Il y a plusieurs manières de raconter des histoires fantastiques : en écrivant un livre, en tournant un film,... Arnaud, lui, vous plonge dans le monde fantastique de la planète
Xerul dans le vrombissement d'un black/Death aux relents d'industriel, et growlant tel un alien exterminateur, sous le pseudonyme de
Reaper.
Après trois Eps, "
Pillars of Distress" (2017), "
Xerul"(2018), et "
Xerul Part 2 - Reunion" (2018), proposant un mélange de Death et de black dans un univers futuriste et chaotique, le premier album d'
Emperor Ov Larvae a fait un virage à angle droit en prenant une direction expérimentale. "
Negative Mind", paru en février 2020, était teinté de metal indus à la
Fear Factory première époque, et intégrait des éléments électro, drum n' bass, multipliant les prises de risques, tout en laissant paradoxalement de coté le monde fantastique de
Xerul pour des thèmes plus terrestres, si on peut dire. J'avais particulièrement apprécié ce premier album audacieux, qui regroupe tout ce qui rend les One Man Bands si intéressants.
En 2021,
Reaper s'attela à la préparation de son deuxième Full Length, avec l'intention de revenir de plain pied dans le monde extraterrestre de
Xerul, et de plonger sa louche à riffs dans les vieux pots qui font les bonnes soupes death et black metal. Alors que le réveillon 2022 est à peine digéré, le one man band belge vient de sortir son deuxième album autoproduit "
The Third War", et je me demandais à quel point le retro-pédalage avait été poussé, dans le retour vers l'
Old School, en espérant que
Emperor Ov Larvae garderait tout de même l'originalité qui m'avait tant plu sur son premier opus.
Force est de constater que la promesse a été bien tenue, même si
Reaper n'a rien promis, à part d'exterminer autant de planètes que possible dans d'atroces souffrances, bien sûr.
Emperor Ov Larvae revient à ses bases : il s'agit là d'un mélange de death et de black à plus ou moins 50/50. Une batterie rapide, brutale, voire ultra violente : les blasts de "
Sol Reapers" sont terrifiants et quasiment hypnotiques. La double grosse caisse est utilisée à bon escient, c’est-à-dire
On retrouve la marque de fabrique de la musique d'EoL : ces arrêts où retombe une atmosphère indus, avec des martelages intermittents à l'unisson ("
Altar ov
Blood", ), ces enchaînements d'accords basiques et bruts comme on les faisait à l'aube du death, cette ambiance de désespoir implacable, la voix implacablement déclamative de
Reaper qui surplombe le tout.
La basse est bien présente, et sur plusieurs morceaux, reste seule sur des stop and go à faire le riff. Les growls, eux aussi, sont à l'exacte jonction des techniques vocales death et black, guttural tout en étant plus aigu que la normale. Le chant est partagé entre anglais ("
Purged by
Fire") et français ("Que Tombent les Machines"), parfois dans le même titre ("
Sol Reapers"), et l'apport du français ajoute à l'ambiance, avec une diction bien audible malgré la bidoche ensanglantée du growl. On notera quelques pig squeals ("
Fallen Council"), qui mettent un peu de de bestialité dans ce monde de brutes d'outre espace.
Certains morceaux sont plus lourds et non moins oppressants, comme "Il est Temps de Dormir", douce comptine sous un ciel étoilé - en français dans le texte- avec un pattern de batterie déconstruit en mode industriel, ou "Full Grown
Devourer" qui donne l'impression de se trouver écrasé sous un mastodonte de technologie froide et tueuse.
Si le contenu le l'album est très metallique, direct et limite old school, il reste heureusement de l'originalité avec des passages industriels ou électro de-ci de-là : des morceaux entiers comme les instrumentaux "Experiment n04 (Interlude)" et "X'en (Outro)" où Arnaud montre sa justesse dans le travail des samples, effets et bruitages pour distiller une ambiance inhumaine et poisseuse. Les interventions électro peuvent se faire de manière sporadique, comme sur le flippant "
Fallen Council" où des drones sont insérés tels quels dans les riffs, comme une machine oblitérant temporairement toute réalité. L'habillage futuriste et fantastique, proéminent sur le premier album, est ici plus discret, intermittent, et on en remarque tous les détails à force d'écoutes.
Avec "
The Third War",
Emperor Ov Larvae revient aux sources du mal, et continue l'épopée de
Xerul, sans esbroufe ni superflu, comme un vaisseau mère alien qui vaporise une lune avec son rayon de mort qui traverse l'espace infini.
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