Vivid

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Nom du groupe Living Colour
Nom de l'album Vivid
Type Album
Date de parution 1988
Labels Epic Records
Style MusicalFusion
Membres possèdant cet album77

Tracklist

Re-Issue in 2002 by Sony Music with 5 bonustracks.
1. Cult of Personality 04:54
2. I Want to Know 04:24
3. Middle Man 03:47
4. Desperate People 05:36
5. Open Letter (to a Landlord) 05:33
6. Funny Vibe 04:20
7. Memories Can't Wait 04:31
8. Broken Hearts 04:51
9. Glamour Boys 03:40
10. What's Your Favorite Color ? (Theme Song) 03:56
11. Which Way to America ? 03:41
Bonustracks (Re-Issue 2002)
12. Funny Vibe (Funky Vibe Mix)
13. Should I Stay or Should I Go
14. What's Your Favorite Color (LeBlanc Remix)
15. Middle Man (Live)
16. Cult of Personality (Live)
Total playing time 49:13

Chronique @ Yawn

17 Juin 2011

Un album aux couleurs aussi vastes que celles de la garde-robe d'un caméléon

Living Colour est l’un de ces groupes parvenant à transfigurer des messages profonds et rageurs grâce à une musique exceptionnelle. Vous qui recherchez des sonorités complexes, intenses et avec une rythmique appuyée, soyez les bienvenus ! Issu de la passion d’un guitariste prodige fan de Jimmy Hendrix, Vernon Reid, le groupe s’anime en 1984 sous la coupe d’une première formation, mêlant d’ores et déjà les musiques rock et punk avec du rap tout juste naissant, le tout sous la bannière engagée du Black Rock Coalition (une organisation non-lucrative mettant en avant les talents afro-américains écartés de la scène rock traditionnelle). Cependant, c’est bien en 1986 que Living Colour connaît son « crew » le plus stable : Corey Glover officie en tant que chanteur, Muzz Skilling comme bassiste, et le diplômé de la Berklee College of Music Will Calhoun comme batteur. Après 2 années partagées entre l’écriture, la composition et la production (un certain Mike Jagger qui, impressionné par de tels talents a mis la main à la poche !), l’équipe new-yorkaise sort son premier bébé : Vivid. Que dire de cet album ? Il s’inscrit d’emblée comme une référence de la musique fusion, tant il est parfaitement structuré et soigné, se place 6ème au Billboard 200 (un classement regroupant les 200 albums les plus vendus sortis durant l’année) et sera certifié double platine en 1989. Mais le succès serait bien mince s’il s’arrêtait là : ce premier album va inspirer grandement de futurs cadors de la scène fusion, à savoir Rage Against The Machine, Red Hot Chili Peppers ou Fugazi (vous êtes prévenus, c’est du costaud !).

Un petit mot sur la jaquette, sorte de patchwork coloré et flashy qui illustre bien les multiples genres et styles musicaux ayant été sollicités pour composer l’album. Quant aux thèmes abordés par les différentes chansons, ils sont plus ou moins satyriques (Glamour Boys, What’s Your Favorite Color ?) mais avant tout engagés et politiques (Funny Vibes, Cult of Personnality, Desperate People, Which Way to America ? ou Open Letter…). Un maître mot englobe ce aussi bien le genre musical de l’album que le message transmis par les textes : tolérance, humanité, liberté. On démarre sec et fort : un sample d’un discours de Malcom X en intro (d’autres samples des présidents Kennedy et de Roosevelt suivront), puis c’est un riff metal et funky qui explose ; le fameux « Cult of Personnality » (que vous avez du croisé dans Guitar Hero mmh ?) déboule et met les choses aux clairs. Porté par le pétillant duo Skilling/Calhoun, Reid nous donne une leçon de musique (les blancs savent peut-être pas danser, mais les noirs savent envoyer la purée question gratte !) pendant que Glover anime l’ensemble de sa voix claire, aigüe mais juste. C’est un morceau fait pour mettre l’ambiance, ravageur, qui pourrait même être vu comme un hymne tant il devient rapidement familier même aux plus néophytes.

