Victims of the Future

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Nom du groupe Gary Moore
Nom de l'album Victims of the Future
Type Album
Date de parution 1983
Labels Virgin
Style MusicalGuitar Hero
Membres possèdant cet album123

Tracklist

1. Victims of the Future
2. Teenage Idol
3. Shapes of Things to Come
4. Empty Rooms
5. Murder in the Skies
6. All I Want
7. Hold on to Love
8. The Law of the Jungle
Bonustracks (Remastered Editon)
9. Devin in Her Heart
10. Blinder
11. Empty Rooms ('84 Remix)

Chronique @ largod

06 Fevrier 2014

Coup de Maître(s)

4 avril 1952.
Belfast, capitale de l’Irlande du Nord et de la province de l’Ulster depuis trente années déjà. Cette ville de la côté Nord-Est de l’ile, centre du protestantisme Irlandais, se remet enfin des bombardements allemands de ce jour de Pâques 1941 durant lequel près de deux cents bombardiers de la Luftwaffe firent tomber un déluge de feu et d’acier sur les quartiers ouvriers et les fameux chantiers navals de la ville, d’où sortit au début du siècle le funeste RMS Titanic. Belfast, la maudite, tiraillée par les divisions politiques et religieuses entre les républicains catholiques d’un côté et les unionistes protestants de l’autre.
C’est là que naquit Robert William Gary Moore. C’est là qu’il poussa son premier cri et prit son premier souffle.

Grand fan du guitariste Peter Green de Fleetwood Mac, Gary développera au fil des ans un style blues-rock sur sa Gibson Les Paul Sunburst de 1959, influencé depuis son plus jeune âge par Elvis Presley, Albert King et les Beatles de la perfide Albion. Après avoir entamé à l’orée des seventies une carrière de guitariste au sein de Skid Row (pas celui de Bach) et de Colosseum II, il se fit connaitre au travers de ses aventures épisodiques au sein de Thin Lizzy. Le sang Irlandais réunira très tôt d’ailleurs Phil Lynott et Gary dans une amitié sincère que seule la mort de l’un brisera un matin de 1986.
Ce début de carrière chaotique parvint à convaincre Gary de monter son projet solo. Après « Corridors of Power » l’année passée, il revient avec ce « Victims of the Future » dont il endosse la paternité quasi intégrale à l’exception notamment de la reprise de « Shapes of Things » des Yardbirds. Et le bougre sait s’entourer des meilleures pointures de l’époque. Côté batterie, il fait appel à Ian Paice (Deep Purple) et Bobby Chouinard (RIP, Billy Squier). Lorsqu’il ne tient pas la basse comme sur « Victims of the Future », « Hold on to Love » ou « The Law of the Jungle », il la confie à des clients comme Bob Daisley (Mungo Jerry, Rainbow, Uriah Heep, Ozzy Osbourne), Neil Murray (Whitesnake) ou Mo Foster (connu pour ses nombreuses collaborations en studio), excusez du peu. Seul Neil Carter (Wild Horses, UFO) au clavier ne partage pas son instrument avec le fougueux Irlandais.

Le résultat de ce melting pot consiste dans un hard rock varié et mélodique, éclaboussant le ciel de cette année 1983 d’une étoile supplémentaire.
Le boogie-rock est honoré d’un pétillant « Teenage Idol » au chant rockabilly d’un Gary qui n’oublie pas de s’amuser sur le solo pendant que le gras de la trame de basse de Bob Daisley contraste avec le riff minimaliste et alerte du compositeur irlandais. Les claviers de Neil Carter font le boulot sur « Hold on to Love » et propulsent ce titre de Hard FM aux confins de la galaxie Saga et consorts. La basse tenue par Gary Moore plombe astucieusement la rythmique comme pour éviter à la mélodie de s’échapper complètement de la sphère hard-rock. Discret sur ces deux titres, Bobby Chouinard envoie la sauce sur « All I want », de concert avec Mo Foster d’ailleurs, pour nous proposer un big rock à la Van Halen, dont le riff court et les effets de guitare ne font pas oublier des intonations de chant à la Stevie Wonder. Le solo agit sur ce titre comme une cerise sur un gâteau bien crémeux.
La dernière contribution du batteur américain illumine un sombre et malsain « Murder in the Skies » introduit par un solo vertigineux de Gary et narrant le terrible destin des 269 occupants du vol 007 de la Korean Air Lines abattu par un chasseur soviétique le 1er septembre 1983. Bob Daisley invente la pachyderme-basse au groove d’indien lancé sur le sentier de la guerre et son compère forgeron tanne le cuir de ses peaux avec une application notable. Le chant de Gary reste correct mais ne rivalisera jamais avec ce riffing mélodieusement heavy à la violence contenue. Quelle qualité de solo à nouveau et d’effet sur l’outro du morceau !

