Les machines ont une place de plus en plus importante dans notre société. Elles nous accompagnent dans notre vie quotidienne, nous aident dans nos tâches, nous facilitent la vie, et nous permettent parfois d'améliorer nos caractéristiques physiques. Certains scientifiques travaillent sur des éléments bioniques que l'on pourrait greffer à l'Homme, le rendant alors mi-humain, mi-machine. Qu'en est-il des machines elles-mêmes? Que se passerait-il si les robots trouvaient le moyen de devenir plus humains que les humains?
Les Russes de
Conflict, originaires de Moscou, s'intéressent de très près à cette thématique. Depuis 2004, ils officient dans un cyber metal raffiné et déstructuré, prenant comme point de départ le robot, avec cette envie de transformation, et non l'humain mécanisé et évolué comme ont pu le faire des groupes comme Deus Exe,
Sybreed ou
Illidiance. Ils ont sorti un premier album en 2009 puis un EP en
2012. Mais avec l'arrivée de "
Transform into a Human", leur second méfait, ils semblent avoir atteint le point de non retour. Ils ont bien cerné leur identité et en profitent pour nous délivrer douze titres aussi efficaces que fouillés.
Conflict fait partie de ces combos de cyber metal officiant à la fois dans l'ambiance et la brutalité, à l'instar de ses confrères d'
Hi-Tech ou de DeadHeaven. Ils se distinguent aussi de la plupart des groupes de cyber par la présence d'une chanteuse alternant passages clairs et growls vicieux et synthétiques, une sorte de mix entre le cyber féminin de
Oblivion Machine et le melo death féminin d'
Arch Enemy période "
Doomsday Machine". Les bidouilles sur les growls rappellent Angela Gossow (du style "
Nemesis", "My
Apocalypse"). Il n'est pas fréquent d'entendre du cyber teinté de djent et de death mixé à du chant féminin, et par là,
Conflict tire son épingle du jeu. Il suffit d'entendre "Circular Transition" ou "
Low Frequency Addicted" pour être convaincu. Anna s'en tire très bien et fait même mieux que Jenny de
Noein, dans le même style.
Les musiciens mettent aussi le paquet sur les éléments cybernétiques et les ambiances sombres et futuristes. Cela faisait longtemps qu'un groupe n'avait pas pris autant de risques dans la mise en avant de ces éléments. "
Rebuild the Parasite" est ainsi très mécanique avec tous ces sons et ces éléments déstructurés. Sans parler des guitares, tantôt polyrythmiques, tantôt rentre dedans, qui font du très bon boulot. "
Impulse Control
Disorder" joue la même carte, avec pas mal de parties véloces et brutales, tandis que "
Red Line" fait dans le cyber pop avec ses refrains atmo qui auraient pu apparaître sur les productions de
Neurotech.
Dans l'ensemble,
Conflict se montre particulièrement original, ne serait-ce que sur "Half Man, Half
Machine", qui se comporte comme un véritable hit. La maîtrise des guitares est saisissante, avec ces parties syncopées techniquement irréprochable, l'alternance de growls, chant clair et chant robotique est très intéressante et prenante. Quant aux bidouilles, elles sont très bien choisies et s'adaptent parfaitement à l'ensemble.
Conflict fait fort, et même du côté des titres les plus atmosphériques, ça fonctionne du tonnerre, comme sur "The
Elements of a New Era".
Les morceaux sont assez longs pour le genre (près de six minutes), certains font dans l'instrumental mi cybernétique mi ambient comme sur "
Lost Signal", ou "Transformation", bien trop long avec ses quatorze minutes. Quatre auraient largement suffi, d'autant plus qu'il y a peu de variations. Les amateurs de space ambient aimeront, sans doute, mais des sons supplémentaires auraient été les bienvenus. Dommage!
Que dire de plus...
Conflict livre un album abouti, mature et fouillé, mélangeant brutalité, technique, mélodie et ambiance, de quoi embarquer l'auditeur dans le concept de la machine humaine. "
Transform into a Human" a de nombreux moments forts, des paroles recherchées, des passages de toute beauté et d'autres plus sombres et vicieux. On sait nous prendre aux tripes et c'est tant mieux! Ajoutons à cela le packaging très soigné de l'album, la superbe pochette et le disque bonus de reprise (
Fear Factory,
Nine Inch Nails et Depech Mode). De quoi être conquis. En tout cas, je le suis....
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