Des morceaux plus contrastés mais souvent plus groovy, à la fois rock-punk-funk et hip-hop permettront d’asseoir la maitrise de ces quatre jeunes artistes dans bien des registres musicaux. Les titres «I Want to Kno », «Middle Man», ou «Funny Vibe» en sont des exemples flagrants, avec des sections rythmiques empruntées autant au punk ou au metal, assimilées avec des riffs funky. Et que dire du magnifique «Desperate People» dont le riff incandescent nous laisserait aller vers la tentation du pogo ? Corey Glover nous y offre un panorama des tonalités multiples de sa voix, autant de nuances colorées qui assurent la symbiose entre chant et instruments. On tombe droit dans un registre semi-hip-hop/funk/blues/metal (fusion quoi) avec des morceaux tels que «Open Letter (to a Landlord)», évoquant les combats de Martin Luther King contre la ségrégation, «Glamour Boy» qui se moque de la superficialité et de l’oisiveté des playboys new-yorkais en comparaison aux rude boys du Bronx, ou encore «What’s You Favorite Color ?» et son message pluri-culturaliste. Un titre aux accents mélancoliques et au son bluesy plaintif comme « Broken Heart » vaut pour sa musicalité comme pour les petits solos successifs de basse et de guitare qui lui donnent un charme incontestable. Ajoutons-y les soufflets d’harmonica du sieur Mick Jagger et vous ressortirez conquis par ce potentiel émotionnel unique. «Memories Can’t Wait» est forcément moins original étant donné qu’il s’agit d’une reprise de la chanson éponyme des Talking Heads. Cependant, tout l’art de la formation est de métamorphoser un titre new-wave en morceau de musique fusion et de réussir son coup : sacré alchimie que voilà !

Le final de l’album arrive avec une musique plus percussive, à laquelle le tapping de Skilling et les accords incisifs de Reid se lient de façon à former un ensemble agressif et interrogateur. Glover nous questionne sur une société sans repère et en manque de perspectives d’avenir ; «Which Way to America ?». On se pose encore la question 22 ans après… Avec la réédition de l’album en 2002, quelques bonustracks ont été ajoutés : des lives enregistrés plutôt banals de «Cult of Personnality» et «Middle Man» auxquels succèdent deux remix de «Funny Vibe» et «What’s Your Favorite Color ?» avec les rappeurs Chuck D et Flavor Flav de Public Enemy. Puis vient la surprise de taille avec une reprise façon Living Colour du classique «Should I Stay or Should I Go» de The Clash (un hommage à l’héritage qu’ils ont laissé à la musique engagée des 70’s).

Disons le tout de suite ; Vivid ne contentera pas forcément tout le monde, mais ce qui est certain c’est que l’impact de ses tournures mélodiques, rythmes hachés et paroles égratignant tout ce qui touche à l’injustice sociale marque durablement, et c’est ce qui fait la beauté du disque. Il prouve que ce qui ressort d’un métissage musical apporte autant que ce qu’apporte le métissage humain, et que le souci d’un rendu sonore où les effets de guitare sont employés avec lucidité par de jeunes musiciens prometteurs vaut autant qu’une bonne grosse production commerciale d’un groupe dans le vent. Avec Vivid, vous entrerez dans un son explosif et exotique, mélancolique et contemplatif d’une décennie qui s’acheva sur fond de récession économique et de crises politiques, dont cet album est peut-être l’un des meilleurs testaments.

6 Commentaires

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Krokodebil - 25 Juillet 2011: Je ne connassais que Cult of Personality et mon père a sorti le skeud ce soir pendant le repas, on se lance dans un débat pour savoir si c'est rock ou metal, moi je dis "c’est du fusion", on vient voir ici et je gagne. Je pensais pas que c'était si connu. Bien sympatoche.
Yawn - 27 Juillet 2011: Tu sais le débat sur "faut-il cataloguer tel groupe dans le genre fusion ou parce que tel style y prédomine c'est un tel" est justifié parce que c'est vrai que certains groupes vont vraiment le revendiquer alors que d'autres vont affirmer qu'ils ont juste fait un amalgame expérimental... ce qui revient à dire faire de la fusion pour moi^^ ! Oui il vieillit bien comme disque.
ericktheriff - 09 Août 2011: j'écoutais cet album dans ma premiere voiture,quand les radars ne fleurissaient pas sur le bord des routes et c est toujours excellent de l écouter,très bonne kro Yawn
Yawn - 09 Août 2011: Merci ericktheriff, moi aussi je trouve cet album intéressant et varié... même si dans ma famille on trouve ça bien mais sans plus (tssssssss --')
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