La cover de « Shapes of Things », sans faire injure à Jimmy Page et ses amis, bénéficie d’un traitement massif de testostérone et d’amphétamine à tous les niveaux : le groove de Neil Murray confine au mystique et la frappe de terrassier de Ian Paice laisse terrain libre à Gary pour étirer avec nonchalance et puissance son riff, avant de placer un solo tout en tapping et en finesse. Le chant de Gary, sans être un point fort, est soutenu par les chœurs d’un Neil Carter bien en voix sur le refrain. Lorsque Gary et sa bande s’aventurent en terre inconnue, ils nous offrent « The Law of the Jungle », sorte de heavy tribal, Black Sabbath au royaume de Tarzan en quelque sorte, servi par une voix décharnée à la Ozzy des grands soirs. Ian Paice se signale avec un gros contretemps et les claviers de Carter saupoudrent légèrement le titre qui prend une teinte andalouse par instants.
Cet album porte la marque indélébile de deux chansons emblématiques. La power-ballade « Empty Rooms » se résume à une ligne simple de claviers, une ligne de basse limpide de Mo Foster et un chant presqu’implorant. Son chant apaisé ne forcera pas un instant dans les aigus magnifiant un refrain gorgé de douceur. Ensuite, la magie opère, fruit d’un feeling inouï du soliste irlandais et d’une quiétude quasi stellaire de la mélodie. Le title-track qui ouvre l’album, malgré son introduction calme et la voix suave de Gary Moore, prend très vite l’auditeur à la gorge pour ne plus le lâcher, lui assénant un riff concis et profond en pleine figure. Un morceau de hard-rock surpuissant dont on regrettera des incursions dans les aigus pas toujours maîtrisées mais gommées par un solo stratosphérique et une tracto-basse tenue par le Maître en personne, associée à la frappe sèche de Ian Paice.

Souvent l’association de talents aussi forts soit-il ne produit pas les effets escomptés. Sur cet album, pas de crainte à avoir. Le résultat vaut le détour et on est loin du simple coup d’épée dans l’eau. « Victims of the Future » s’avère être un fabuleux coup de Maître(s).

6 février 2011.
Estepona, ville de la province de Malaga dans la communauté autonome d'Andalousie en Espagne. Contraste habituel pour toutes ces villes de la Costa del Sol défigurées par la folie du tourisme anarchique des années post Franco. D’un côté se côtoient le centre historique aux rues étroites, pentues et sinueuses et de l’autre de petites maisons blanches et de nombreux immeubles modernes. Ce qui relie l’ensemble est le paseo maritime, bande étroite et animée où il fait bon déambuler le soir, prendre un verre, entrer dans de sonores discussions ou simplement profiter de la brise marine. Pour tout Irlandais qui aime la vie, qui aime la bière, qui aime les discussions entre amis, Estepona est un refuge. Ou un endroit maudit qui déchainent les démons sans pitié de la divine bouteille. Jusqu’au coup fatal, le verre de trop.
C’est là que mourut Gary Moore. C’est là qu’il retint un dernier cri et poussa un dernier souffle.

Didier – Janvier 2014

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MattMaiden - 09 Fevrier 2014: Superbe chro, merci Didier ! Je suis un grand fan de Gary Moore et j'adore cet album, avec une préférence pour les chansons Murder In The Skies & Victims Of The Futur, véritables brûlots !! Ce diable de Gary Moore est bien sûr plus impressionnant en Live (We Want Moore, Rockin' Every Night, ou en blues Blues Alive) mais il a su s'entourer de pointures en studio pour l'accompagner idéalement. Un guitariste avec un feeling extraordinaire, un son et un sustain fabuleux, il avait vraiment de la magie dans les doigts !
ZazPanzer - 11 Fevrier 2014: Merci Didier pour ce superbe hommage. J'adore tout ce qu'a fait Gary jusqu'en 1993, mais avec le temps qui passe j'ai une tendresse particulière pour le doublé Corridors Of Power / Victims Of The Future qui sent bon la fougue de la jeunesse couplée à une maitrise technique impressionnante. Murder In The Skies came without a warning ! Fabuleux !
frozenheart - 15 Mars 2016: Merci, pour cette superbe chronique qui rend un véritable hommage à notre guitariste préféré! Quand j'ai découvert la carrière solo de Gary en 1982, j'étais loin d'imaginer, qu'il puisse nous sortir un tel monument de Hard Rock, rien que le titre phare et "Murder in the Skies" valent l'achat de cet album!
ELECTRICMAN - 04 Mars 2019:

je viens de découvrir le bonus track US "devil in her heart", quel titre ! Il avait vraiment sa place sur la version normale de l'album, quel dommage d'y avoir renoncé.

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