en éloigner, conférant ainsi à son œuvre un soupçon d'originalité. Si ses prises de risques sont encore bien rares, la troupe compense cette carence par une ingénierie du son plutôt soignée et une signature vocale aujourd'hui plus affirmée qu'autrefois. C'est dire qu'à l'aune de cette livraison, nos compères auraient désormais les cartes en main pour espérer se hisser parmi les valeurs montantes de ce registre metal. Bref, un groupe à suivre de près...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire