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Magoa est une furie positive qui donne envie de tout détruire » …voilà qui était un résumé concis et intéressant du précédent ep "
Animal", excellemment bien produit, destructeur et techniquement sans accroc.
Une musique qui puisait certes énormément dans le metalcore mais qui empruntait également sensiblement au mathcore ainsi qu’à une musique plus moderne et débridée.
Klonosphere avait encore eu le nez fin et l’album se faisait attendre. Vœu désormais exaucé avec la sortie de "
Topsy Turvydom", toujours chez nos amis poitevins.
La recette n’a globalement (et heureusement) pas changé. Un impact sonore incroyable grâce à un son monstrueux de puissance et de lourdeur, un chanteur toujours aussi allumé et jouissif dans ses hurlements et des riffs à couper au hachoir à la fois syncopée mais suffisamment catchy pour qu’on les retiennent facilement et qu’on s’imagine déjà se fendre la boite crânienne dans le pit. Oui mais…
Certes, il y a un mais…
Car s’il ne faut absolument pas remettre en cause la qualité de composition, sonore et technique de
Magoa aujourd’hui, on ne peut qu’être légèrement déçu que les français n’aillent pas encore plus loin depuis "
Animal". On retrouve la même énergie destructrice, la même brutalité barge mais on dirait également que cela sort de la même session d’enregistrement alors qu’on aurait légitimement aimé voir
Magoa aller plus loin, évoluer encore et surtout, surprendre, chose qu’il ne fait qu’avec intermittence.
C’est d’ailleurs parfois fait avec maestria, notamment sur un titre comme "Broken Record" qui alterne un metal brutal et sans concession (Cyd est vraiment un chanteur exceptionnel au potentiel énorme), assez hardcore dans la structure mais aux vocaux rappelant les belles heures du neo metal dans ce qu’il pouvait avoir de plus violent et fou (comme System of a
Down avait pu le faire en rejetant toutes les conventions). Et c’est justement à l’intérieur d’un tel titre que le groupe ne va pas hésiter à plaquer des phases complètement rappées et très réussies, évoquant au choix Linkin Mark,
Machine Head (époque "
The Burning Red") ou Eminem dans l’agressivité du phrasé.
Après, on retrouvera le
Magoa d’"
Animal" sur des titres aussi directs que "Max Bet" (brillant encore par la qualité vocale de son frontman, plus que par l’originalité des riffs) ou "Estamos Locos". Des compositions réussies mais manquant singulièrement de surprises.
"Ailleurs" ouvre en revanche avec intelligence, sur un beat électronique ainsi que quelques samples qui permettent d’instaurer une pression très progressive, taillée pour le live, dans une ambiance relativement mystique. Le morceau est un peu plus lent que les autres (plus long aussi) mais démontre que le groupe peut tabler sur autre chose qu’une agression confinée en trois minutes. Les arrangements sont très intéressants (des sons ici et là, quelques samples, une pointe de mélodie à la lead guitar…) pendant que Martin écrase toute concurrence de sa double pédale très souvent présente, plus massive que réellement rapide. Le groupe s’essaie aussi sur "Party Time" à une musique plus accessible, plus « chantée » et qui pourrait fort logiquement faire l’objet d’un clip, traitement opéré pour "Betraying Grace" qui s’en rapproche dans sa propension à proposer du chant clair sur le refrain dans le genre d’un
Enter Shikari (en moins génial) ou encore d’un
Architects (en mieux).
"
Topsy Turvydom" (très joli artwork au passage) se termine sur "There is No Tomorrow" complètement fou et aliéné, permettant déjà de se prendre une dernière claque et de vouloir irrésistiblement recommencer. Si la déception de ne pas voir le groupe aller plus loin encore est un peu là, on ne peut nier que
Magoa a un énorme potentiel et qu’il pourrait, avec du travail acharné et un gros coup d’éclairage sur lui, devenir très rapidement l’étendard d’une scène metalcore non seulement en perte de vitesse mais trop souvent clichée et ridicule (que ce soit Betraying the
Martyrs chez nous ou Asking Alexandra et autre
Suicide Silence à l’étranger, le niveau est clairement à relever). Les français ont les moyens pour y parvenir et devenir un gros groupe de scène, ses morceaux étant taillés pour ça. Encore un petit effort et tout sera parfait. C’est tout pour le moment…mais c’est déjà pas mal !
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